« Avec les scientifiques, avec le gouvernement, nous sommes mobilisés pour réussir la prochaine étape du déconfinement. La priorité reste et restera la santé des Français ».
Un tweet d’Emmanuel Macron. Lâché en début d’après-midi. Avec trois photos prises lors du Conseil de défense : ministres et scientifiques autour de la même immense table, présidée par le boss, qui, aujourd’hui, n’a pas tombé la veste et ne se touche pas la houppe.

Un gros plan sur le Cantalien Jean-François Delfraissy, qu’on n’avait pas vu depuis longtemps. Le Number One du Conseil scientifique figure aux côtés de Jacques Salomon, directeur général de la Santé, ex-compteur de cas CoVid réputé bluffeur sur la thématique des masques.

Édouard Philippe est assis à la droite du chef de l’État, regard en coin, doigts dans la bouche. Au coude à coude avec Castex, Monsieur Déconfinement. Celui-ci disparaît sur une autre image au profit de Florence Parly, appliquée, qui prend des notes. Le Maire est grave. Alexis Kohler, pilier du Palais, rendu célèbre en raison de son audition par la commission du Sénat dans le cadre de l’affaire Benalla (il y a un siècle, une éternité) a été placé à la gauche de Macron. Véran est assis à côté du secrétaire général de l’Élysée. Castaner très flou. Sibeth idem. Sans le faire exprès. Liste non exhaustive des acteurs de la phase 2 au sommet.

Gros comme un château, le coup de com présidentiel. Au moment où le président de la République est laissé sur place dans les sondages par celui qui lui sauve la mise depuis de trois ans et pourrait bien commencer à s’imaginer un destin présidentiel, à force de tenir la barre, surtout s’il est libéré de Matignon. Les inconvénients de l’exercice du pouvoir, prise de risque comprise, sans les avantages, ça va bien un temps.

Philippe a acquis le respect de ses opposants

Laborieux, sobre, Édouard Philippe s’est affirmé pendant la crise. Il a rangé son humour pourtant inspiré. Loyal jusque-là, il a pris ses distances avec celui qui l’avait choisi pour piloter le gouvernement. Un bon choix, un des rares. Le Premier ministre a acquis le respect de ses opposants, même quand le débat s’est fait tendu. Ça se sent dans ses échanges avec le plus mordant de tous, Jean-Luc Mélenchon, qui s’est même offert le plaisir discret de le formuler au perchoir de l’Assemblée nationale, fin avril, lors de la discussion sur le plan de déconfinement.

La gestion calamiteuse, c’est pas vous, c’est l’autre, lui avait-t-il glissé en substance, non sans malice, et même sûrement avec une certaine empathie. Quelques jours plus tard, le leader de la France Insoumise faisait carrément l’éloge de son adversaire dans un entretien à La Tribune de Genève : « Édouard Philippe est de droite et n’a jamais prétendu autre chose. C’est un homme élégant, d’un côtoiement agréable, un libéral assumé et qui le dit clairement ». Le contraire d’Emmanuel Macron, en fait, aux yeux de Mélenchon. « Il a trompé tout le monde ; il est sans foi ni loi […] » .

Les enquêtes d’opinion semblent indiquer que les Français partagent majoritairement ce point de vue . Aujourd’hui, ils ont attendu sagement l’heure du rendez-vous avec leur Premier ministre. Le plus prudent du binôme exécutif. Pour qu’enfin il les libère des incertitudes qui pesaient lourdement sur la vie de chacun, et en particulier celle des professionnels de la restauration, impatients de savoir à quelle sauce ils allaient être mangés pour sortir de l’enfer .

« On est tous un peu déprimés », a lancé Marc Veyrat sur une des chaînes d’info en continu, au taquet avant l’intervention de Philippe. Affublé de son grand chapeau, le chef étoilé s’est lâché : « Depuis le début du confinement, on ne sait rien. Nous sommes en zone rurale, les gens ne viennent que sur réservation, pour le mois de juin, on n’a rien. On espère beaucoup du Premier ministre, qu’il nous apporte des données précises. Pour le confinement, ils nous ont appelé la veille. »

« La liberté sera la règle, l’interdiction l’exception »

D’entrée de jeu, Édouard Philippe a annoncé LA bonne nouvelle : « Les résultats sont bons sur le plan sanitaire ». Meilleurs qu’espéré, même. Le virus circule toujours mais sa propagation est « sous contrôle ». Tous les indicateurs sont au vert sauf pour deux départements, le Val-d’Oise et Mayotte.

Les informations qui avaient filtré avant même le show phase 2 ont été confirmées par le Premier ministre et les ministres Véran et Blanquer qui se sont succédé pour détailler cette étape. « La liberté sera la règle, l’interdiction l’exception ». Sous réserve d’être moins de dix.

En effet, le déconfinement prend largement ses aises. À charge pour les préfets de rendre le port du masque obligatoire pour les citoyens lâchés dans la nature (à moins de dix, j’insiste ). C’est aux acteurs locaux de décider. (ils ont failli attendre). Si l’étau se desserre, c’est qu’une menace autre que sanitaire se profile aujourd’hui : « Nous avons un nouveau front, le pays va devoir se battre contre la récession économique », avertit Édouard Philippe. Le pays compte un million de chômeurs supplémentaires au sortir du confinement puis du demi-déverrouillage du pays.

Fin de la limite des 100 kilomètres

Dans le détail et pêle-mêle, une sélection des décisions annoncées.
Et d’abord… Exit les 100 kilomètres, on peut désormais aller où on veut en France. Fini le rouge. Paris devient vert. L’île de France, Mayotte et la Guyane passent à l’orange. Dans ces zones encore brûlantes, les parcs et les jardins pourront quand même rouvrir comme chez les verts, les bars et restaurants n’auront le droit de recevoir la clientèle qu’en terrasse. Ça tombe bien, c’est l’été.

En zone verte, c’est open-bar. On pourra manger au restau dehors et dedans, sous réserve que le cahier des charges qui a fait l’objet d’âpres discussions en amont soit respecté : pas plus de 10 par table, un mètre entre chacune, masque obligatoire pour le personnel et les clients qui se déplacent.

Gros coup d’accélérateur côté Éducation nationale

Gros coup d’accélérateur côté Éducation nationale : les écoles (moins de 15 têtes blondes par classe) et les collèges rouvrent partout dès la semaine prochaine, pour les sixièmes et troisièmes en zone verte, les sixièmes et cinquièmes en zone orange, les lycées verts dès le 2 juin. Les élèves de première pourront fêter l’annulation du bac français, les musées, théâtres, et monuments pourront accueillir le public dès le 2 juin en zone verte, ainsi que les piscines, les gymnases, les hébergements touristiques, les Villages Vacances et les campings, qui attendront le 22 juin en zone orange, comme tous les cinémas de France. Les boîtes de nuit, elles, resteront fermées en phase 2.

Avec tout ça, on en oublierait presque les dix minutes consacrées par le Premier ministre himself à la promo de l’appli Stop Covid, qui n’a pas que des amis, malgré le feu vert de la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés).

Au fait, vamos à la playa, ou au lac ? Pas tout de suite, mais dès le 2 juin. Terminé, la simulation du mode dynamique quand la maréchaussée déboule : bronzette autorisée, mais pas (encore) en dehors de la France, qui est « favorable à la réouverture des frontières intérieures de l’Europe, sans quatorzaine obligatoire » à partir du 15 juin. Allez, à la revoyure : le 22 juin.

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