Des canards devant la Comédie-Française, place Colette près du Palais Royal à Paris en avril pendant le confinement - capture TV.
Des canards devant la Comédie-Française, place Colette près du Palais Royal à Paris en avril pendant le confinement - capture TV.

Pourtant, nous avons vécu de si belles choses durant ce confinement. Souvenez-vous, c’était hier. Les eaux de Venise étaient redevenues transparentes, les dauphins faisaient la sarabande dans la baie de Cagliari, un puma se promenait dans les rues de Santiago, des canards se dandinaient place du Palais Royal. Les italiens chantaient ensemble les plus beaux airs d’opéra ou Bella Ciao à leurs balcons, les allemands déposaient des paquets de nourriture au bord des autoroutes pour que les routiers puissent manger. Nous applaudissions tous les soirs à 20h, heureux et fiers de communier dans la reconnaissance absolue pour nos soignants. Pour la première fois, nous adressions des sourires chaleureux à nos caissières, nos éboueurs, nos livreurs, tous les soldats courageux montés au front sans masques, ni gants, ni augmentation de salaire. À travers le monde, chacun se parlait sur Zoom, Skype, Whatsapp, récitait des poèmes, donnait concerts qui nous touchaient profondément. Nous offrions de qu’il y a de plus beau dans la nature humaine : l’altérité, la bienveillance, la reconnaissance et la joie. Ces sentiments nous submergeaient, tant et tant que nous en étions sûrs, certains, « juré, craché » qu’il était inimaginable de revenir en arrière.

Trois mois après, nous avons tout oublié ou presque. Résignés que nous sommes à affronter le tsunami économique et social que l’on nous prédit. Résignés à accepter les licenciements de masse, les plans sociaux, les retraites puisque « de toute façon, c’est comme ça, on n’y peut rien ».

Résignés à accepter des baisses de salaire, de primes car l’essentiel est de préserver son emploi.

Nous ne nous révoltons même plus lorsque nous apprenons qu’entre le 18 mars et le 19 mai, les 600 ultra-riches américains ont vu leur fortune augmenter de 434 milliards de dollars, soit une hausse de près de 15 % en deux mois, confinement oblige. Les achats en ligne ont bondi, les gens se sont connectés sur les réseaux : résultat, des bonds vertigineux en bourse. Cela changera-t-il la vie des employés dans les hangars d’Amazon, alors que son PDG, Jeff Bezos a gagné 14 milliards de plus ? Non, « c’est comme ça, que voulez-vous ».

Nous ne nous révoltons même pas lorsque nous apprenons que des états vendent désormais leur citoyenneté pour les plus riches qui veulent échapper au virus et redoutent les systèmes de santé de leurs pays respectifs. Ils peuvent s’enfuir désormais sous des cieux plus cléments côté infection. Le Monde nous apprend que le business est lucratif : pour 2 millions de dollars en investissement immobilier, Chypre, qui a connu peu de cas, vous offre sa citoyenneté et un accès, en quelques mois, au passeport européen. Vanuatu ou Sainte Lucie procèdent de même manière comme les Pays Bas. Certes le système de « cash for passeport » n’est pas nouveau mais après les paradis fiscaux, la version « paradis sans covid » nous laisse sans voix.

Ces milliardaires, ou multimillionnaires, font peut-être d’ailleurs partie de ces actionnaires, dérangés par la pandémie durant quelques semaines mais qui n’ont pas l’intention de perdre plus qu’il ne faut.

Car cette pandémie a bon dos. Lorsque nous regarderons avec du recul, les plans sociaux à l’échelle de la planète d’entreprises et que nous mettrons en parallèle les aides reçues, que ce soit en subventions, prêts garantis et chômage partiel, nous aurons certainement la grande surprise de constater, non seulement que beaucoup d’entre elles, moyennes ou grandes, ont triché ou se sont « arrangées » avec le chômage partiel, mais que la pandémie a été le prétexte à des restructurations, pas forcément nécessaires à la bonne marche de l’entreprise, mais essentielles à plus de profits. Que dégager des seniors à fort salaire mais forte expérience en embauchant des juniors à prix cassés, représente l’avenir de nombreuses entreprises et des profits qui doivent être immédiats , rapides, substantiels pour compenser la perte : la voracité sans frein du capitalisme financier qui reprend de plus belle son travail de prédation en se fichant pas mal des eaux bleues de Venise, des canards au Palais Royal, de nos rires et de nos mercis, de la solidarité et de la bienveillance, de l’opéra italien et des provisions pour les routiers.

La covid-19 a deconfiné le pire mais le pire n’est jamais sûr. Il faut faire de ces deux années qui nous mènent à un choix politique majeur, deux années de combats et de propositions fortes, durables, créatives pour casser ce cercle de la fatalité, du « c’est comme ça, on ne peut pas faire autrement » et proposer un autre chemin. Un véritable nouveau chemin, qui ne se résume pas au Tour de France d’un premier ministre ou aux coups de menton d’un président. Au-delà de la critique stérile, nous pouvons proposer, agir et remporter ces batailles électorales pour changer véritablement de cap et ne pas se contenter de mots creux et vains, destinés à calmer les colères sociales à venir et à endormir, étouffer l’esprit de résistance sociale et de construction réellement progressiste. Il n’y a pas de fatalité. Et on ne perd que les batailles qu’on ne mène pas donc … réveillez-vous !

Réveillons-nous !

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.