Michèle Rubirola, maire de Marseille à gauche et Olivier Veran, ministre de la Santé à droite - Montage Nos Lendemains - Photos via Twitter.

Tout est politique. Et l’incroyable passe d’armes, hier soir, entre les élus provençaux et Olivier Véran, le Ministre de la Santé, illustre parfaitement cette vérité

Acte 1/ Quelques jours après les recommandations pressantes du Professeur Delfraissy, conseillant au gouvernement de prendre des « mesures difficiles », Olivier Véran les prend … « pas de gaité de cœur » selon ses mots. La Guadeloupe et la métropole d’Aix/Marseille, regroupant 92 communes, sont partiellement reconfinées. Même si le mot n’est pas prononcé, c’est bien de cela dont il s’agit. Les bars et les restaurants sont fermés au moins pour 15 jours, autrement dit les lieux où s’expriment le plus facilement, le plus massivement, les liens sociaux.

 Acte 2/ Le choc est aussi rude qu’inattendu. La Maire de Marseille, Michèle Rubirola tweete illico presto sa colère et son incompréhension de ne pas avoir été prévenue d’une telle décision. Dans la foulée, Renaud Muselier, le Président LR de la Region s’insurge contre « une punition collective ». C’est l’alliance sacrée gauche / droite pour dénoncer une décision brutale et sans concertation.

Acte 3/ Olivier Véran riposte en affirmant que le Président de région et le 1er adjoint de la ville de Marseille, Benoit Payan, ont été prévenus. On notera l’étrange attitude, pour ne pas dire la cuistrerie, d’un ministre qui s’adresse au saint plutôt qu’au Bon Dieu, en l’occurrence la bonne mère Rubirola.

Acte 4/ Michèle Rubirola et Renaud Muselier répliquent de façon cinglante « passer un coup de fil 1/2h avant une conférence de presse, ça n’est pas une concertation ».

Que pouvons-nous tirer comme conclusion de cette affaire ? D’abord, il ne s’agit pas de remettre en cause les chiffres marseillais qui ne sont pas bons. 1/3 des lits de réanimation sont occupés. Et même si les contaminations commencent à décroître lentement, comme à Bordeaux, la peur panique de voir le système hospitalier débordé peut justifier une décision lourde. Mais qu’est ce qui peut expliquer une telle maladresse de la part d’un gouvernement qui n’a que les mots « concertation » et « territoires » à la bouche ? Est ce que la concertation ne s’arrête qu’aux amis politiques ? 

Marseille est en effet un concentré d’opposants. Il y a la droite locale, même si elle n’est pas farouchement anti macronienne. C’est un bastion LR régionalement. Il y a ensuite la coalition du Printemps marseillais, qui a remporté de haute lutte, la deuxième ville de France grâce à l’union très large et inédite de la gauche, du PC aux Verts, et qui peut préfigurer une alliance régionale et surtout présidentielle. N’oublions pas dans cette équation qu’un certain Jean Luc Mélenchon est député de la ville et qu’un certain Didier Raoult tient tête et ferraille depuis des mois avec le gouvernement. Ça fait beaucoup de données politiques. Et on peut imaginer un gouvernement pas mécontent de pouvoir faire d’une pierre deux coups. Car il y a bien eu une décision politique : celle de ne pas prévenir les élus provençaux.

Il est impossible d’imaginer Olivier Véran commettre un tel impair, en prenant littéralement par surprise les représentants d’une ville aussi importante, sur le plan économique et politique. J’entends déjà les adorateurs d’Emmanuel Macron hurler au complotisme à la lecture de ce papier. Mais nous leur rappellerons que ce ne serait ni la première fois ni la dernière qu’une ville ou une région seraient « punies » politiquement et c’est d’ailleurs à dessein que Renaud Muselier emploie cette expression. C’est d’autant plus regrettable que nous vivons une situation particulièrement éprouvante et que nous aurions pu imaginer, dans un tel contexte, un monde d’après différent. Mais à l’évidence, on aura du mal à faire admettre à l’opinion publique qu’il n’y a pas, derrière cette décision, une part d’instrumentalisation politique. Et jamais nous n’avons assisté à une remise en cause aussi forte, aussi immédiate, aussi homogène d’élus locaux.

Il n’est pas question de guerre de sécession mais dans une situation aussi dure sur le plan économique et même psychique, et des élus aussi rétifs, les Marseillais, si prompts, en temps normal à s’enflammer contre la capitale et les décisions qui tombent du ciel parisien, comment peuvent-ils digérer facilement ce nouveau coup dur ? Il eut été plus judicieux de préparer les esprits, de concerter véritablement d’abord et de décider ensuite. A l’évidence, l’Élysée a choisi la méthode forte. À ses risques et périls. Ce genre d’épisode laisse en effet des traces …. notamment dans les urnes.

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