Le président de la République agresse verbalement Georges Malbrunot, journaliste au Figaro et spécialiste du Moyen-Orient - Capture vidéo LCI.
Le président de la République agresse verbalement Georges Malbrunot, journaliste au Figaro et spécialiste du Moyen-Orient - Capture vidéo LCI.

C’est un savon, une humiliation comme il est douloureux d’en recevoir en public de la part d’un chef de l’État. En agressant littéralement Georges Malbrunot, lors d’une rencontre publique à Beyrouth, devant un aréopage de personnalités, lui reprochant un papier dans Le Figaro, dans lequel il racontait la rencontre entre Emmanuel Macron et Mohammed Raad, chef du bloc parlementaire du Hezbollah, le Président de la République a commis une faute.

La scène, filmée par les caméras de LCI, a été reprise partout et elle est d’une agressivité étonnante. Qu’il trouve ce papier irresponsable et mesquin est une chose. Qu’il s’énerve en public, sans donner le sentiment de se contrôler, en est une autre, On rappellera, au passage, que le Hezbollah est une organisation terroriste et que Lionel Jospin, en son temps, a payé cher pour l’avoir dit, devant les étudiants de l’université palestinienne de Bir Zeit, Que la narration de cette rencontre ait crée des remous diplomatiques, on peut le comprendre, mais la presse n’est pas là pour accompagner ou aider la diplomatie française. Elle est là pour analyser et rendre compte.

En ce sens, Georges Malbrunot a parfaitement fait son travail, Il est un très bon spécialiste du Proche Orient, probablement l’un des mieux informés, et certainement plus apte à comprendre les enjeux, les nuances, que n’importe quel chef d’État. C’est bien le problème du Président vis-à-vis de la presse, Il a toujours considéré les journalistes comme une masse informe de gens incultes, survolant les dossiers, obsédés par l’écume des vagues. Il leur a toujours manifesté un mépris royal et, en cela, il n’est pas différent de ses prédécesseurs, hormis François Hollande. Personne n’a oublié les colères homériques de Lionel Jospin, grand spécialiste du tabassage de journalistes en public, pour un mauvais papier ou une question qui lui semblait hors sujet. Ce mauvais caractère lui a beaucoup coûté. Lui aussi tenait la presse, et surtout les journalistes politiques, pour des « minus habens ». Il se trompait comme se trompe Emmanuel Macron. La plupart des journalistes ont des zones de prédilection, une véritable culture. Et, dans le cas des grands reporters ? par exemple, une véritable connaissance intime, profonde, subtile, de leur matière et des pays qu’ils couvrent.

Mais c’est aussi une erreur de comportement. Le mauvais caractère est une faute politique. On dit d’Emmanuel Macron qu’il est un animal à sang froid, cassant mais jamais colérique, jamais démonstratif. En utilisant un rapport de force inégal, criard, car il est évident qu’un journaliste, pris ainsi à partie, ne peut pas répondre à un chef de l’État sur le même ton, il nourrit le sentiment d’autoritarisme et d’arrogance qui le dessert tant depuis son arrivée à l’Élysée, 

Si les citoyens se défient des journalistes, ils ne donnent en revanche (hormis les supporters) jamais raison à un politique qui s’en prend à la presse, Barack Obama en avait fait l’amère expérience en se mettant à polémiquer directement avec Fox News, Il s’en est suivi une chute sévère dans les sondages, y compris chez les démocrates. Obama a donc remis de l’eau dans son vin et en a tiré la conclusion qu’un Président ne devrait jamais faire cela. 

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Cet article a 2 commentaires

  1. Emma

    Ce sui est intéressant c’est que vous soyez une des rares journalistes à vous en émouvoir.
    Étonnant ce silence de vos collègues journalistes et éditorialistes d’habitude toujours prompte à faire corps lorsque l’un des leur est remis en cause !!!!
    Manque de courage de leur part ?

  2. Harold J. Benjamin

    D’accord avec vous sur beaucoup de choses, sauf une. Le Hezbollah est une organisation terroriste, dites-vous, suivant en cela les injonctions étasunienne et israélienne. Vous avez le droit de le penser, mais ce n’est pas exact. Le Hezbollah fait partie de l’axe de la résistance aux côtés de ses alliés dans la région, ce qui est tout à fait différent. Monsieur Jospin s’est trompé lorsqu’il l’a dit à Bir Zeit, tout comme il s’est trompé dans son traitement des journalistes, ainsi que vous le faites très justement remarquer.

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