Médaille pour enfant - Photo CC Bloggie.org

L’anecdote est célèbre. Alors qu’on demande, en 1802  à Napoléon Bonaparte pourquoi il veut créer la légion d’honneur, qui n’est qu’un hochet aux yeux de ses interlocuteurs, il répond en souriant :
« Mais, c’est justement avec des hochets qu’on mène les hommes ».
Hochet ou pas, elle est bien mystérieuse, cette médaille d’honneur des épidémies.

 Bien malin celui qui connaissait son existence. Elle dormait depuis 135 ans, crée puis remisée après l’épidémie de choléra qui avait frappé la Provence en 1884.

L’idée de décorer  les soignants est en soi plutôt bonne, surtout lorsqu’on regarde le dévoiement actuel des promotions de la légion d’honneur. Mais pourquoi ne pas avoir attribué l’Ordre national du Mérite, qui correspond parfaitement aux services rendus à la nation, telle que les imaginait le Général de Gaulle, qui l’institua en 1963. Passons. Ce sera donc vénérable vieillerie déterrée par le député Les Républicains Philippe Gosselin et adoptée par l’Élysée.

 Que la nation reconnaisse les héros soignants avec des breloques de belle facture, c’est bien. Que la nation les récompense avec du sonnant et du trébuchant, c’est mieux. Non pas une simple prime mais une augmentation pérenne, forte, et indiscutable.

Que la Nation s’empare surtout de la question de l’hôpital, de sa gestion au quotidien, compense  et répare  son déficit chronique en moyens humains et  matériels.

Que la Nation reconnaisse aussi la mort des soignants sur le front puisque tel est le langage guerrier choisi par Emmanuel Macron. Aucune médaille ne saurait remplacer la vie de ces médecins, ces infirmières, ces aides soignantes qui ont trouvé la mort durant cette pandémie, bien souvent sans le minimum vital de munitions, à savoir des masques, des charlottes et des blouses. Plusieurs associations demandent d’ailleurs à Emmanuel Macron d’accorder aux enfants de ces victimes  le statut de pupille de l’État. Entendra-t-il cette requête ?

Naturellement, beaucoup de soignants seront heureux et fiers d’être reconnus par leur pays, c’est humain et c’est bien naturel. D’autres, plus virulents, refuseront peut être.

Mais une breloque, aussi solennelle soit elle, ne pourra effacer la gestion chaotique de cette crise du covid-19, la bureaucratie boursoufflée de  l’administration centrale, alors que les soignants accomplissaient, chaque jour, des exploits personnels et collectifs, l’incurie dans la gestion des masques, l’inertie de la plupart des agences régionales de santé.

Aucune médaille ne pourra réparer les mois de grèves qui ont précédé l’épidémie, la  mobilisation pour les urgences, les tribunes signées par les plus grands chefs de services, le burn-out dans les services et la surdité obstinée de l’État.

Plus largement, cette médaille pose la question de l’égalité et de la fraternité. Les soignants ont été en première ligne mais que peuvent penser les caissières, les transporteurs routiers, les ouvriers de l’industrie agroalimentaire, les agriculteurs, tous ceux  qui ont tenu le pays à bout de bras pendant que les soignants luttaient pour sauver des vies.

Comment rendre hommage à cette ligne de front, ces soldats qui sont souvent allés travailler en tout cas au début de l’épidémie, sans la sécurité minimale. Nombreux en sont morts. A-t-on pensé à la moindre médaille pour eux ?

Sera-t-il question d’une conférence salariale pour évoquer cette France qui survit tout au long de l’année et qui a assuré  notre survie pendant deux mois ? Beaucoup de ces employés ne toucheront certainement pas la prime proposée par le président de la République, les grandes enseignes donnant le sentiment de finasser sur les heures, les jours, les postes.

Alors des médailles, oui. Mais pas que … Plus largement, la sortie de crise ne pourra pas se faire que sur des symboles, des mises en scènes élyséennes ,des débats interminables retransmis en direct pendant des heures sur les chaînes info , des allocutions  droit dans les yeux. La défiance est si grande qu’il faudra des actes, de la créativité, un changement de cap, une réelle préoccupation du pays dans son ensemble, et non pas par tranche d’âge, ou tranche électorale. C’est une réponse globale à laquelle il faut impérativement travailler, une réponse pour tous, dans laquelle chacun puisse ressentir que l’état prend soin de lui, de sa vie, de son avenir.

Si la réunification de notre pays commence par une vieille médaille oubliée, pourquoi pas.

Si elle n’est qu’un hochet « pour mener les hommes », elle ne sert strictement à rien.

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