Cafés à Marseille - Photo Geoff Livingston - Creative Commons (CC BY-SA 2.0).

48h, c’est ce qu’ont obtenu les élus d’Aix-Marseille Métropole avant de fermer définitivement les bars et les restaurants des 92 communes et de se revoir dans 7 jours. 48h pour écouler les stocks, comme l ‘avaient demandé les professionnels. 48h de plus pour éviter une révolte dans la deuxième ville de France. 

Avec une seule question à la clé : si le virus circule autant, s’il est si dangereux pour nécessiter un reconfinement partiel qui ne dit pas son nom, peut-on lui accorder 48h de plus, un temps très long dans la gestion d’une épidémie galopante ? Peut-on prendre le risque de milliers de contaminations car on imagine bien que le beau temps, même frisquet, prévu sur les Bouches du Rhône ce week-end, va pousser des milliers de gens à profiter de ces dernières 48h de « liberté ». Autrement dit, la décision de départ était-elle justifiée pour que l’on puisse revenir dessus après des manifs et des appels d’élus, notamment Samia Ghali, qui a demandé expressément à la police municipale à ne pas verbaliser les établissements restés ouverts ? 

Voilà où conduit la « non concertation », la stratégie de l’arbitraire et les arrières pensées politiques. En voulant donner une petite leçon à cette ville, pour des faits sanitaires objectifs sur l’occupation des lits en réanimation, le gouvernement s’est retrouvé dans l’obligation de reculer. 

D’autant que les arguments laissent place au doute. Didier Raoult a publié hier les chiffres, non pas de l’IHU mais de Santé Publique France, qui démontrent, selon lui, que les données ne sont pas en mesure de provoquer la moindre panique, contrairement à d’autres départements qui n’ont pas atteint leur pic épidémique alors que les indicateurs des Bouches du Rhône indiquent une décrue. On sait que l’argument d’Olivier Véran repose sur le nombre de lits de réanimation occupés, plus d’1/3 dans le département. Mais est- ce désormais un argument suffisant pour mettre à genoux des villes, Aix et Marseille, déjà terriblement touchées économiquement, même si saison estivale a permis de respirer un peu ? C’est la question et ce recul de 48h n’y répond pas. Il calme la colère momentanément, et donne des arguments à toutes les autres villes qui contesteront forcément les mesures à venir. 

Cet épisode marseillais prouve également à quel point il n’y a plus de consensus dans notre pays sur le Covid. La belle unité du pays, et non des dirigeants, a volé en éclat. Le débat est abrasif désormais entre ceux qui acceptent les mesures et ceux qui les rejettent. Il suffit d’en parler dans les repas de familles, d’aller sur les forums de discussions pour comprendre à quel point le pays se divise et se déchire, entre ceux qui seraient des moutons et ceux qui seraient des rebelles. La tribune, volontairement provocatrice de Nicolas Bedos où les prises de positions de plus en plus radicales de certains intellectuels et influenceurs nourrissent ces fractures. Pendant ce temps, on enregistre des records de contaminations et ceux qui hurlent au piétinement des libertés publiques seront certainement les mêmes qui hurleront si les chiffres de mortalité repartent à la hausse. Ou bien, nous expliqueront-ils que, finalement, c’est le cycle naturel et que meurent ceux qui doivent mourir ? Fort heureusement, nous vivons dans des sociétés qui ont fait le choix de ne pas choisir justement entre qui doit mourir ou pas, et considère que la vie d’une personne de 80 ans a autant de valeur que celle d’une personne de 30 ans.

Pour en revenir à Marseille, la leçon politique est cruelle pour le gouvernement. On ne peut pas avoir le mot « concertation » à la bouche toute la journée et prendre des décisions arbitraires, fondées sur des faits réels mâtinés de manœuvre politique sans concertation, sans prendre un retour de bâton sévère. Ce recul coûtera très cher socialement et politiquement car il brise la valeur la plus précieuse et la plus fragile : la confiance. 

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Cet article a 1 commentaire

  1. Jeannin

    Magnifique texte…
    Quelle dommage d’en arriver là, au lieu de faire cause commune !
    Et comme si cela ne suffisait pas le ministre a remis une pièce dans la machine à embrouilles.
    Une visite à la Timone, en ignorant l’IHU pourtant attenante.
    Une ministre qui laisse entendre que l’IHU se débarrasse de ses morts et cas graves, pour les refiler à La Timone, et soigner ses chiffres officiels.
    Un ministre qui essaye de flatter les uns, au dépend des autres, pour diviser la coalition des mandarins marseillais,
    à son profit contre Raoult.
    A ce petit jeu, on trouve toujours du monde, à grands renforts de promesses de postes ou de promotions en tous genres.
    Veiran, plus qu’un médecin, est un vrai politique.
    Celle que l’on ne voudrait plus voir en période de crise…

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