Notre-Dame de Paris quelques jours après le grand incendie - Photo ©️ Razak.

Comme une pièce dans un tronc. Tombée à la veille de ce week-end du 14-Juillet. Notre-Dame sera reconstruite à l’identique. Telle est la décision d’Emmanuel Macron. Révélée par la nouvelle ministre de la Culture, Roselyne Bachelot à l’antenne de France Inter, confirmée par l’entourage du Président de la République.

Adieu la transgression, la disruption, le « geste architectural » promis par le président de la République à peine 48h après l’incendie traumatique de la cathédrale de Paris. Le Chef de l’État avait même évoqué le 17 avril 2019 un concours international d’architecture. Il n’en sera rien. La cathédrale retrouvera une flèche identique à celle imaginée par l’architecte Viollet-le-Duc au milieu du XIXème siècle. Une flèche inspirée de l’œuvre médiévale mais qui déjà était une réinvention, réalisée néanmoins dans un esprit de « restauration » par Viollet-le-Duc.

Certes, il fallait faire vite. Pas seulement à cause du calendrier très serré imposé par Emmanuel Macron pour rendre la cathédrale à la ville dès 2024, mais aussi parce qu’allaient sortir les conclusions du rapport de l’architecte en chef des monuments historiques Philippe Villeneuve et du général Jean-Louis Georgelin, placé par le président à la tête de l’effort de reconstruction. Leur rapport préconise de restituer la cathédrale dans son dernier état connu et faute d’annonce rapide de la décision du président de la République, le débat et la polémique risquaient enfler et in fine d’exposer au plus grand nombre ce qui peut apparaître comme un renoncement d’Emmanuel Macron.

Mais le Président de la République avait-il vraiment le choix ? Emmanuel Macron était contraint par une triple pression qui en dit long sur les limites du pouvoir présidentiel.

La pression des spécialistes du patrimoine, architectes, conservateurs et historiens. Ils étaient 1188 à se joindre à l’historien Jean-Michel Leniaud, spécialiste de Viollet-le-Duc, et à signer avec lui une tribune publiée le 29 avril 2019 pour l’appeler « à la prudence et au sens des responsabilités dans la restauration de la cathédrale ». C’est-à-dire, pour traduire le sabir de la haute administration, pour appeler le président à une restauration à l’identique. Une volonté aussi des entreprises de la restauration, des métiers d’art et de la filière bois qui ont plaidé en sens avec des arguments liant maintien de l’emploi et des savoir-faire.

Emmanuel Macron n’a aussi pu ignorer la pression des financeurs. Leurs dons ont été versés aux travers de la Fondation du Patrimoine, de la Fondation de France et de la Fondation Notre-Dame et ces fondations n’ont aucune prérogative directe sur l’emploi des fonds. Mais si aucun des milliardaires ayant donné au lendemain de l’incendie dramatique n’a commis la faute de s’exprimer sur la nature de la restauration, il n’en reste pas moins que cette pression des financeurs existe.  Ainsi selon le journal La Croix, la députée Brigitte Kuster (LR), présidente de la mission d’information sur la restauration, les fondations auraient fait remonter que les donateurs ne voulaient pas que leur argent « serve à financer un nouveau projet qu’à ce jour ils ne connaissent pas ».

La pression découle aussi des choix politiques d’Emmanuel Macron. En mettant la barre à droite toute avec le gouvernement Castex, le président ne pouvait se mettre à dos le cœur de sa cible électorale pour 2022. Et à voir les signaux donnés à Philippe de Villiers, Éric Zemmour et consorts, cette cible comprend aussi la droite la plus conservatrice. Et quand on se souvient des polémiques provoquées à l’époque par les choix architecturaux audacieux d’un François Mitterrand avec la magnifique Pyramide du Louvre ou les colonnes du Buren, on imagine qu’il était hors de question pour Emmanuel Macron de casser son numéro de séduction à droite.

Adieu donc à l’idée de relever le défi de la modernité, de réaliser ce geste contemporain au cœur de Paris, de la France. Le choix est celui de la conservation, du formol. Beaucoup se satisferont de choix de « prudence », tant la perte de ce qui nous est familier est difficile et reste un choc qu’on voudrait réparer.

Mais convenons maintenant qu’Emmanuel Macron réserve son audace et sa volonté de disruption à un autre patrimoine, celui des plus fragiles, le droit du travail, le chômage, les retraites. Mais anéantir des années de patientes constructions sociales n’a malheureusement rien de moderne, d’audacieux et ne produit aucune beauté. Rien que de la désespérance et de la révolte.

Notre-Dame vue des Quais quelques jours après l’incendie – Photo ©️ Razak

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