Élisabeth Moreno l'an dernier au "Women's Forum for the Economy & Society" © Capture Youtube
Élisabeth Moreno l'an dernier au "Women's Forum for the Economy & Society" © Capture Youtube

« Est-ce que j’ai une tête de caution ? Est-ce que mon parcours de vie est celui d’une caution ? ».

Elle est cash, Elisabeth Moreno. Vous ne la connaissez pas, presqu’effacée par le tsunami du duo Bachelot-Dupont-Moretti, écrasée par une prédécesseure experte de la communication qui occupait bien la fonction… mais nul doute qu’elle ne tardera pas à se faire connaître.

La nouvelle ministre déléguée à l’Égalité Femmes-Hommes – remplaçante de Marlène Schiappa, donc  – prévient : elle n’est pas entrée au gouvernement « pour faire de la poterie ». Avec un ministre de l’intérieur accusé de viol, un garde des Sceaux connu pour avoir critiqué le mouvement #Metoo et défendu nombre d’hommes accusés d’agressions sexuelles ou de viol, on pensait que le poste de ministre des Droits des Femmes était mort-né. Enterré sous les polémiques trop nombreuses, et les renoncements encore plus grands. Or, à lire l’interview d’Elisabeth Moreno ce matin dans Le Parisien, on se dit que – peut-être – ce ministère ne sera pas un hochet ou un simple faire-valoir. Ou en tout cas, qu’il est occupé par une femme plus coriace qu’on aurait pu l’imaginer.

« Ministre, je sais que cela fascine certains, déclare-t-elle dans Le Parisien ce dimanche, pas moi ! ». Et au vu de son parcours, on comprend pourquoi : 49 ans, native du Cap-Vert et arrivée en France quand elle était enfant, fille d’ouvrier et de femme de ménage immigrée, aînée de six enfants – dont elle était « la deuxième mère » -, elle a grandi dans une cité en Essonne. Elle dirigeait jusqu’ici Hewlett Packard en Afrique, elle que l’on voulait orienter vers un simple CAP…

De caution, elle n’a donc ni le CV, ni le langage. Et lorsqu’on lui demande le sens de l’expression présidentielle – qui a dit s’être entretenu « d’homme à homme » avec Darmanin à propos de son affaire de viol – elle retourne habilement l’expression : « j’ai parlé avec Darmanin, dit-elle. J’ai eu une conversation de femme à homme avec lui (…) « Il faut qu’on se parle, là, parce qu’on est dans la même équipe. Ton sujet va être un boulet à porter pour moi, il faut que tu m’expliques ce qui s’est passé » (…) et si jamais il m’a menti, j’en tirerai toutes les conséquences ».

Sa plus grande ambition ? Réduire le nombre de féminicides, « qu’ils passent de 170 actuellement identifiés à 10 par an ». Alors, ajoute-t-elle, « je pourrai mourir tranquille ». Et pour atteindre ses objectifs, elle dit sans naïveté savoir avoir besoin de moyens. Moyens que lui auraient promis le Premier ministre et le Président, mais dont on imagine bien qu’au besoin, elle ira les chercher avec les dents : « Je suis dirigeante d’entreprise, je sais que si je n’ai pas les moyens je ne peux rien faire, je ne suis pas venue faire de la poterie ».

Sur la proposition de rallonger le congé paternité de 11 jours à un mois, elle répond cash : elle est pour ! Pas de langue de bois, de « on va voir si », de « oui mais… », sur cette proposition qui flotte dans le débat public depuis tant de temps, à laquelle personne n’ose s’opposer mais que personne n’ose pousser – faute, sans doute, de moyens budgétaires -.

Et le tonitruant Dupont-Moretti n’a qu’à bien se tenir : « J’ai récemment attrapé notre ami garde des Sceaux, nous dit-elle, pour lui dire : « Je vais être un gros caillou dans ta chaussure. Pas une victime ne doit s’interdire ces démarches (plaintes pour violences sexuelles, NDLR) et il va falloir suivre ! ».

Alors on pourra dire qu’un caractère bien trempé et un talent de communicante ne font pas tout.

On pourra dire que l’égalité femme-hommes, ce n’est pas juste le congé paternité et les féminicides.

Que quoi qu’on en dise, l’expérience politique compte énormément pour peser sur une administration, tordre le bras des réticents, faire advenir les promesses tombées d’en haut…

On dira aussi qu’en 1 an et demi, on ne fait pas la révolution…

Tout cela est vrai, hélas. Mais au vu de ses premiers pas, pas tonitruants mais loin d’être timides, on peut espérer qu’Elisabeth Moreno ait le caractère et la force pour faire bouger quelques lignes d’ici à 2022.

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