Manifestation pour l'Hôpital, le 14 février 2020 - Photo ©️ Daniel Perron

Qu’ils s’appellent Marie, Xavier ou Olivier, qu’elles soient infirmières, aides-soignantes ou kinésithérapeutes, ils et elles partagent tous d’abord et avant tout l’amour de leur métier et le sens de leur mission. 

Marie Pacotte, qui est aujourd’hui à la retraite dans la région de Perpignan le dit très simplement :

Je ne suis plus en activité, infirmière en retraite et toujours et plus que jamais, solidaire du corps médical sachant pertinemment et connaissant à fond ce métier si dur. La vie au quotidien du personnel médical, toutes catégories confondues, est une vie très difficile et malheureusement très peu reconnue, j’en suis toujours profondément peinée. Le temps de travail et ses conditions ! Les Salaires ! La considération par le gouvernement et pas en paroles mais en actes … Tout ceci doit-être mis à plat de « A à Z » et reconsidéré.” 

La question de la revalorisation salariale dans tous les témoignages. et c’est normal lorsqu’on voit les écarts insensés à charge égale entre la France et les autres pays de l’OCDE, comme nous l’explique Éric Bertolino, infirmier de nuit en ehpad à Aix en Provence : 

“ Il faudrait revoir nos salaires pour éviter qu’ils aillent travailler en Suisse par exemple. Moi, je suis diplômé depuis 1993, je touche 1700 euros net, en sachent qu’en Suisse ils perçoivent pour la même ancienneté 2200 euros net … Il n’y a donc pas photo !!!!!”

On cite souvent les infirmières, mais toute la chaîne est appauvrie en moyens humains et financiers. 

 Gisèle Delgrande a travaillé 18 ans à l’hôpital pour enfants de la Timone à Marseille. Elle est kinésithérapeute, et professeur à l’école de kinésithérapie. Et elle perçoit le glissement lent de tout le système depuis longtemps : 

Les études de kinésithérapie durent 5 ans sont payantes et le concours d’entrée difficile. Le salaire à l’hôpital est à 1600 euros à Marseille. 
Eh bien aucun de mes 150 étudiants ne s’y précipite.
Je suis à la retraite depuis 5 mois j’étais prof à l’école de kinésithérapie de Marseille appartenant depuis 2018 à Aix-Marseille université. 
J’ai vu la catastrophe à partir de 1980 quand on a interdit aux kinésithérapeutes de pratiquer du libéral en plus. Ça a été la Bérézina. “

La Bérézina sur les salaires, et la Bérézina sur les cadences infernales qui épuisent et mènent au burn-out. 

C’est le cas de Caro Poth, aide-soignante depuis 2011 dans les Alpes-Maritimes qui, en quelques phrases résume la situation parfois dantesque : 

“Il faut augmenter le salaire des aides-soignantes et surtout arrêter avec les journées de 12h. Quand vous faites 8h-20h en ehpad pensez-vous être qu’on puisse être efficace à 19h ??? “

Et que dire du secteur psychiatrique , parent pauvre de l’hôpital . Un secteur dont la situation s’est aggravée, comme nous le décrit Marie-Noëlle Bohain, cadre dans le secteur psychiatrique en Isère

« Je suis aujourd’hui à la retraite. Non pas que je le souhaitais réellement, j’aimais tellement mon boulot, j’ai travaillé 38 ans. J’ai terminé les 8 dernières années de nuit, mais les conditions de travail devenaient trop difficiles surtout la gestion de la pénurie, j’ai préféré arrêter. Arriver au boulot avec une angoisse systématique en ne sachant pas si on allait arriver à gérer les admissions faute de places, gérer les patients en chambre d’isolement faute de personnels. Les manques de moyen nous conduisaient parfois à quelque-chose qui ressemblait à de la mal traitance malgré tout le professionnalisme, l’engagement et la disponibilité des personnels. La psychiatrie est depuis de nombreuses années en grande souffrance. Fermeture de lits, suppression de postes … sauf ceux des nombreux directeurs !!! Faire toujours plus avec moins et jamais un mot de reconnaissance pour les personnels soignants. Je suis partie en plein burnout, alors que j’ai toujours aimé mon métier. Il y a 5 ans maintenant que je suis à la retraite, mais je garde un vrai regret »’

Autre parent pauvre , les adultes handicapés . Olivier Douget travaille à la Roche sur Yon . Horaires épuisants . Salaires déprimants

« Je travaille dans un foyer pour adultes handicapés physiques et psychiques avec troubles psychiatriques, j’ai bac +3 , 25 ans d’ancienneté pour 2000€ par mois, travaillant 1 week-end sur 3, des journées de 12h »

L’augmentation des salaires, qui représente aussi une revalorisation de métiers harassants, admirés par la population, mais si mal payés, cette demande de revalorisation est toujours accompagnée d’un changement radical d’organisation et donc de soins des malades comme nous l’explique, très pragmatiquement, Olivier Gour, infirmier dans la Drôme. 

Nous devons repenser notre mission de soignant, en nous donnant la possibilité matérielle d’offrir un peu de temps de communication à un patient en souffrance. Le fonctionnement général du système de santé français est pour moi caduque car il est basé essentiellement sur la productivité, à l’opposé de ce qui nous est enseigné à l’IFSI ou IFAS (formation infirmière-aide soignant). Ce qui crée une fuite de ces derniers. Un seul chiffre : la durée d’une carrière d’une infirmière à l’hôpital : 5 ans.  Il serait temps de se poser les bonnes questions. !

Xavier Villain, lui pointe un problème très concret au quotidien : 

“Il faut réduire le temps de travail administratif des infirmières qui aujourd’hui représente 50% du temps de travail.

Voilà quelques témoignages des soignants, en souffrance et qui pourtant ont dépassé toutes leurs limites pendant deux mois pour sauver des vies. Tous les soirs à 20h, nous les avons applaudi. Admiratifs que nous étions mais aussi quelques peu révoltés par leurs conditions de travail que nous savons si dégradées depuis tant d’années 

Le mot de la fin revient donc à un non soignant, Fabrice Bourette, de Montreux-Chateau. Tout est dit ! 

Je ne suis pas soignant mais il me parait évident que l’hôpital ne doit pas être mis en équivalence avec une entreprise « normale ». On ne devrait pas parler de résultat, marge ou bénéfice…L’humain n’a pas de prix. Ce métier qui est la parfaite définition de ce qu’est la passion, la dévotion, doit être rémunéré à hauteur de l’investissement et des sacrifices effectués. Les journées de travail doivent être réduites afin d’être opérationnel sur la globalité du temps de travail, un relâchement, un manque de concentration dû à la fatigue peut avoir des répercussions dramatiques. Merci à eux qui ont pris des risques inconsidérés et mis de côté leur vie de famille. Notre engagement à leurs côtés ne doit pas faiblir dans leur combat pour un hôpital plus juste !

Manifestation pour l’Hôpital, le 14 février 2020 – Photo ©️ Daniel Perron

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.