L'Église avant la messe - Photo Victor Aubert - Creative Commons.
L'Église avant la messe - Photo Victor Aubert - Creative Commons.

On ne saurait trop dire à quel point ce proverbe de Charles Pasqua qualifie le mieux, et l’on peut s’en désoler, la geste politique. Emmanuel Macron n’a pas dérogé à cette règle mais cette fois, l’affaire est certainement plus délicate pour lui.

Acte 1 – Mardi soir, le chef de l’État annonce une jauge de 30 personnes dans les églises, alors que, depuis plusieurs jours, les catholiques multiplient les prières de rue pour demander qu’on autorise à nouveau les messes. Emoi sur les réseaux sociaux. Les évêques, les abbés, les prêtres, les croyants : c’est l’avalanche de réactions négatives et critiques à l’égard du gouvernement, à l’image de Monseigneur Aupetit, Archevêque de Paris, qui, sur Radio Notre Dame s’énerve, mercredi matin « C’est une mesure totalement stupide qui contredit le bon sens. Trente personnes dans une petite église de village, on comprend, mais à Saint-Sulpice, c’est ridicule ! Des paroissiens viennent à 2000 dans certaines paroisses de Paris. On va s’arrêter à trente et un… C’est ridicule ! »

Acte 2 – Face à la levée de boucliers, Emmanuel Macron s’entretient dans la soirée avec la conférence des évêques de France. Il promet que la jauge sera revue à la hausse.

Alléluia ! Les catholiques tiennent leur victoire.

Acte 3 – Jeudi matin, Jean Castex douche les ardeurs eucharistiques. La jauge est maintenue jusqu’à nouvel ordre, par crainte d’un retour de clusters.

Acte 4 – Colère, cette fois, plus grande encore car le sentiment d’avoir été floués, filoutés même par le chef de l’Etat prédomine. Monseigneur Mathieu Rouge, évêque de Nanterre, le dit dans un art de l’euphémisme qui cache mal la désillusion : « La parole présidentielle envers l’Église s’est révélée peu fiable ».

Cette séquence est particulièrement riche d’enseignements.

Elle dit beaucoup de la personnalité d’Emmanuel Macron, louvoyante et finalement assez proche des reproches faits à François Hollande : un joueur de bonneteau, qui avance puis recule et laisse son premier ministre dire « non », alors qu’il avait laissé entendre un « oui », pour pouvoir se défausser. Il n’est ni le premier ni le dernier à agir de la sorte mais cette valse à deux temps touche un électorat particulier, l’électorat catholique, qui a déjà démontré par le passé sa capacité à se mobiliser (Manif pour tous) et la sensibilité de croyants qu’il ne convient pas de juger ici. En des temps de désolation planétaire, la croyance est aussi essentielle à bon nombre d’entre nous que l’ouverture des supermarchés. L’erreur d’Emmanuel Macron n’est pas d’avoir fixé une jauge temporaire. Après tout, chacun fait des efforts et l’Église catholique n’est pas hors de la communauté nationale. Elle peut et elle doit se plier aux règles, d’autant que toutes les religions le font, qu’il s’agisse des juifs, des musulmans, des protestants, des bouddhistes. Elle n’a pas à exiger de passe-droits, à une époque où, partout se développent les cérémonies religieuses, y compris les funérailles, par Zoom, Skype ou YouTube. Rien ne remplace la communion, mais on peut transcender ces contraintes momentanément.

Non, l’erreur d’Emmanuel Macron est d’avoir donné le sentiment de reculer, de revenir sur ses déclarations et de faire des promesses qu’il ne peut pas tenir.

Il engage la parole de l’État, la parole présidentielle, la parole politique, déjà tellement démonétisées, et déçoit d’authentiques croyants pour lesquels la messe est un acte majeur, un pilier de vie. Au-delà du risque politique à prendre à rebrousse-poil cet électorat plutôt de droite, plutôt conservateur, qu’il veut conquérir pour gagner le droit à un second mandat, il abîme un peu plus encore le lien de confiance de plus en plus ténu entre les dirigeants et ceux qu’ils dirigent.

Comment peut-on commettre ce type d’erreurs à un instant aussi crucial de notre vie commune républicaine ? Parce qu’on n’a pas de stratégie globale et qu’on avance, depuis le début, non pas avec une vision, mais par à-coups, par coups aussi, de com, de politique, d’instants.

Cet aller-retour sur les messes est à l’image de ce quinquennat : décousu, haché, souvent incohérent et roublard, certains diront même … sans foi ni loi.

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Cet article a 1 commentaire

  1. Emma

    En 2017 Sibeth Ndiaye déclarait n’avoir aucun problème à mentir pour protéger le Président. Tout était dit. Ce quinquennat restera celui d’une gouvernance par la com, le mensonge et d’une rare incompétence.

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