Djokovic à Roland Garros - Capture vidéo Nos Lendemains.

On n’a pas fini de parler de la demi-finale Nadal-Djokovic du vendredi 11 juin 2021 à Roland Garros. Un match stratosphérique, d’anthologie, avec des coups inouïs à chaque point. Du genre à vous faire sauter, crier, applaudir comme si vous y étiez et à vous coller des crampes. Le numéro 1 mondial a finalement terrassé l’Espagnol à l’issue d’un combat titanesque de plus de quatre heures. Un pur régal pour les 5.000 chanceux présents dans les gradins et pour les millions de téléspectateurs, en France et dans le monde scotchés devant un moment sportif historique.

Ces moments-là font du bien. Entendre et voir à la télé un vrai public aussi. Quand l’heure du couvre-feu s’est profilée et que les héros du jour ont quitté le terrain alors que le Serbe venait de remporter la troisième manche, on a maudit la loi et le coronavirus. Sur place, le public a commencé à siffler, pas prêt à décamper. Totalement au diapason des réseaux sociaux, caisse de résonance de tous ceux qui voyaient le central de loin et ne voulaient pas que le couperet tombe sur la magie.

Le speaker a annoncé sur le fil, à 22 h 40, que le public pouvait rester. Le central a chanté « Merci Macron ». Gilles Moretton est venu expliquer tout chose au micro de France 3, tendu par un Nelson Monfort des grands jours, que l’organisation du tournoi avait obtenu une dérogation de la part des autorités. La larme à l’œil, carrément. « Je voudrais remercier l’Élysée et Matignon de nous permettre d’aller au bout de ce match de légende sur le central de Roland-Garros ».

Zèle un peu gênant. Un merci sobre aux autorités aurait suffi. Il s’agissait tout de même de contourner la loi pour faire le bonheur des uns, ceux qui regardaient le tennis, et pas celui des autres, taxés de 135 euros en cas de dépassement de l’heure limite.
Certains internautes ont gentiment souligné l’injustice : « N’ayant pas eu la permission de minuit de notre bon président, j’ai dû rentrer de ma soirée sur les bords de la Dordogne (nous étions deux et y’avait personne a 2km la ronde minimum). La prochaine fois on ira a Roland Garros ».

La décision des autorités a d’autant plus ému qu’au même moment, une pluie lacrymogène commençait à s’abattre sur les Invalides où plusieurs milliers de jeunes étaient rassemblés pour une soirée « Projet X ». Même si les fêtards, en mode agglutinés sauce Pogos, ne portaient pas de masques, le contraste entre un Roland Garros aux anges d’un côté, et des Invalides plongés dans un brouillard à pleurer de l’autre, avait de quoi interroger.

Les dénonciateurs d’un « deux-poids-deux-mesures » au profit des « nantis » et au détriment de « ceux qui ne sont rien » ont donc logiquement disputé un dernier set contre les défenseurs du choix de l’exécutif. Quelques politiques opportunistes sont montés au filet samedi matin, quelques scientifiques inquiets ont montré les crocs.

Devant la polémique, Matignon a communiqué à la mi-journée pour endosser la responsabilité de la décision, histoire de mettre le Président hors de cause : « L’événement a été autorisé par Matignon à la demande de la Fédération française de tennis ». Motifs : c’était un évènement organisé avec un protocole sanitaire strict et bien respecté ; le match ayant fini à 23 h 20, l’évacuation des supporters aurait de toute façon pris du temps ; le risque sanitaire était faible.
On a toujours de bonnes raisons de s’arranger avec la loi.

Aucune décision n’aurait fait l’unanimité. La dérogation a ravi des millions de personnes, pas seulement 5.000 privilégiés témoins directs de cette soirée dantesque. On peut néanmoins regretter que l’organisation du tournoi n’ait pas fait jouer la première demi-finale plus tôt. Même si un match à Roland Garros dure en moyenne 2 h 48, il y avait un gros risque vu le profil des participants au carré final. Il n’était pas inconcevable qu’une empoignade entre Rafa et Djoko dure bien au-delà de quatre heures et se heurte au couvre-feu. Les deux hommes détiennent le record de la plus longue finale jamais jouée en Grand Chelem : 5 h 53 à l’Open d’Australie en 2012. Ils avaient neuf ans de moins, mais ils ont de la ressource.

Là où le bât blesse, en marge de la faveur consentie, c’est que depuis des mois, la France entière s’adapte à une réglementation changeante, pesante, et tente au mieux d’anticiper les obstacles en restant dans les clous. Ça n’a visiblement pas été possible porte d’Auteuil.

En contournant la « dura lex, sed lex » pour permettre aux deux géants de continuer malgré tout à en découdre et au monde d’en profiter, l’exécutif s’est offert une belle page de publicité. Quitte à délivrer une injonction contradictoire, aussi prestigieuse soit-elle, et à donner du grain à moudre aux sceptiques qui remettent en cause l’utilité des restrictions sanitaires. Les Français qui ont savouré le spectacle, hier, sont sûrement plus nombreux que les rabat-joie. Tout bénèf, donc, pour le Président en campagne et dont la générosité a fait le tour de la planète. Même si l’on nous prie aujourd’hui de croire qu’il n’y est pour rien. Merci Matignon.

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