Grande manifestation pour l'hôpital du 14 novembre 2019 - Photo ©️ Daniel Perron

 C’est par ces mots que Sarah, infirmière intérimaire dans plusieurs hôpitaux parisiens, (infirmière libre comme elle aime à se décrire, n’appartenant à aucune organisation syndicale) a décidé d’interpeller, le Président de la République dans une lettre ouverte.

Agée de 42 ans, Sarah est passionnée par son métier, mais à l’heure de la deuxième vague de la Covid-19, l’infirmière intérimaire est amère et se demande, si elle ne va pas, un jour prochain, changer de travail.

Sarah dénonce les dysfonctionnements de l’hôpital, et rappelle ce qu’elle et ses collègues ont vécu.

Des infirmières intérimaires appelées en renfort, envoyées au front au plus fort de la crise, telle, dixit Sarah, de la chair à canon et qui n’ont reçu aucune prime.

500 à 1500 euros pourtant, promis pour par le Président de la République.

Aujourd’hui, alors que le nombre de cas de coronavirus augmente à nouveau de manière inquiétante, et que les lits Covid se remplissent, Sarah a le sentiment de ne toujours pas être considérée …

Monsieur, le Président de la République,

Je m’appelle Sarah, j’ai 42 ans, je suis infirmière intérimaire dans les hôpitaux parisiens.

Par cette lettre ouverte, je veux vous faire part de ma colère et de mon indignation.

Alors qu’une deuxième vague de la Covid-19 semble pointer le bout de son nez, j’ai le sentiment que malgré vos promesses, l’hôpital reste pour vous et votre gouvernement, une entreprise comme les autres, source de profits et de rentabilité. Tous les moyens sont d’ailleurs bons pour faire des économies sur notre dos, y compris ne pas verser les primes dites, primes Covid, censées récompenser notamment, tous les personnels infirmiers de leurs efforts durant la première vague.

500 à 1500 euros…. Je l’attends toujours…. !!!! Pourquoi ?

Parce que, les personnels intérimaires comme moi, monsieur le président n’y ont pas droit.

La vérité, c’est que dès le départ, nous n’étions pas dans votre radar et pourtant, monsieur le président, nous avons été des mercenaires.

En mars, les soignants fonctionnaires s’écroulaient de fatigue. Ils ont appelé au secours les soignants intérimaires. « Venez nous aider, on a besoin de vous, nous sommes crevés, on tombe comme des mouches. » les soignants intérimaires ont répondu présent par solidarité. Ils n’ont pas pensé au profit.

Puis, il y a eu la menace de réquisitions. La menace était indélicate, mais minimisée par la fameuse annonce télévisée d’une prime.

Cette prime devait motiver les soignants à revenir travailler à l’hôpital. Beaucoup ont abandonné leur métier à cause de la dégradation des conditions de travail. La durée d’exercice d’une infirmière était de huit ans en moyenne, il y a 20 ans. Aujourd’hui, elle est à peine de deux ans.

Fait nouveau, des stagiaires jettent l’éponge avant la fin de leurs études, des stagiaire dégoutés d’avoir été payé 2’95 euros de l’heure, au printemps dernier.

Depuis 20 ans, les soignants ont été négligés.

Aujourd’hui, ils ne sont toujours pas reconnus à leur juste valeur.

Je fais de l’intérim depuis deux ans. Au paravent en CDI, je quittais mon service toujours avec une heure de retard. Surcharge de travail, manque d’effectif, heures non payées, non récupérées. Tout cela n’est pas nouveau et malgré vos promesses, rien ne change !

Je n’ai pas eu la prime covid. Et malheureusement, je ne suis pas la seule, les infirmières venues de provinces à Paris au printemps dernier pour nous aider attendent toujours, elles aussi.

Cette “rupture d’égalité” dans la répartition des primes a d’ailleurs poussé la CFDT Santé-Sociaux à saisir le Conseil d’État le 29 juin dernier.

Monsieur le Président, je ne suis pas mercenaire, je suis soignante intérimaire.

Je n’ai pas digéré l’affaire des masques.

Six mois après, je n’y crois toujours pas, Monsieur le Président.

J’’ai porté des masques périmés pour intuber des patients covid.

Date de fabrication: 2001- date de péremption: 2009.

Nous sommes en 2020. Que s’est-il passé pendant onze ans?

Aujourd’hui encore, en Octobre 2020, mes collègues écoulent le stock d’état en partie périmé…

Pour ma part, j’ai fini par acheter mes propres masques FFP2 date de péremption 2026.

Monsieur le Président, petit retour sur les faits, nous sommes au plus fort de la crise, en Mars dernier, il est 17H, nous sommes trois soignants assis, pris de maux de tête, de vertiges et de nausées.

Ces masques sont irrespirables et dégagent une odeur de ranci, dès qu’on les porte.

On insiste pour avoir un nouveau modèle. En vain !

Je décide alors de porter mes propres masques non périmés et respirables.

La cadre de santé me défend de les mettre, parce qu’ils ne viennent pas du service.

Je lui demande qu’elle est la date de péremption. Elle ne le sait pas.

Voilà, ce que nous avons vécu…

 -Les amendes pour non port du masque, vous auriez dû le faire depuis longtemps, Mr le Président ! Pourquoi avez-vous, tant tardé ?

L’État conseille, recommande puis enfin rend obligatoire le port du masque.

Que de tergiversations ! …

Pourquoi hésiter autant quand il s’agit de préserver la santé des gens et le travail des soignants ??

Peu importe, vous l’avez enfin fait et sur ce point, nous sommes d’accord, malheureusement, il y a toujours des brebis galeuses.

Mon boulanger, par exemple.

Ce matin, le 10 octobre, je lui demande pourquoi il ne porte son masque que depuis 3 jours ?

Il est peut-être malade !

Il me répond qu’il doit le porter à cause des contrôles.

Et voilà, la santé de ses clients passe après la fermeture administrative de quinze jours.

Il faut donc bien, taper fort dans le porte-monnaie, il n’y a que ça qui marche.

Monsieur le Président,

Six mois après la première vague de la Covid-19, je vous demande de tenir votre promesse, car les conséquences de ce que nous avons vécu à l’hôpital se font toujours ressentir.

Les cauchemars sont là, toutes les nuits.

L’image de ces patients qui meurent sous mes yeux et ceux de mes collègues.

Les larmes des familles.

Les heures de travail interminables, le stress.

Les infirmières intérimaires, comme moi sont allées au charbon pour prêter main forte, pour remplacer toutes celles qui ont contracté le virus, nous avons retroussé nos manches, nous méritons, monsieur le pdt la reconnaissance que vous avez oublié ou que vous n’avez pas souhaité nous donner, car je vous le rappelle, tant que l’on n’a pas trouvé de remède, les soignantes et les soignants dont les infirmières intérimaires restent en première ligne.

                                       Sarah, Infirmière intérimaire à Paris.

Au moment où les hôpitaux manquent à nouveau de bras, Sarah refuse de retourner travailler dans l’immédiat.

Selon elle, et plusieurs responsables d’agences d’intérim, contactés, rien qu’en Ile de France, 70 à 80% des infirmières intérimaires boycottent, actuellement, les propositions d’emplois des hôpitaux publics.

Pas question d’être une nouvelle fois (mal traitée) par l’administration, l’État, le Président.

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