Emmanuel Macron à Montauban pour le Sommet franco-espagnol, le lundi 15 mars 2021 - Capture vidéo Nos Lendemains.
Emmanuel Macron à Montauban pour le Sommet franco-espagnol, le lundi 15 mars 2021 - Capture vidéo Nos Lendemains.

La France digère les dispositions figurant au menu du « freiner sans enfermer » annoncé par Jean Castex jeudi, concocté en amont par Emmanuel Macron, contraint par la poussée épidémique. Attention, ne pas dire « confinement ». Le Président a ajouté vendredi une ligne de notes à la partition de son Premier ministre la veille : « Je crois que le mot confinement n’est pas adapté à la stratégie présentée hier. Ce qu’on veut, c’est freiner le virus sans nous enfermer, ce n’est pas être confiné. C’est vivre avec. »

« On veut ». Qui ça, « on » ? Pas les épidémiologistes qui rêvent de le supprimer. Eux jugent qu’une traque absolue et rigoureuse de la bestiole est la meilleure solution pour sortir du tunnel. Le journal « Le Monde » a publié mi-février la tribune d’un collectif de « médecins, économistes et politistes » internationaux partisans d’une stratégie visant à « éliminer le virus du continent européen », via trois leviers : la vaccination, l’instauration de zones vertes, et un « renforcement des modalités de dépistage et de traçage ». Compliqué, en France, à ce stade : 35.000 cas confirmés supplémentaires le 18 mars. Mais « on » ne veut pas forcément « vivre avec » le virus pour autant.

Le 29 janvier, alors que le monde médical préconisait un verrouillage strict et alertait sur une éventuelle troisième vague portée par le variant UK, le président de la République a choisi une autre voie, prenant son monde à contrepied. Depuis la décision du chef de l’État, plus de 16.000 décès se sont ajoutés au compteur macabre de l’épidémie. Dans ce contexte, pas facile d’entendre le Premier ministre transformer le temps écoulé en « jours gagnés » vis-à-vis des restrictions imposées.
Pas facile non plus de voir les Covid longs se débattre avec leurs séquelles, parfois des troubles cognitifs lourds. Il n’y a que Jean Castex pour croire que la France est une championne. Plus sceptiques, les Gaulois estiment à hauteur de 62 % que le coup d’arrêt arrive trop tard.
C’est également l’avis des médecins qui avaient prévenu. Comme Karine Lacombe, chef de service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Antoine : « Si on avait pris des mesures fin janvier, on serait probablement en train de rouvrir ». Il sont nombreux à regretter que les vacances scolaires de février n’aient pas été mises à profit.

L’opposition ne manque pas l’occasion d’attaquer le président de la République, soit parce qu’il confine (Jean-Luc Mélenchon, LFI, Christian Jacob LR ou Marine Le Pen RN), soit parce qu’il confine trop tard (Julien Bayou, EELV). D’où l’intérêt pour Emmanuel Macron de gommer le mot « confinement ». Ce n’est n’est pas qu’une question de sémantique, c’est aussi politique. Sans lui laisser le temps sous-titrer Castex, des voix se sont élevées pour l’accuser d’avoir perdu son pari.

Quel que soit le nom dont on l’affuble, le bouquet de mesures appliqué à 21 millions de Français depuis samedi a, selon l’exécutif, été mis au point en concertation avec les élus. Ils sont pourtant nombreux à dénoncer une décision « arbitraire », comme le maire de Cannes, David Lisnard. Idem à l’autre extrémité de l’Hexagone. « Nous sommes consternés, on a été mis devant le fait accompli », déplore le premier édile d’Arras, Frédéric Leturque.

La réaction la plus remarquée est venue de l’Ouest, de la Seine-Maritime, qui fait partie des seize. Le maire du Havre, Édouard Phillippe, est sorti du bois. Évoquant « une mauvaise surprise pour les habitants », l’ancien Premier ministre, solennel sur fond bleu, a exposé les motifs du gouvernement. Cette prise de parole a évidemment engendré une rafale de spéculations.

Autre nouveauté de ce confinement qui n’en est pas un : favoriser les activités en extérieur. « Tout ce qu’on peut faire dehors, il faut le faire dehors, les risques de se contaminer sont moins importants ». Dixit le porte-parole du gouvernement, au micro de RTL vendredi matin. Sacrée découverte, bravo. Depuis le temps que les épidémiologistes le crient dans le désert. Par exemple Éric Caumes. En avril 2020 : « Le risque, il est dans les lieux clos, les lieux confinés. Là, la maladie peut se transmettre beaucoup plus facilement. Mais à l’extérieur, non, la maladie ne se transmettra pas facilement ». Message reçu un an après, mieux vaut tard que jamais.

On se souvient également de la bataille qu’Anne Hidalgo a dû mener pour faire rouvrir les parcs et jardins de la capitale en mai 2020. Les Parisiens assis sur les trottoirs par grappes du mauvais côté des grilles fermées. Moyennant le feu vert du gouvernement, la maire de Paris avait proposé que le port du masque devienne obligatoire à l’extérieur. Elle avait essuyé un refus du ministre de la Santé avant de se frotter à Édouard Philippe qui avait fini par céder.

Concrètement, la prise en compte des bienfaits dans les départements verrouillés se traduit par l’autorisation des déplacements liés à l’activité physique ou aux loisirs individuels dans un rayon de 10 kilomètres autour du domicile et sans limite de temps. Aussi absurde que ça puisse paraître, une attestation est tout de même obligatoire. Elle fait pour le moment deux pages , avec 15 motifs de sortie mais le gouvernement songe à la simplifier en la remplaçant par une attestation de domicile . Sans doute pour que les citoyens aient bien en tête qu’ils sont enfermés dehors.

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