Emmanuel Macron en Conseil des Ministres exceptionnel le 17 mars 2020 - capture vidéo Élysée.
Emmanuel Macron en Conseil des Ministres exceptionnel le 17 mars 2020 - capture vidéo Élysée.

Pourquoi Marc Guillaume, le plus haut fonctionnaire de France, a-t-il été démis de son poste ? On nous avait vendu le départ de ce très haut fonctionnaire comme une décision d’autorité du nouveau Premier ministre, soutenu par un président soucieux de se débarrasser d’un empêcheur de gouverner en rond.

Mais cette semaine, Le Monde révèle, que dès 2018, les conseillères de l’Élysée avaient rédigé une note dénonçant les comportements misogynes au plus haut sommet de l’État. Remise à l’occasion du 8 mars, journée internationale des Droits des femmes, la note visait principalement Marc Guillaume, le tout puissant Secrétaire général du Gouvernement. Y était décrite une série de remarques sexistes, particulièrement humiliantes, qui n’ont pas leur place dans un échange professionnel, ni sous les Ors de la République et encore moins dans un Gouvernement qui dit vouloir faire « des Droits des femmes, la grande cause du quinquennat ».
Ainsi cette pique sexiste est-elle attribuée à Marc Guillaume : « C’est rare une femme qui pense… et c’est beau aussi, surtout quand ça porte une jupe », comme celle-ci lancée en pleine réunion interministérielle alors qu’une boite de chocolat circule « Non, je ne prendrai pas de chocolat, chère X… Ça fait longtemps que tu ne m’as pas vu nu, ça se dégrade ! » …

Cette note, qui surgit au moment où le personnage a perdu de sa toute puissance, fait de « la disgrâce de Marc Guillaume » un problème politique de plus pour Emmanuel Macron.

Inconnu du grand public, ce grand serviteur de l’État occupait depuis 2015 l’un des postes parmi les plus importants et les plus prestigieux de la République, le Secrétariat général du Gouvernement. Le « SGG » n’est pas seulement le fonctionnaire qui assiste à l’ensemble des Conseils des Ministres et en rédige le compte-rendu secret. Conseil juridique en dernier ressort du gouvernement, le « SGG » expertise les projets de loi présentés par les ministres. Il convoque et préside les fameuses « RIM », les réunions interministérielles au cours desquelles sont réalisés de très nombreux arbitrages. Enfin le SGG est aussi le conseil RH du Gouvernement, il auditionne, sélectionne et donc fait et défait les carrières des hauts fonctionnaires.

À ce poste Marc Guillaume avait accumulé les surnoms, « Imperator », « Léviathan », « Premier Ministre bis », « M. Non », « Grand Chambellan » … manière feutrée de dire que le SGG était un adepte du management par la peur et par l’humiliation, notamment lors des RIM, où conseillers et conseillères ministérielles et autres directeurs de cabinet subissaient ses foudres.

Mi-Juillet, le départ de Marc Guillaume nous a d’abord été présenté comme « la volonté de reprise en main de l’appareil d’Etat par Emmanuel Macron ». Un nouvel épisode de la série « le Président en lutte contre l’État profond », contre la toute-puissance de l’administration face aux politiques. La série avait été lancée dans la fébrilité post-Gilets Jaunes avec une décision fracassante : la suppression de l’ENA. Et pour montrer toute l’ambition et la force de ce projet révolutionnaire, Emmanuel Macron avait simplement commandé un rapport sur le sujet à l’ancien énarque et avocat au Conseil d’Etat Frédéric Thiriez. Rapport remis à Édouard Philippe en février dernier qui avait aussitôt annoncé « un plan ambitieux de diversification sociale et géographique des recrutements, et la création d’une école de management public pour remplacer l’ENA ». Une manière pour le PM de dire « circuler y a rien à voir », car qu’est-ce que l’ENA sinon une école de management public ?

Pourtant à ce jour, hors des discours, on peine à entrevoir une preuve tangible de la volonté d’Emmanuel Macron de réformer une administration et des Grands Corps qui bloqueraient sa volonté de réforme. Tout juste cette agitation apparaît-elle comme une bonne excuse, trumpienne en diable, de l’absence la Révolution promise par Emmanuel Macron dans son livre programme. De la mauvaise com’ qui agite ce qui nous tient de Cour royale sans jamais soulever les foules.

D’ailleurs dès l’annonce du départ de Marc Guillaume, le journal Le Monde avançait une autre raison pour sa chute : les tensions nées entre le SGG et Jean Castex alors chargé d’orchestrer le déconfinement. Le futur Premier ministre n’aurait pas supporté le comportement du Secrétaire général à son égard et ses remises en cause, sous l’angle du droit, de décisions arbitrées par le Président.

Démis de ses fonctions, Marc Guillaume a été aussitôt nommé Préfet de la Région Ile-de-France. Pas vraiment la promotion dont rêvait le haut-fonctionnaire qui se voyait plutôt vice-président du Conseil d’État, mais pas non plus un placard, le Préfet de la Région Ile-de-France étant le plus haut poste de la préfectorale.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais la révélation du comportement sexiste de Marc Guillaume teinte ce changement de la couleur de l’impunité. Impunité puisque le Secrétaire général du Gouvernement a pu continuer ses œuvres 2 ans sans problème, les 2 longues années qui ont suivies l’alerte des conseillères de l’Élysée. Impunité parce qu’à la suite, il se voit offrir un poste prestigieux. D’aucuns pourront dire qu’en Macronie quand on se comporte mal avec les femmes, on ne risque pas grand-chose. Au pire une promotion, la jurisprudence Darmanin.

Le vrai-faux départ de Marc Guillaume vient aussi illustrer la faiblesse d’Emmanuel Macron. Un président dont la main tremble quand il s’agit de sévir. La preuve par son dernier mouvement préfectoral, très large, mais qui conserve aux plus hauts postes 2 fonctionnaires contestés, le préfet Lallement et le nouveau préfet Guillaume.

Emmanuel Macron apparait pour ce qu’il est un roi faible cerné par les baronnies qu’elles soient celles des Grands Corps ou celles plus politiques de la Sarkozie. Ne reste plus au président que la communication, utilisée à outrance pour tenter d’asseoir son autorité.

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