Centrale du Tricastin, Drôme, France - Photo Jeanne Menjoulet
Centrale du Tricastin, Drôme, France - Photo Jeanne Menjoulet - Licence Creative Commons

C’est une anecdote passée inaperçue des médias Français – très occupés, il est vrai, à spéculer sur le casting du gouvernement à venir.

Une anecdote qui porte un éclairage étonnant et inattendu sur un débat fondamental des jours qui viennent, à savoir le débat sur le « mix énergétique » de la France, et plus précisément encore : le nucléaire.

Voilà, le mot qui fâche est lâché.

Je vois déjà chacun d’entre vous, chers lecteurs, bien installé dans sa tranchée, guettant la direction que je vais prendre pour commencer à me lancer des tomates… Je vous serais reconnaissante de me laisser d’abord raconter mon anecdote.

Elle s’appelle Zion Lights. Elle a 36 ans, et elle était jusqu’à très récemment une des porte-paroles du – très controversé – mouvement « Extinction rébellion » au Royaume Uni. Militante écologiste de longue date, elle a récemment scandalisé sa famille politique en tournant casaque, pour devenir… lobbyiste pro-nucléaire !

Elle explique les choses simplement : plus elle s’est documentée sur le sujet, plus elle a eu le sentiment que ses convictions, pourtant profondes, relevaient davantage de la croyance que de l’analyse de faits, dans leur complexité. « Entourée d’activistes anti-nucléaires, je me suis rendue compte que j’avais laissé la peur des radiations, des déchets nucléaires et des armes de destruction massive envahir tout mon subconscient. J’ai réalisé que j’avais été trompée par un sentiment anti-science ».

On pourrait évidemment juger qu’il s’agit là d’un flagrant délit d’instabilité idéologique, la disqualifier par principe en raison de la volatilité de ses convictions. Mais ce que je trouve intéressant, c’est ce que son exemple nous dit de la société dans laquelle nous évoluons, et de la nature de nos débats politiques : sur les questions aussi épineuses, aussi clivantes que celles-ci, dire « j’ai changé d’avis » est très souvent méprisé. Celui qui varie dans ses idées est une girouette, ou un faible, qui n’a pas le courage d’assumer ses convictions. Celui qui dit « je ne sais pas », c’est presque pire. Avez-vous déjà vu quelqu’un, sur un plateau TV, dire « je ne sais pas » ? Ca m’est arrivé une fois ou deux, eh bien je peux vous dire que ça jette un froid…

En l’occurrence, je ne connais à peu près rien à ce sujet, et j’avoue ne pas parvenir à me faire un avis tranché. Mais nos mauvaises habitudes – la disqualification, le mépris des arguments opposés, la simplification excessive voire la caricature, ou la tendance à nous laisser distraire par l’émotion plutôt qu’à chercher à exercer notre esprit critique – nous empêchent d’avoir un débat constructif et apaisé. Or, tant que les Zion Lights de ce monde passeront pour des traitresses à la cause écologique et seront stigmatisées pour leurs hésitations et leurs revirements, il me semble que nous n’avancerons pas beaucoup sur la voie d’une nécessaire conversion écologique de notre modèle économique…

Vivre avec le nucléaire – Centrale nucléaire de Gravelines – Photo ©️ Daniel Perron

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Cet article a 3 commentaires

  1. Ronan Pellen

    Quoiqu’on pense de l’intérêt du nucléaire pour lutter contre le changement climatique, ce n’est malheureusement pas économiquement viable à long terme, cf. l’affaire EDF/Areva et le coût exhorbitant du démantèlement des centrales comme Fessenheim.

    1. Ronan Pellen

      *exorbitant pardon

  2. LEMOINE Gilles

    Vous voyez qu’on n’a pas encore fini de lire votre article que les tomates sont de sortie. Et là la montagne de matériel de désinformation, accumulé depuis des décennies sur le sujet, est prêt à l’emploi alimenté par un lobby éolien et photovoltaïque qui avec des personnalités comme Jadot et Rivasi, ont mis la main sur un écologisme politique français qui est sorti en lambeaux de l’élection de 2017.
    Je veux parler de deux salariés de GreenPeace, laquelle est tout sauf une petite ONG tranquille dans cette affaire mais un acteur majeur à travers des filiales allemandes et néerlandaises, constructeur ou exploitant d’une bonne quinzaine de « fermes » EnR ou actionnaire d’une banque comme Triodos, financeur du business vert dans toute l’Europe.
    Arrêtons de croire aux bisounours et au père Noel: alors que la presse française a reproché à Mr Delevoy ses conflits d’intérêts, pour une part à juste titre, mais aussi sa présidence bénévole de la fanfare de Saint-Omer, peut-être pour faire bon poids, il serait bien qu’elle s’intéresse de près aux liens financiers de cette organisation avec le business « vert » car il s’agit là d’un MEGA conflit d’intérêts qui se chiffre en milliards d€.
    Bien entendu, je me tiens à disposition pour l’alimentation d’UN DEBAT sur le nucléaire avec vous afin d’aller plus loin.

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