Marine Le Pen en campagne pour les législatives, le 8 mai 2022 - capture vidéo Nos Lendemains.

Depuis son arrivée à la présidence du Front national, en 2011, Marine Le Pen fait figure de Jeanne d’Arc du prolétariat abandonné par la gauche, jusqu’à condamner élections après élections le libéralisme triomphant en France. 

Un créneau de condamnation qu’elle partage avec Jean-Luc Mélenchon, le patron des insoumis, lui aussi très prompt à attaquer un système économique inique, et sous influence anglo-saxonne. 

En y regardant de loin et avec une véritable fainéantise intellectuelle, les commentaires nous abreuvent de « Le Pen / Mélenchon, même combat économique » ce qui, évidemment, est totalement faux car la dénonciation. du capitalisme financier n’engendre pas les mêmes remèdes pour l’un et l’autre et c’est bien toute la différence car le diable politique se cache dans les détails. Passons sur la divergence sur la question des retraites : Marine Le Pen à recule pour tenter de se construire une image raisonnable, la ou les Insoumis persistent et signent sur le départ à 60 ans. 

Mais la différence est idéologique

Si du côté de Jean Luc Mélenchon, on prône l’affrontement radical contre le capitalisme financier, du cote du RN, on évite soigneusement d’y toucher en préférant se retourner vers l’État, et sa fonction de protection… Quitte à ce que ce dernier se rappelle au souvenir par des hausses d’impôts directs et indirects, et des diminutions des protections sociales, à force d’avoir plumé la Sécu.

Les mesures de Marine Le Pen, si elles semblent alléger le poids des dépenses des Français, le font en trompe-l’œil ; l’exemple patent étant la baisse de la TVA de 20% à 5.5% sur les produits énergétiques. Non seulement la mesure grèverait les capacités de budget de l’Etat, mais en plus, elle favoriserait la consommation des plus riches qui sont aussi les plus pollueurs. Idem pour l’exonération d’impôts sur le revenu des moins de 30 ans. Autant les armées de jeunes précaires ne sentiraient pas la différence, autant les enfants issus des classes aisées, au statut socio-professionnel favorisé, pourraient s’en mettre plein les poches… Privant l’Etat de ses dépenses pour tous. La responsable d’extrême-droite, se voulant le héraut du peuple laborieux, propose un deal au patronat : une augmentation des salaires de 15% en échange d’une baisse des cotisations sociales d’autant. Pas une obligation, juste une proposition. À la manière d’Emmanuel Macron qui veut inciter les employeurs à aller jusqu’à 6000 euros de prime défiscalisée. Et dans tous les cas, un creusement des ressources que la Sécurité sociale n’a nul besoin d’approfondir. Dans son souci de « rendre son argent au Français », la patronne du Rassemblement national promet une baisse tangible des impôts sur les héritages, sachant qu’en moyenne, ces derniers s’élèvent à environ 70 000 euros, et que le seuil d’exonération se situe à 100 000 euros par enfant. Une manière déguisée de favoriser la transmission de capital des plus riches.

120 milliards de dépenses pour le Rassemblement national

Pour l’économiste Bruno Amable, « Des groupes populaires anciennement du bloc de gauche, par exemple une partie des ouvriers, lui ont échappé. Ceux qu’elle rassemble sont davantage des déçus du bloc de droite qu’un vaste rassemblement transcendant les anciens blocs de gauche et de droite ». Des groupes qu’on retrouve désormais à la gauche de l’échiquier politique grâce au score de Jean-Luc Mélenchon à la dernière élection présidentielle. Un candidat qui, contrairement à Marine Le Pen, ne craint pas de bousculer les plus riches. Son programme, s’il ne renverse pas la table, est radicalement axé sur la justice sociale et présente des accents jospiniens : hausse du SMIC à 1400 euros net, baisse du temps de travail, retour l’ISF, 14 tranches d’impôt sur le revenu, retraite à 60 ans pour tous. Certes, l’État est mis à contribution, mais les contribuables les plus favorisés aussi. Et c’est là que réside la différence fondamentale entre un programme populiste, et une ambition de rattrapage social.

À force de vouloir piller l’État de ses deniers, au lieu de s’attaquer aux détenteurs de capitaux, Marine Le Pen en oublie le coût total de son modèle dispendieux, et faussement égalitaire. Ainsi, selon l’institut Montaigne, le montant des dépenses de la candidate d’extrême droite est évalué à 120 milliards d’euros au lieu des 68 milliards annoncés. Quant aux recettes liées à la politique contre les fraudes qui rapporterait 15 milliard, elle n’est qu’illusion, d’après les calculs des économistes les plus sérieux. Xavier Timbeau, directeur de l’OFCE, avertit : « vouloir recouvrer entièrement le montant lié à la fraude est illusoire. On peut espérer récupérer sept milliards d’euros sur la fraude sociale mais pas avant 2027. Quant à la fraude fiscale, aller au-delà de 5 milliards d’euros me semble compliqué ». À l’approche des élections législatives des 12 et 19 juin, le Rassemblement national ne se fait pas d’illusions sur ces chances de victoire ; pris en étau entre deux dynamiques, libérale côté Macron, et sociale du côté gauche, avec le lancement de la Nouvelle union populaire écologique et sociale NUPES qui envisage sérieusement de l’emporter.

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