Jeanc Castex en conférence de presse - Montage Nos Lendemains.
Jeanc Castex en conférence de presse - Montage Nos Lendemains.

On a dû rêver. Un jour, en pleine pandémie, un vaccin biotechno, avec un ARN messager, débarquait miraculeusement pour aider le monde à lutter contre un coronavirus qui faisait des milliers de morts et des ravages sociaux en cascade. Les grandes puissances avaient une stratégie au point et prévu au millimètre la logistique nécessaire au cas où. Elles se mettaient à vacciner le plus vite possible. Après une semaine, l’Allemagne avait commencé à protéger 200.000 personnes. La France 200.

On a dû rêver la bronca unanime de la communauté scientifique face à ce départ au ralenti de la France, qualifié de plus grand « fiasco » de l’histoire de la santé par un expert de la modélisation habituellement plutôt bienveillant avec l’exécutif. On a dû rêver tous les médecins qui ont supplié les autorités françaises de faire fissa parce que le temps perdu ne se rattrape pas et se traduit par des vies sauvées en moins.

On a dû rêver que le ministre de la Santé avait commencé par faire l’éloge de la lenteur. Halluciné que la France n’était pas apparue dans le tableau mondial de la vaccination pendant la première semaine de la campagne en Europe, tellement le pourcentage de Gaulois ayant reçu la potion magique était faible. Pendant qu’Israël, champion du monde à ce stade, qui a payé le prix fort, 25 euros le vaccin, et préacheté dès juin « avant même la fin des tests précliniques », l’administrait méthodiquement à 14 % de sa population, soit 1,22 millions d’âmes, entre le 20 décembre et le 4 janvier.

On a dû rêver la colère d’Emmanuel Macron exposée à la une du JDD. Le Président cherchant à se dédouaner face à ce début de campagne lamentable, totalement désorganisé, sans communication, sans enthousiasme, tout mou. Adapté aux anti-vaccins qui ne représentaient mi-décembre que 10 % des Français selon Ipsos.

On a rêvé, aussi, le changement de rythme exigé par le chef de l’État comme s’il n’était pour rien dans tout ça. Pur délire, Véran qui met un coup d’accélérateur en tweetant frénétiquement une succession de décisions visant à impulser un passage à la vitesse supérieure, donnant par exemple la possibilité aux soignants de se vacciner deux mois avant l’échéance initialement prévue, et annonçant la mise en place de centres de vaccination.

On a rêvé tout ça. Puisque Castex nous dit qu’il n’y a pas eu de changement de stratégie dans le plan de vaccination du gouvernement contrairement à ce qu’il a pu entendre « ici ou là ». De la part de mythos. Non, non, pas de changement de stratégie. Juste un calendrier totalement modifié… et quelques aménagements anodins à la louche. Comme la possibilité de différer la deuxième dose jusqu’à six semaines au lieu de trois validée par les « autorités françaises ». Alain Fischer a précisé vendredi matin qu’il s’agissait d’un assouplissement à utiliser a minima en cas de manque de doses. De leur côté, Pfizer/BioNtech ont averti, , lundi, face aux modifications apportées au timing de la posologie par certains pays pressés : « Aucune donnée ne démontre que la protection après la première dose est maintenue après 21 jours ». La Grande-Bretagne autorise un décalage de douze semaines, le Danemark six, l’Allemagne débat. Quant à la FDA américaine, elle y est défavorable et considère préférable de respecter le calendrier préconisé.

On a rêvé ce fiasco de départ qui succède à ceux des masques, des tests, de l’isolement, du déconfinement saison 1. On a même rêvé la deuxième vague, aussi, tiens.

En revanche, ce qu’on n’a pas rêvé, c’est la phrase du Premier ministre appelant à cesser les « polémiques stériles ». Presqu’aussi agaçant que le jour où il s’est vanté d’avoir testé un million de personnes en une semaine, mieux que les copains européens. Alors qu’en ce temps-là les résultats n’étaient connus que huit jours plus tard, et que, donc, ce dépistage a été inutile et n’a pas permis de casser les chaînes de contamination. Heureusement que le ridicule tue moins que le SRAS-CoV-2.

Que l’on ne s’y trompe pas, Castex est la cible facile, la voix de l’Élysée qui l’utilise et le tord dans tous les sens. Ce nouveau déni est forcément une idée du patron qui marche sur des œufs politiquement. L’exécutif prend encore les Français, aujourd’hui majoritairement favorables à la vaccination, pour des idiots qu’ils ne sont pas, au lieu de solliciter en toute franchise une indulgence qu’ils lui accorderaient. Cette fois-ci c’est tellement énorme qu’il y a de quoi s’inquiéter sur la clairvoyance au sommet. Ce qui est rassurant, c’est que l’enjeu électoral sous-jacent à un succès de vaccination semble le rendre moins sourd.

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