Adresse aux Français du 22 juin 2022.

Mercredi soir, des millions de castors ont dû grincer des incisives. Au printemps, ils ont fait barrage à Marine Le Pen via Macron. Les rondins étaient plus lourds qu’en 2017, mais la candidate RN a été battue et le sortant a été réélu. Le 10 avril, le Président réinvesti leur disait : « Je suis pleinement conscient que cela ne vaudra pas soutien du projet que je porte ». Parfait. Au moins, c’était clair. Sauf que deux mois et demi plus tard, ça l’est beaucoup moins : « Le 24 avril, vous m’avez renouvelé votre confiance en m’élisant président de la République. Vous l’avez fait sur le fondement d’un projet clair, et en me donnant une légitimité claire ».

On se frotte les yeux. On relit : « Cela ne vaudra pas soutien du projet que je porte ».

Macron Macrone. 

Tout en prônant le « dialogue’ et le « respect ».

Accrochez vos ceintures. Le postulat de départ étant déjà borderline, la suite, qui en découlait, ne pouvait pas l’être moins. Jupiter, monté sur ses grands chevaux, le ton professoral, a relativisé sa défaite, à 30 députés près, « sur 577 ». Il a souligné que la majorité présidentielle était « la première force politique de l’Assemblée nationale », même relative, comme ailleurs en Europe : pas de drame. Quid du groupe LREM qui a fondu comme neige au soleil ? Quid des ténors de la Macronie, ministres ou ex-ministres, renvoyés à leurs études, à commencer par Richard Ferrand, jusque-là patron de l’hémicycle national ? Et du nombre de députés lepénistes, passé de 8 à 89 entre 2017 et 2022 ? On a dû rêver tout ça. On a dû rêver aussi que le Président avait nommé une Première ministre : il ne l’a pas citée une seule fois. En huit minutes. Comme si elle n’existait pas. Alors qu’elle est en proie à la pression des élus LR et LFI qui lui demandent de se soumettre à un vote de confiance de l’Assemblée et qu’elle est par ailleurs la cible de Bayrou qui la trouve trop techno.

Loin de laisser penser qu’il a bien reçu le message des Français, le chef de l’État n’a donné aucun gage concret de sa volonté de faire des compromis. C’est pourtant ce qu’il exige de l’opposition. Celle-ci a 48 heures pour : « Clarifier dans les prochains jours la part de responsabilité et de coopération qu’elle est prête à prendre ». Inversion de la charge un peu trop voyante. Les groupes parlementaires ont le choix entre : « Entrer dans une coalition de gouvernement et d’action » ou « s’engager à voter simplement certains textes, notre budget.» On se résume : parce que le projet porté par Emmanuel Macron, élu par défaut lors de la présidentielle, a été majoritairement rejeté lors des législatives par les électeurs qui ont souhaité lui faire barrage quand même un peu, il faudrait que les formations de l’opposition s’engagent à soutenir ce projet d’une manière ou d’une autre, et plus vite que ça. Sans savoir de quoi il retourne exactement, ni ce que l’exécutif est prêt à concéder. Faute de quoi elles seront accusées de blocage. Macron is magic.

Ce push de pensée complexe a logiquement été attaqué par les ténors de l’opposition. Le récent président du groupe LR à l’Assemblée, Olivier Marleix, est d’accord pour dialoguer, mais ne veut pas donner au Président de « chèque en blanc sur un projet peu clair ». Le PS Olivier Faure a dit avoir le sentiment qu’Emmanuel Macron n’a « rien compris » : « Il n’a pas été élu sur un projet clair, mais pour barrer l’extrême droite. Les Français n’ont pas voté la retraite à 65 ans ! ». Avis partagé par Adrien Quatennens, chez LFI, pour lequel le Président « n’a vraisemblablement pas compris que son premier quinquennat était terminé et qu’avec sa défaite aux législatives, l’ère du Parlement chambre d’enregistrement était terminée. L’Assemblée, c’est la démocratie. Le blocage, c’est lui ! », Même analyse du RN. Et premier communiqué de Marine Le Pen chef de groupe parlementaire, avec photo en bonus. « Le Président feint toujours de croire que le peuple français aurait plébiscité son ‘projet présidentiel’, un projet flou et inquiétant que pas même ses députés ne peuvent décrire ».

L’incapacité d’Emmanuel Macron à entendre, admettre, comprendre, prendre en compte la réticence populaire, a marqué son premier quinquennat. Elle a coûté très cher. Lui-même la paie aujourd’hui. Pas sûr qu’il l’ait intégré. Il semble parti pour jouer le pourrissement sans en avoir l’air. L’« intérêt supérieur du pays », invoqué pour tordre le bras à une démocratie déjà fragilisée, serait que le président de la République accepte sa défaite. Au lieu de replonger dans un déni dévastateur à tous les coups.

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