Manifestation Justice pour Adama devant le Tribunal de Paris - Extrait vidéo publiée sur Twitter.

Du jamais vu : 20.000 personnes rassemblées devant le tribunal de grande instance de Paris Porte de Clichy. Pour réclamer justice dans la mort d’Adama Traoré. 20.000 personnes, des slogans reprenant ceux du Black Lives Matter « pas de justice, pas de paix », des slogans rageurs aussi et dérangeants « personne n’aime la police ».

Des échauffourées en fin de manifestation. Les habituels tweets de Christophe Castaner dénonçant les violences et voilà le débat français qui s’enflamme. Très français, très intello, très sociologique : racisés par ci, multiculturalisme par là, communautarisme, minorités visibles et tout ce flot de mots, sans voir finalement l’essentiel : un désir de justice tellement commun à tous les êtres humains. Enfermer les débats, les résumer, les rabaisser à une guerre de mots, d’idéologie, entre l’islamogauchisme qui aurait pour projet démoniaque d’importer les émeutes raciales et la domination blanche et raciste, c’est évidemment passer à côté de l’essentiel.

Oui la famille d’Adama Traoré à droit à la vérité sur la mort de ce jeune homme, décédé après son interpellation au cours de laquelle il a subi un plaquage ventral. Depuis 4 ans, les experts se battent pour savoir quelles sont les causes réelles de sa mort : le plaquage exercé par les gendarmes ou une fragilité cardiaque et pulmonaire antérieure ?  La dernière expertise indépendante demandée par la famille confirme la thèse d’un décès dû au plaquage. Elle va à l’encontre des précédentes, qui allaient à l’encontre d’une autre expertise parvenant à la même conclusion sur le plaquage. Rien n’est donc concluant. Partir du principe que les gendarmes sont à priori coupables est aussi vain que de partir du principe qu’ils sont à priori innocents.  

Et oui, mille fois oui, la famille d’Adama Traoré à droit à la vérité. Comme la famille de George Floyd a droit au procès de son meurtrier et de ses complices. Plus largement, la revendication des Afro-américains à être protégés et considérés comme des citoyens à part entière est légitime. Elle s’accompagne de revendications sociales tout aussi légitimes. “Oui mais la France n’est pas l’Amérique”, nous objecte-t-on. Oui c’est vrai, le modèle d’intégration fonctionne mieux, le modèle social, l’état providence amortissent mieux tous les chocs, mais en France, on a moins de chance si on s’appelle Boubacar et qu’on vit en Seine Saint Denis que si on se nomme Xavier et qu’on est né dans le 14ème arrondissement. Nier cette évidence, opposer à cette évidence un supposé racisme anti blanc, c’est alimenter cette fracture un peu plus encore. Le déni nous tue.

Le principe sacré de la République une et indivisible ne doit pas nous aveugler sur les discriminations qui existent dans ce pays et qui doivent être réparées. Tous les hommes naissent libres et égaux en droit et le devoir sacré de la république est de mettre en œuvre, dans le moindre recoin, la moindre parcelle de son territoire, cette égalité. Cela vaut pour la France. Cela vaut pour les USA. En ce sens, cette lutte se rejoint de part et d’autre de l’Atlantique.

Tout le reste n’est que l’écume des mots.

Photo publiée sur Twitter lors des manifestations pour George Floyd.
Photo publiée sur Twitter lors des manifestations pour George Floyd.

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