Emmanuel Macron, Adresse aux Français, le 16 Mars 2020 - Photo capture Nos Lendemains.
Emmanuel Macron, Adresse aux Français, le 16 Mars 2020 - Photo capture Nos Lendemains.

Pour ceux qui avaient pris le « en même temps » macronien pour un pragmatisme économique et social, c’est le temps de la douche froide et du retour à la réalité. Cet « en même temps » apparaît pour ce qu’il est une forme de duplicité assumée et de provocation permanente.

Pour preuve les déclarations d’Emmanuel Macron au journal Les Échos cette semaine sur ses projets pour l’après-crise. « Emmanuel Macron veut bâtir du nouveau sur ce qui a été fait, sans renier ses réformes, y compris celle des retraites qu’il voudrait reprendre en partie, et sans renoncer à ses priorités économiques que sont l’amélioration de la compétitivité et la politique de l’offre » écrit le journal économique en citant le président de la République.

Oui, vous l’avez bien lu Macron n’envisage ni changement de politique ni de mea culpa encore moins de virage social. C’est même tout le contraire qui se profile. « Sa « réinvention » prend la forme d’une accélération, comme après les « gilets jaunes » écrit Cécile Cornudet, l’éditorialiste des Echos, à l’issue de son entretien avec le chef de l’État.

Une réforme des retraites boulet qui semblait enterrée

Et celles et ceux qui au sein même de la majorité ont un instant pensé que la catastrophique réforme des retraites serait renvoyée aux calendes grecques ou même enterrée en sont pour leur frais. C’est pourtant le premier Ministre lui-même qui avait donné le signal d’un futur enterrement.  Le 3 avril, sur le plateau de TF1, Édouard Philippe explique : « Nous devons suspendre au maximum les désaccords. Le chef de l’État a demandé une union nationale. Il a annoncé la suspension d’un certain nombre de réformes qui n’ont plus lieu d’être dans la situation actuelle. »

Le président du Groupe LREM s’était exprimé aussi en ce sens. Et dans un article du journal Le Monde, un ministre disait au renvoyait la réforme des retraites à un prochain quinquennat : « Cette réforme était devenue un boulet et je ne suis pas certain que dans le pays, il y ait volonté pour qu’on y revienne. Cela peut être remis à un prochain quinquennat. »

Bref, il semblait acquis que cette réforme boulet ne serait pas reprise par un président qui parlait de « se réinventer ». Un président qui vient d’expliquer en direct à la télévision et à 35 millions de téléspectateurs : « Le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant ». C’était le 16 mars, le lendemain des municipales et au début de ce Grand Confinement, vécu comme un saut dans l’inconnu, une « guerre » au coronavirus qui nécessitait l’union nationale.

Pourtant Emmanuel Macron a réitéré ses propos, le 13 avril. Devant une audience record de 37 millions d’âmes, le président déclare solennellement sa volonté de « bâtir un autre projet dans la concorde ».

Concorde ou Disruption ?

Mais y-a-t-il une place pour la concorde quand il s’agit de faire passer une réforme qui soulève une telle opposition dans le pays ? Qui plus est une réforme qui est dans le même esprit que la réforme Juppé de la Santé qui créa l’ONDAM, l’Objectif National de Dépenses d’Assurance Maladie. Un pilotage purement budgétaire et comptable qui aboutira pour les retraites à la baisse des pensions comme il a aboutit à une paupérisation des soignants et à un système de santé mal dimensionné.

Certes, Emmanuel Macron a cette semaine tenté de reprendre le fil du dialogue avec les syndicats de salariés. Histoire de donner corps à cette volonté de « concorde ». Mais ses déclarations aux Échos, sur sa volonté d’accélérer et de remettre en chantier la réforme des retraites, interviennent tout juste après. Comme pour dire à nouveau, « en même temps ».

Et bien sûr pas un mot sur les grandes difficultés sociales des Français, dont beaucoup en sont réduits à compter sur les banques alimentaires. Il les ignore et rejette même les réponses d’urgence proposées par la gauche et même soutenues par LREM comme le chèque déconfinement. Balayé d’un revers de la main.

C’est pourtant le même président, le même homme qui invitait les Français, lors de son allocution du 13 avril, à se rappeler que « notre pays, aujourd’hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal ». Et de citer la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 : « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ».

Pour celui qui se positionnait comme l’héritier du Rocardisme, il faut croire que le « parler vrai » du socialiste s’est transformé chez Emmanuel Macron « en vas-y que je t’embrouille ».

Voilà pourquoi cette sortie d’Emmanuel Macron dans Les Échos fait vraiment figure de provocation.

Pourtant le Chef de l’État est dans une position politique périlleuse. Une défiance majeure des Français à l’égard du gouvernement. Un groupe parlementaire déchiré en 3.  Une partie de LREM qui retourne dans les jupons de la droite à l’occasion de municipales catastrophiques et un problème majeur de ressources humaines au moment le président doit remanier un gouvernement inaudible, à bout de souffle pour incarner un après qui ne doit pas être « un retour au jour d’avant ».

Voilà donc un président politiquement nu mais sabre au clair.

Un peu comme cet enfant qui n’a pas eu ce qu’il voulait et qui monte sur la table pour tenter de l’obtenir, en hurlant.
Tout cela risque malheureusement de mal finir.

Article des Échos par lequel Emmanuel Macron annonce ses choix pour l'après crise sanitaire
Article des Échos par lequel Emmanuel Macron annonce ses choix pour l’après crise.

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