Masqués pour aller à l'École - Photo ©️ Daniel Perron

Le discours officiel sur le port du masque a connu quelques variantes depuis que le Coronavirus a débarqué en France inopinément. Les vidéos synthétisant ces changements de pied se montrent d’ailleurs féroces et créatives, avec en guest-stars le Premier ministre, son ministre de la Santé, la porte-parole du gouvernement et le directeur général de la Santé.

En deux mois, la clique à la barre a affirmé tout et son contraire. Les traces de cette bipolarité, nombreuses, font mal, et resteront. Pour dissuader les Français d’avoir recours à cet accessoire de protection, les autorités leur ont même expliqué que, mal utilisé, il pouvait être dangereux. C’est pas faux. Mais osons un parallèle sans latex : imaginerait-on Olivier Véran soutenir qu’il ne faut pas mettre de préservatifs pour les mêmes raisons ? Essayez, vous verrez, on rigole forcément.

Les tergiversations sont mises sur le dos des girouettes scientifiques

Aujourd’hui, alors que l’ustensile vedette s’avère indispensable dans la lutte contre le virus et que tout le monde en convient, à commencer par ceux qui prétendaient l’inverse il y a un mois, les tergiversations sont mises sur le dos des girouettes scientifiques.

Sibeth Ndiaye, qui a nettement gagné en crédibilité grâce à cet épisode et quelques autres, l’a encore glissé hier, l’air de rien, à l’issue du Conseil des ministres :

« La doctrine que nous avons établie, et qui a évolué en fonction du consensus scientifique, nous a conduits à considérer que le port du masque devait être recommandé, en complément des autres gestes barrière, en complément de la distanciation physique ». La bonne blague.

La pénurie a guidé les convictions random de nos dirigeants

La vérité, c’est qu’il y avait pénurie. C’est cette situation de pénurie, dont la responsabilité n’incombe pas au seul exécutif même s’il a percuté tardivement, qui a guidé ses convictions random sur la question. 

Quant au mauvais réflexe qui consiste à incriminer les experts et les changements de doctrine, il ne résiste pas à un regard dans le rétro.

Jacques Chirac, en son temps, a veillé sur les stocks de l’État, notamment de celui FFP2 pour les soignants, comme sur la prunelle de ses yeux. Coûte que coûte. Il était presque assis dessus. Alors soit le plus célèbre des Corréziens était mieux conseillé que l’actuel chef de l’État, qui n’est certes pas un champion du casting, on a pu le mesurer par ailleurs depuis trois ans. Soit Chirac avait lui-même une sacrée connaissance du sujet parce qu’il était mieux renseigné que quiconque. Un peu comme un homme d’État fort d’une expérience politique aguerrie et qui n’aurait pas besoin de dire « j’assume » tous les trois matins. Étant donné que ça tombe sous le sens, qu’il est justement là pour ça, puisqu’il a la charge de 67 millions d’âmes, et qu’à ce titre, il prévient le risque.

L’actuel président de la République s’en sort en ayant recours au pronom impersonnel. À un soignant d’un centre médical de Pantin qui l’interpellait gentiment, le 7 avril, sur le manque de surblouses, le chef de l’État a répondu : « Les plans les mieux pensés n’avaient pas envisagé que la Chine serait touchée, tous les pays en pic en même temps. Ce qu’on pensait sans valeur il y a un an, on pensait que ce serait le plus idiot à faire, d’un seul coup on est en rareté ». Sacré aveu. On se demande à quoi pouvaient ressembler les plans les moins bien « pensés ».

Sur le terrain, les maires, parfois entre deux tours, font les boulets et réclament depuis des semaines, malgré les consignes gouvernementales, que le port du masque soit obligatoire dans leurs fiefs. Certains ont même essayé de l’imposer. Comme le premier édile de Sceaux, qui avait pris un arrêté dans ce sens, rejeté par le Conseil d’État le 17 avril, décision confirmée en appel : « L’obligation du port d’un masque dans la ville de Sceaux était contestée par la Ligue des droits de l’Homme. Le juge des référés du Conseil d’État confirme que le maire de Sceaux ne peut prendre une telle décision, en l’absence de circonstances locales particulières. L’arrêté du maire nuit également à la cohérence des mesures nationales et des messages de prévention« 

« Une simple recommandation ne peut suffire »

Depuis le 12 mai, le port du masque est, tout bien réfléchi, obligatoire dans les transports en commun sur tout le territoire français, et seulement recommandé ailleurs. Certains élus locaux rouvrent le débat et plaident avec vigueur pour que ça soit le cas partout dans l’espace public. C’est également ce qu’a préconisé l’Académie de médecine, le 22 avril : « Une simple recommandation ne peut suffire, chacun devant se considérer comme potentiellement porteur du virus et contagieux« . L’instance soulignait par ailleurs que la mesure devait être immédiate. Elle n’a pas été entendue.

Et les premiers concernés, qu’en pensent-ils ? On apprend aujourd’hui, via un sondage Ifop, que les trois-quarts des Français préfèreraient avoir l’obligation de cacher leurs frimousses : ils sont très précisément 72 % à se dire « pour » le port du masque obligatoire dans les lieux publics. Ils étaient très majoritairement d’accord pour se confiner le 17mars. C’est la France à l’envers.

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