Manifestation Black Lives Matter en hommage à George Floyd, Place de la République, ce 9 juin 2020 - Photo ©️ Daniel Perron
Manifestation Black Lives Matter en hommage à George Floyd, Place de la République, ce 9 juin 2020 - Photo ©️ Daniel Perron

Le Parti Socialiste, Europe Écologie Les verts, La France Insoumise, le Parti Communiste… mais aussi la CGT, l’UNSA, la Ligue des Droits de l’Homme, le MRAP, l’Union des Étudiants Juifs de France, la Ligue de l’Enseignement et bien d’autres encore… ils étaient tous là, cette fois, à l’appel de SOS Racisme. Tous Place de la République à 18h ce mardi, à l’heure exacte des obsèques de George Floyd, pour crier haut et fort leur refus du racisme et des violences policières.

Tous là, mais beaucoup moins nombreux que ceux qui, dans l’illégalité – cette manifestation ci était « non autorisée » pour cause d’urgence sanitaire, mais pas interdite non plus, une énième nouveauté juridique… – avait été plus de 20 000 à manifester la semaine dernière, à la grande surprise de tout ce que la France compte d’institutions et de pouvoirs établis.

Deux hypothèses

Et au fond, ce contraste interroge. Il peut avoir deux hypothèses explicatives.

La première, c’est que les annonces du ministre de l’Intérieur hier auront suffi à rassurer, désamorcer les inquiétudes et les colères, apaiser les familles de victimes et les dignités abîmées. C’est souhaitable, on n’ose même l’espérer, compte tenu de la gravité du sujet. Mais c’est aussi peu probable, tant les propos tenus depuis hier sur les réseaux sociaux et dans les médias de la part de tous ceux qui s’intéressent au sujet semblent sévères à l’égard du Ministre de l’Intérieur.

La seconde hypothèse est plus probable, mais bien plus grave pour ce qu’elle dit de l’état de déliquescence de notre démocratie, et de notre pacte républicain : après le mouvement des gilets jaunes, il y a dans ce mouvement naissant une preuve de plus que les institutions, les corps intermédiaires, les instances de dialogue démocratique suscitent une telle défiance qu’elles ne parviennent plus à capter les aspirations et les colères citoyennes pour les transformer en solutions et en compromis.

Désormais, on le sait, les citoyens tournent le dos aux urnes, aux partis, et souhaitent s’engager concrètement, « à la carte », sur des causes qui ne seront ni confisquées, ni instrumentalisées au profit d’égos ou de calculs obscurs. De nombreux partis tentent, depuis quelques années, de se réinventer. Les Républicains et le Parti socialiste ont appri l’humilité dans la douleur des défaites électorales cinglantes. D’autres partis, plus neufs, tentent d’émerger en pariant sur davantage d’horizontalité, sans avoir pour autant trouvé la solution pour concilier hiérarchie – indispensable pour organiser une action, discipliner le foisonnement des aspirations individuelles – et ouverture à la participation, principe majoritaire et aspirations individuelles.

Lorsqu’on interrogeait les citoyens – souvent des jeunes – qui s’étaient rendus à la manifestation de samedi dernier, mais ont boudé celle de ce mardi, deux réponses dominaient : d’abord, ils n’étaient simplement pas informés. Car ils ne font plus partie de ces réseaux, ceux de SOS racisme, une institution vieillissante dont on se demande bien ce qu’elle représente encore de la réalité des quartiers, et dont le slogan même – « Touche pas à mon pote » – est considéré comme paternaliste par les jeunes générations de militants, élevés aux concepts venus des États-Unis et si contestés en France aujourd’hui. Pas non plus des partis de gauche qui, habituellement, portaient le combat de l’Égalité, mais ont mis tant de temps à prendre la mesure du malaise face aux violences policières cette fois ci. La deuxième réponse que l’on obtient est celle de la défiance : dans ces institutions, dans leurs mots, dans leurs combats, ils ne se reconnaissent pas. Plus que des mots et des génuflexions, ils souhaitent des actes. Or, EELV comme le PS n’ont-ils pas renoncé aux promesses sur le récépissé lors du quinquennat précédent ? Comment croire aujourd’hui ceux qui ont semblé se renier hier ?

Finalement, à travers ce mouvement, nous constatons la poursuite d’une désintermédiation mortifère de la démocratie. Il est urgent que les syndicats, les partis et les associations trouvent une réponse, un moyen de se régénérer, de se reconnecter à la société. Sinon, les face à face aussi hostiles que stériles risquent de se multiplier sur tous les sujets. Et ni les victimes de violences et de discriminations, ni les Policiers et leur honneur bafoué, ni la démocratie n’en sortiront grandis.

Hommage à George Floyd, Place de la République – Photo ©️ Daniel Perron

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