Photo Nos Lendemains.

Il n’est pas question de « tirer de conséquences excessives de scrutins locaux » a dit le Président ce lundi… tout en recevant les citoyens de la Convention citoyenne pour le Climat. Les mots démentent les actes, et c’est sur cette « vague verte » dont on nous rebat les oreilles depuis dimanche soir que le Président semble avoir décidé de surfer.
C’est heureux, et il faut espérer que là où le populaire Hulot a échoué, « madame Michu » saura embarquer ses semblables… l’appropriation citoyenne de l’écologie était l’objectif de cette convention, et la tâche qui se trouve devant ces 150 reste immense, puisqu’ils seront désormais les gardiens des promesses écologiques du président (avec tous les problèmes institutionnels que cela soulève…).

Mais au vu des commentaires médiatiques majoritaires depuis 24 heures, on ne peut s’empêcher de ressentir comme un doute, un malaise… car au fond, il semble que bon nombre de médias et commentateurs tendent à confondre la carte et le territoire. La carte, cette « vague verte » qui touche quelques grandes villes, prises symboliques pour un parti qui n’avait à ce stade jamais franchi cette marche. Mais le territoire, où le rapport de force électoral est à la fois plus divers et complexe…
Clairement, sur le plan quantitatif il y avait deux gagnants hier : Les Républicains, puis le Parti socialiste (en nombre d’élus). Et au-delà de la « demande écologique » (réelle, il ne s’agit pas ici de le nier ni de le minimiser), il y avait au moins autant une demande d’ordre (plutôt à droite et chez les personnes âgées), et une demande de protection sociale et de justice (plutôt à gauche).

Aussi, ce scrutin traduit une demande de proximité : le confinement a révélé à nombre de Français que le Maire pouvait faire une différence dans leur quotidien, quand un État lourd, tatillon et procédurier ne le pouvait plus, pas en temps de crise en tout cas.

En outre, ce scrutin a traduit une demande de renouveau. Dans plusieurs villes, le vote EELV recouvre assez bien le vote LREM de 2017. Tout se passe comme si les électeurs, en attente de nouveaux visages, de nouvelles idées, avaient vu en EELV cette fois-ci ce qu’ils avaient cru voir en Emmanuel Macron il y a trois ans. Si c’était confirmé par l’ensemble des données – dont nous ne disposons pas à cette heure en détail – ceci signifierait la poursuite de la vague dégagiste. Or, les dégagistes d’hier seront les dégagés de demain…

Ceci renvoie à la cause sous-jacente du dégagisme, un élément qui reste insuffisamment traité : la crise démocratique dans laquelle nous nous enfonçons, et qui ne cesse de s’aggraver. L’abstention de dimanche en est une manifestation (même si le COVID l’amplifie sans doute beaucoup). Or, ici, on peine à voir quel parti saura trouver les mots et les moyens de réconcilier les citoyens avec les institutions qui nous permettent de décider ensemble de notre avenir et de le construire. Et au fond, c’est peut-être cela, l’enseignement à la fois le plus important et le plus inquiétant de ce dimanche.

Parmi tous ces enseignements – écologie, justice sociale, ordre, renouveau, crise démocratique, proximité – les médias et commentateurs depuis dimanche ne parlent que d’une chose : l’écologie. Formidable distorsion. Effet loupe auquel nous sommes malheureusement habitués. Mais qui risque de coûter très cher au pays, s’il devait être la grille d’analyse adoptée par l’exécutif pour les jours et mois qui viennent. Car si les autres demandes exprimées dimanche – même en creux – venaient à être oubliées ou méprisées, alors il y a fort à parier qu’une large majorité de nos concitoyens en concevraient un ressentiment, voire une colère réelle.

Espérons donc qu’il y aura des partis, associations, syndicats, et élus locaux comme nationaux, pour offrir une lecture plus nuancée de ce scrutin, et surtout tenter de donner aux aspirations citoyennes des débouchés… faute de quoi, elles risquent de continuer à s’exprimer en dehors du cadre de nos institutions démocratiques (c’est-à-dire le vote, le parlement, les partis politiques etc.).

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Cet article a 6 commentaires

  1. Lamiaud Alexandre

    Chouette article !
    Très intéressant !
    Merci pour ce regard différent !
    Bravo !❤️

  2. MARULAZ

    Excellent article.
    La vérité est souvent bien cachée, et il faut la dénicher !
    Pas facile. Et les « vainqueurs » se gardent bien de la chercher !

    PS : on ne dit pas « rabattre les oreilles », mais « rebattre » 😉

  3. Fakrys

    d’abord se limiter aux plus grandes villes c’est une vision déformée et erronée! beaucoup de votes ont été très justes et à peu de choses près surtout avec autant d’abstention, ça aurait tout changé!
    LREM a plusieurs centaines de maires (400) et milliers d’élus (10.000) en sachant qu’ils partaient de rien ou pas grand chose et que 2/3 des maires sortants des villes moyennes ou grandes ont été réélus quelle que soit l’étiquette! le FN a baissé en listes, conseillers et pourcentage (près de 5%) en 6 ans. La gauche s’est décomposée puis recomposée et comme la droite ne se maintient que par habitude et persistance rétinienne…
    Les abstentionnistes ne l’ont pas du tout été par déficit démocratique le « ça ne sert à rien » est bidon: la preuve les votes contestataires se sont portés sur de nouveaux visages pour dégager l’ancien monde!
    Le vote vert au lieu du LREM c’est tout aussi bidon: c’est le vote bobo un point c’est tout!!! Les riches de gauche + les pauvres aussi perdus qui se raccrochent à ce qu’ils peuvent.
    Le meilleur exemple pour illustrer ce que je dis est Lille: ils ont fusionné des villes de gauche pour que Lille ne passe pas à droite donc obtenir 80% à gauche mi PS mi verts c’est anormal, bien que c’est du contestataire sur les verts…
    On voit que l’électorat LREM s’est peu déplacé parce que déboussolé par le ni gauche ni droite avec le passage du centre gauche au centre droit: les électeurs ne peuvent pas suivre ça aussi facilement et vite!
    Quand on vote pour un homme, la président, et sa majorité, ça va ou aux européennes qu’entre parenthèses les verts n’ont pas du tout gagné comme prétendu à la télé par les instituts de sondage… Mais dans un scrutin local sans implantation, là c’est perdu d’avance. En plus on vote pas pour le pouvoir en place aux scrutins intermédiaires.
    En fait les grands perdants sont les extrémistes qui ont tout cassé depuis plus d’un an chaque semaine en nos villes, dans le pays: son économie, sa croissance, ses emplois, sa démocratie et pour rien: le vote est parti ailleurs, chez les verts! Croire et faire croire qu’il y aurait plein de gens en colère soi disant quand on voit si peu dans les manifestations: un maximum de 250.000 râleurs après les blocages de ronds points et ensuite plus grand monde! Moi de véritables manifs j’en ai vu, j’y ai participé,n j’ai été syndiqué mais pas militants comme ils sont maintenant! c’était par millions, rien qu’à Paris! On en est très loin!
    Le nouvel observateur en janvier 2019 a bien dit que tous les leaders des gilets jaunes étaient d’extrême droite! Les jaunes et bruns ont été rejoints par les rouges et noirs black blocs mais l’extrême gauche a échoué lamentablement à récupérer et s’est abstenu aux municipales avec des listes divers gauche quand même en fait sans le dire…
    Je ne connais absolument aucun abstentionniste qui n’ait pas été voter pour des raisons démocratiques y compris qui ose avancer un « ça sert à rien » dès qu’on creuse, on voit que c’est pas pour cette raison du tout! Le covid est la principale et de loin! le moment du vote exigé par les oppositions était très mal choisi, le couper de 3 mois l’a achevé: la campagne n’a jamais pris vraiment! à 2 jours d’école près les gens sont partis: je réside à la mer et je les ai vu arriver tous avant le vote donc il leur était impossible d’aller voter d’où ils provenaient!!!
    Donc faut arrêter de raconter des histoires débiles sur une prétendue crise démocratique: ça baisse depuis des années et dans toutes les démocraties! on nous bombarde de fausses infos et de stupidités donc tout ça fait que les gens sont fatigués de réfléchir et décider qui ou quoi voter! On l’a vu avec le coronavirus les français sont indisciplinés, irrespectueux et fainéants dès qu’il y a un effort à faire: aller votre c’est contraignant, fatiguant, chiant… en vote électronique avec leur portables ça pourrait peut être leur éviter de se déplacer et donner plus de…

  4. pinson magali

    on ne nous dit pas tout….il faut arrêter de s’enflammer..votre analyse apporte. Merci.

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