Les manifestants Black Lives Matter, place de la Concorde à Paris scandaient le nom de George Floyd et des « Justice pour Adama » - Capture vidéo Twitter.

23 300 personnes ont participé ce samedi à ces rassemblements en France, dont 5 500 à Paris selon le ministère de l’Intérieur. C’est une nouvelle mobilisation impressionnante et pacifique contre les violences policières et en soutien au mouvement Black Lives Matter. Et ce malgré l’état d’urgence sanitaire et l’interdiction des rassemblements. Interdiction rappelée par la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, qui a déclaré que ces manifestations « ne devraient pas se tenir » et par le préfet de Police Lallement qui a explicitement interdit les rassemblements de la Place de la Concorde et celui du Champ de Mars.

Pourtant des milliers de manifestants se sont réunis dans une atmosphère calme, empreinte de gravité ou parfois plus festive. Mais sans incidents. Simplement porteurs d’une exigence démocratique et républicaine, écrite en sous forme de hashtags #LaissezNousRespirer, #JusticePourToutesLesVictimes, #BlackLivesMatter et #PasdeJusticePasdePaix.

Place de la Concorde, à deux pas de l’Ambassade des États-Unis, de la Place Beauvau et du palais de l’Élysée, les manifestants scandaient le nom de George Floyd et des « Justice pour Adama ».  Mais pour le ministre de l’Intérieur comme pour le président de la République, c’était silence radio.

Allo Beauvau, Allo L’Élysée

Un silence qui commence à devenir assourdissant pour un Emmanuel Macron que l’on a connu beaucoup plus prompt à s’exprimer. Notamment ces derniers mois, où le président de la République a multiplié les rencontres et téléconférences. Avec les soignants bien sûr mais aussi avec les restaurateurs, le monde de la Culture etc. Le chef de l’Etat a même théorisé  cet activisme au cours d’un long reportage sur BFM.

Et il ne s’agit pas là simplement de quelques manifestants défiant l’Etat d’urgence. Il s’agit d’un vaste mouvement qui dépasse les frontières. Des rassemblements ont eu lieu à Londres, Berlin, Sydney, Tunis et jusqu’en Suède ou au Japon.

Aussi, en France, 3 enquêtes journalistiques de titres aussi divers que MediaPart, Arte Radio, Street Press ainsi qu’un reportage de Charlie Hebdo révèlent l’ampleur impunie du racisme dans la police. Des messages abjects, racistes, antisémites, sexistes et homophobes échangés sur WhatsApp et une hiérarchie prévenue voilà 5 mois et qui met la tête dans le sable. Un groupe Facebook rassemblant 8000 policiers et gendarmes actifs depuis 5 ans et où « on peut lire des centaines de messages racistes, sexistes ou homophobes et des appels au meurtre ».

Et face à ces révélations et à ces manifestations, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, le président de la République garant des institutions, des libertés publiques et de l’ordre républicain pourraient rester silencieux ? Regarder ailleurs ?

Pour tout dire ce silence insupportable devient gênant. Un malaise ressenti par les journalistes de RTL qui ont noté une certaine « crispation » de leurs interlocuteurs à l’Élysée.

Une double faute politique

Ce silence est une double faute politique. C’est une faute politique au regard des engagements d’Emmanuel Macron pendant la campagne de 2017 et des yeux doux que le candidat avait alors fait à la banlieue et à sa jeunesse. Depuis lors rien. Ah si un « enterrement de première classe » du rapport Borloo sur les banlieues le 22 mai 2018 par le Président. « Une humiliation publique rarement vue » écrivait le journal L’Opinion. Et puis aussi une séance de cinéma à l’Élysée pour voir le film de Ladj Ly, Les Misérables. Ce qui a donné lieu à une mémorable brève dans le JDD selon laquelle après avoir vu le film, Emmanuel Macron aurait demandé à ses ministres de plancher sur les banlieues … Pour un président qui se targue de tenir ses promesses et se dépeint en progressiste, on frôle le zéro pointé.

C’est aussi une faute au regard des responsabilités du Président qui se doit d’être le premier défenseur de la République. Ces responsabilités exigent du Président qu’il défende la police républicaine. Car comme l’explique aujourd’hui dans le JDD, Christiane Taubira, ancienne ministre de la Justice, « chaque dérapage individuel tache l’institution tout entière ».

Il s’agit donc de défendre l’honneur de la police républicaine tout comme les aspirations à la dignité des citoyens qui subissent les violences policières et le racisme. Une mission fondamentale. Honneur et Patrie.

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