Le masque obligatoire, simple fourniture scolaire ou objet sanitaire de lutte conte l'épidémie ? - Photo ©️ Nos Lendemains.

Ainsi l’État n’aurait pas vocation à payer des masques à tout le monde. Ainsi a tranché Emmanuel Macron, lors du conseil de défense qui s’est déroulé hier. Et ce matin, Jean Castex l’a redit sur France Inter « on ne va pas payer des masques à des familles qui n’en n’ont absolument pas besoin ! ».
Si on se met à faire le compte de ce qui est versé à des gens qui n’en n’ont pas besoin (allocations familiales notamment), l’argument ne tient pas.

Pas de gratuité donc pour les élèves des collèges, des lycées et des universités. Et l’on entend déjà se déchaîner tous ceux qui renvoient les familles à leur responsabilité individuelle sur un mode simple : c’est quand même pas la mer à boire, hein! Et bien si justement, c’est la mer à boire et la tirelire à casser. Pour une famille de 4 personnes avec 2 enfants et 2 parents qui travaillent en entreprise, ou le masque sera obligatoire, le budget devient assez croquignolet : entre 250 et 300 euros par mois à raison de 2 masques minimum par personne et par jour. D’autant que la plupart des grandes villes, au regard du galop de l’épidémie, vont l’imposer dans l’espace public.

C’est une somme et elle va grever durablement les budgets familiaux.

À moins de vivre totalement déconnecté de la réalité des phénomènes et de surfer sur des salaires et des situations mirifiques, 300 euros, ça représente beaucoup d’argent pour les classes moyennes, qui, naturellement, n’auront pas droit à la moindre aide car elles gagnent trop … et pas assez.

Quant à l’argument qui consiste à dire que l’allocation de rentrée scolaire a été augmentée, cette augmentation ne concerne pas le budget masque. Car 500 euros euros pour un collégien, c’est à peine suffisant pour acheter les fournitures et les livres requis pour les programmes. Ceux qui argumentent ainsi n’ont pas eu à faire ce genre de course depuis longtemps !

Il y a enfin quelque chose d’illogique et d’irritant à voir l’État déverser des milliards pour sauver les entreprises qui, de toute façon, licencieront, et refuser de fournir gratuitement ces masques aux citoyens. Ou l’on retrouve la même stratégie de l’offre, qui consiste à soutenir avant tout l’entreprise, au détriment de la stratégie de la demande, qui soutient le pouvoir d’achat et la consommation. Une telle dépense dans le budget n’incitera pas non plus à la dépense du fameux bas de laine dont on nous rebat les oreilles, ces milliards épargnés qu’il faut absolument consommer.

Dès lors, ce qui va se passer est d’une évidence biblique : les masques seront gardés une, voire plusieurs journées, sans être changés, avec l’inefficacité inexorable dans la lutte contre la propagation du virus.

Fort heureusement, les collectivités territoriales s’organisent : régions et départements annoncent, les uns après les autres, leurs décisions de pallier cette carence et de fournir les masques gratuits aux élèves. Les territoires, toujours eux, se retrouvent donc en première ligne pour pallier les carences de plus en plus évidentes de l’État dans la gestion globale de cette épidémie.

Si on poussait plus loin le raisonnement, il conviendrait de s’interroger sur la nature du masque. Doit-on le considérer comme un objet sanitaire de prévention essentiel à la lutte contre un virus et on le rembourse, au même titre que le vaccin contre la grippe ? La réponse est oui. On rembourse bien le Doliprane. Pourquoi ne pas rembourser les masques ?

Ces masques qui resteront le point de fixation et le symbole de la gestion de cet exécutif, louvoyant et ambigu depuis le début de la pandémie ; ambiguïté et mensonge sur les stocks de masques, leur utilité, le caractère recommandé puis obligatoire. Tout cela a démontré une incapacité à anticiper, à donner des directives claires. Hormis le domaine économique ou l’État a agi avec justesse, tout le reste donne le sentiment d’un gouvernement à la godille, à la petite semaine. Le gouvernement se rassurera en se disant que ça n’est pas mieux ailleurs. Et c’est faux : aujourd’hui la France est, avec l’Espagne, le pays ou le rebond est le plus fort, elle affiche l’une des mortalités les plus importantes au monde, et une chute du PIB supérieure à l’Italie ou l’Espagne ( -11,4 contre 11,3 et 11,2 selon l’OCDE). Beau bilan.

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Cet article a 1 commentaire

  1. Emma

    Être solidaire avec les plus démunis c’est faire de l’assistanat et les « deresponsabiliser ».
    Gaver les actionnaires avec le CICE , la suppression de l’impôt sur la fortune et autres cadeaux c’est stimuler l’economie….
    Ces gens n’ont aucune décence.

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