C’était la ligne rouge, infranchissable : le réveillon de Noël est sauvé. Ce sera la seule dérogation au couvre-feu qui entre en vigueur à partir du 15 Décembre entre 20h et 6h du matin. Exit le réveillon du jour de l’An, qui génère si souvent de joyeuses bandes et de fait, des brassages de population qui s’accommodent assez mal de la situation épidémiologique actuelle. 

Noël devait être sanctuarisé car les Français ont besoin de souffler, de pouvoir se projeter dans un moment familial, amical, sans restrictions de déplacements inter-regionaux. Autrement dit, la grande migration hexagonale traditionnelle, rituelle même, est donc permise. Les retrouvailles entre petits enfants, enfants et grand-parents devraient donner un peu de baume au cœur en cette fin d’année épouvantable. Car pour le reste, Jean Castex a surtout lancé des seaux d’eau glacé. 

D’abord pour les artistes, les sportifs, les musées. La réouverture des théâtres, des cinémas, des salles de spectacles, de sport, des stades, est repoussée de 3 semaines. C’est un coup de massue pour ce secteur de la culture qui s’était préparé à rouvrir, avec des mesures encore plus strictes. Tous les théâtres avaient repris leurs répétitions pour tenter de sauver ce qui peut l’être et représente une part importante des recettes annuelles : les fêtes de fin d’année. Elles seront donc tristes comme un jour sans pain, sans cinéma, sans théâtre, sans danse, sans exposition, ces rituels qui sont attachés, dans notre conscience collective, à la « magie » de Noël. Si l’on ferme les yeux, on peut imaginer le vertige face au désastre annoncé dans ce secteur dont on ne sait pas vraiment comment il se relèvera malgré les aides prolongées du gouvernement. Tout n’est pas qu’affaire d’argent. La création artistique, les œuvres d’art, le sport participent autant de la création de valeurs et de richesses d’un pays que l’industrie où le commerce. Ces activités sont aussi essentielles à notre économie, à notre psyché, à notre bien être collectif, à notre vision du monde que l’agriculture ou les constructions de voitures électriques. 

Il ne s’agit pas de critiquer le gouvernement qui a pris sa responsabilité et a choisi le tour de vis sanitaire. Il s’agit de commencer à réfléchir collectivement à la façon dont nous aiderons ce secteur, si crucial pour notre vie ensemble, à sortir du gouffre dans lequel l’a plongé l’épidémie. 

Autre seau d’eau glacé : l’avenir. Pour la première fois, Jean Castex a évoqué un 3ème confinement. Il ne l’a pas dit tel quel mais « nous ne voudrions pas avoir à nous confiner une 3ème fois » a-t-il précisé. Et c’est bien là que le bât blesse. Nous ne voyons pas la fin. Nous ne percevons pas le bout du tunnel. Nous éprouvons l’étrange sentiment d’un jour sans fin malgré l’arrivée des vaccins. Jean Castex et Olivier Véran, qui sont sur un ligne sanitaire dure, probablement plus dure que celle d’Emmanuel Macron ou de Bruno Le Maire, n’ont pas cherché à enjoliver la réalité. Les cas de contaminations stagnent et ont même tendance à remonter. La période qui s’ouvre, avec les déplacements à nouveau autorisés à partir du 15 Décembre, entre 6h du matin et 20h, les retrouvailles familiales et amicales pour Noël, cette période qui s’ouvre annonce probablement une nouvelle période sombre dont personne ne peut imaginer la fin. C’est bien dans ce brouillard qu’il faut s’appuyer sur nous-mêmes, s’entraider collectivement, et faire preuve de créativité pour préparer demain. Car aussi violent que paraît un incendie, il finit toujours par s’éteindre.

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