Jean Castex, appelé dans l’arène après l’interview du président de la République, et qui a annoncé jeudi la distribution de masques à tous les enseignants après presque deux ans de pandémie, a demandé aux députés de « débattre dans des délais rapides » - capture vidéo NosLendemains

Par Françoise Bayard

Vivement mardi, que le projet de loi « renforçant les outils de gestion de la crise sanitaire », finalement adopté en première lecture à l’Assemblée nationale jeudi matin, soit discuté au Sénat : le débat promet. On sait déjà que le groupe Les Républicains, divisé au Palais Bourbon au grand dam de Valérie Pécresse, va mettre sur le tapis une « clause de rendez-vous », évoquée par la candidate puis par Guillaume Larrivé, député LR qui a retiré un amendement dans ce sens. L’idée : pouvoir dire « stop ou encore » au dispositif « pass vaccinal », successeur du pass sanitaire actuellement en vigueur. Gérard Larcher a donné le ton vendredi matin. Le président de la chambre haute souhaite que celle-ci vote le texte amendé, notamment sur ce point. « La question du contrôle d’identité sera débattue », a-t-il également glissé. On attend avec impatience que le ministre de la Santé réitère la passionnante leçon infligée aux députés sur la différence entre « contrôle d’identité » et vérification de la « concordance » entre pass et identité.

À trois mois de la présidentielle, l’interview du chef de l’État a fait l’effet d’une bombe dans ce débat parlementaire, éclipsant la mise en minorité de la majorité présidentielle et la suspension inattendue de la séance lundi soir. Macron a voulu faire du bruit. Fastoche. Avec une bonne dose de provo pour ratisser à droite sur le dos de la crise sanitaire, quitte à dégrader son rôle en faisant un pied de nez à la Constitution.

Que le président de la République parle de son « envie » d’« emmerder » une partie des Français en employant ce terme vulgaire pour faire comme s’il était grand comme Pompidou, c’est presque anecdotique, si l’on élude que le peuple souverain ne se désigne pas un représentant pour se faire emmerder. Même sur la pointe des pieds et avec de l’aplomb, l’homo economicus qui a pris les rênes du pays sur un malentendu, sans avoir exercé de mandat local, pour sauver la France du chaos, n’a pas fait illusion longtemps. Le coronavirus qu’il n’a pas vu venir l’a sauvé des Gilets jaunes qu’il n’a pas davantage senti arriver. Ce manque de vista, teinté d’une arrogance et d’une autosatisfaction récurrentes, a coûté cher aux Français qui ont été emmerdés pendant toute la durée du quinquennat Macron. Le jeune Président confesse avoir appris à les aimer depuis son arrivée à l’Élysée. Trop tard. Et il l’a déjà oublié. Chassez le naturel (même à courre)…

… Il est revenu au galop. Le Président s’est même offert une promenade hors du périmètre républicain, comme un Zemmour. Et tout le monde l’a suivi, à commencer par les thuriféraires médiatiques, ressuscités : pas de garde-fou.Les affidés du chef ont fait le tour des plateaux télé bienveillants pour expliquer que leur maître avait le courage de « dire tout haut » etc. Avec un leimotiv, porté par Gabriel Attal : « Qui emmerde qui aujourd’hui ? ». Castex a avalé la couleuvre. Convoqué à l’Assemblée pour un décryptage des intentions présidentielles, il est venu aboyer dans l’hémicycle. Un peu calmé jeudi matin après le vote (et après un sondage défavorable à l’interview du boss), le Premier ministre a affirmé que si si, les non vaccinés restaient « évidemment » des citoyens. Ouf. Mais que… « Civisme, sens des responsabilités » etc. On fatigue. On connaît tous un non vacciné parfaitement fréquentable. Qui se demande pourquoi la vaccination n’est pas obligatoire, doute de la parole publique (parce que chat échaudé) et attend avec anxiété un antidote plus familier que ceux actuellement sur le marché.

Le président de la République est payé pour entendre ces Français-là et apaiser le climat. Pas pour exacerber le rejet ou les peurs d’un peuple assez à cran comme ça, entre les retards à l’allumage de l’Élysée, les contradictions et les mensonges de Véran, les restrictions incohérentes, les injonctions paradoxales, le manque d’anticipation : le dernier protocole fou de Blanquer, annoncé la veille pour lendemain, a été assoupli quatre jours après la rentrée, car intenable en raison de l’explosion pourtant prévisible des cas positifs et contact. Il aura fallu presque deux ans de pandémie pour que l’exécutif distribue enfin des masques à tous les enseignants.


Les non vaccinés ne sont pas responsables des insuffisances du gouvernement depuis 2020. Au contraire. Depuis la mise en œuvre du pass sanitaire, véritable passoire pour le Delta, en juillet, ils sont d’ailleurs les moins contaminants puisque tenus par la loi de prouver leur négativité. Les vaccinés, eux, se refilent joyeusement Omicron et Delta. C’est tellement vrai qu’il faudra dans un proche avenir un pass 2G+, c’est-à-dire un parcours vaccinal complet ET un test négatif, pour aller danser.

En tout état de cause, « tout ce qui n’est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas ». Article 5 de la Déclaration des droits de l’homme. Voilà la règle. Pour tous. Y compris pour le pensionnaire de l’Élysée qui n’est pas autorisé à la modifier, même pour la bonne cause. Ce n’est pas au président de la République de déchoir une catégorie de Français de leur citoyenneté alors qu’ils respectent les règles imposées.

Sa  « faute morale », à lui, est triple. C’est d’abord de jeter une partie de la population minoritaire en pâture à la vindicte de la majorité, dans un pays déjà bousculé et divisé qu’il finit de fracturer, à trois mois d’une échéance cruciale.   C’est ensuite de se comporter violemment, lui, à l’égard de citoyens auxquels il affirmait en novembre 2020 : « Je veux (aussi) être clair je ne rendrai pas la vaccination obligatoire » ; et en décembre 2020 : « Je ne crois pas à la vaccination obligatoire pour ce vaccin ». C’est de penser qu’il peut s’affranchir des principes républicains parce que la fin, la vaccination de tous, et l’urgence, justifieraient les moyens. 

Les politiques ou commentateurs zélés qui plébiscitent cette méthode borderline oublient une chose : si ce président de la République-là s’autorise ce genre de fantaisie sans que quiconque trouve à y redire aujourd’hui, d’autres pourraient s’en inspirer demain. Certains candidats à la fonction suprême ne manquent pas d’« envies » inconstitutionnelles pour le bien des Français.

L’autre paramètre que les adorateurs aveugles du chef de l’État perdent de vue, c’est que chaque Français est susceptible de rejoindre un jour le camp des « non vaccinés irresponsables ». Qui voudra de la quatrième dose, actuellement en essai réel sur les Israëliens, si elle devient obligatoire sans l’être ? Et d’une cinquième ? Défendre l’initiative d’Emmanuel Macron parce que « les coups de bâtons, ça marche », en comptant combien de vaccinations le dérapage calculé du Président a entraînées, est une posture dangereuse. Nul ne sait jusqu’où cette folie assumée peut faire dériver une démocratie qui prend l’eau entre les vagues depuis bientôt cinq ans. 

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Cet article a 2 commentaires

  1. Castex

    Il faut savoir qu’ en haut lieu tout est orchestré , préparé et le pire est que ça
    Marche !

  2. Alexandre

    Excellente tribune ‼️
    Très pertinente ‼️

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