Photo Pierre-Alain Dorange - Creative Commons

Finalement, la pandémie qui oblige à la sagesse consumériste enrichit le bas de laine des Français. Selon les banques, les comptes de leurs clients sont pleins de cet argent que les ménages n’ont pas pu dépenser, au fil des mois de confinement et de couvre-feu. À les écouter, plus de 100 milliards d’euros ont été accumulés en 6 mois. Un trésor de guerre que le gouvernement, comme les commerçants, regardent avec gourmandise…

La face cachée de l’iceberg, car une autre réalité explose à la face du pays, celle de l’endettement des ménages les plus fragiles. Ceux qui ont dû s’endetter pour parvenir à finir les fins de mois, et pire, à se nourrir. Les pertes de revenus ont, en effet, entrainé une course à la demande de crédits à la consommation, pour des sommes modiques, sans conditions, mais encore plus difficiles à rembourser qu’un prêt immobilier au long cours.
Les chiffres fournis pas la Banque de France révèlent l’ampleur des crédits contractés par les ménages. Dans une étude récente sur la question, l’institution précise que « Le rythme de constitution de dépôts bancaires par les ménages ralentit à nouveau en juillet (+ 15,8 milliards d’euros, après + 17,1 milliards en juin et + 19,6 milliards en mai) mais reste nettement au-dessus de sa moyenne précovid de janvier 2017 à février 2020 (+ 5,9 milliards d’euros). La reprises des flux nets de crédits bancaires initiée en mai (+ 7,9 milliard) se poursuit depuis : + 10,1 milliards en juin et 8,4 milliards en juillet (voir tableau 2). Le crédit à la consommation contribue pour environ un quart à cette reprise (+ 2,4 milliards d’euros en juillet après 2,9 milliard en juin), le reste venant des crédits à l’habitat (+ 6,1 milliards en juillet après + 7,2 milliards en juin) ».

10 000 demandes de reports d’échéances par jour

Derrière ces chiffres en milliards, une réalité sociale faite de dettes accumulées à rembourser, dans un contexte économique plus que morose. Déjà, les associations de soutien aux consommateurs tirent la sonnette d’alarme. Une bombe financière se prépare, et quand la mer se retirera, la société comptera ses morts économiques. Car en cette période d’épidémie permanente et de crise économique brutale, les échéances non-remboursées s’élèvent à 12 milliards d’euros, à l’échéance 2021. Soit des milliers de familles en difficultés financières, ne parvenant pas à honorer leurs dettes aux crédits à la consommation. Tel est le message lancé par Matthieu Robin, chargé de mission banque-assurance à l’UFC-Que Choisir qui alertait sur RMC : « il y a un lien très fort entre le taux de chômage et le surendettement, ce qui fait craindre une hausse très importante des taux d’impayés, et plus de difficultés pour les emprunteurs ».

Et la dynamique, crise aidant, parait incontrôlable. Les banques prêteuses comptent 10 000 demandes de report d’échéances par jour, pour une baisse des revenus des ménages de 10.4% entre avril et juin 2020. Au total, 4 fois plus de demandes qu’en 2019. Certains ménages négocient un report d’échéance, quand d’autres font défaut en raison d’impasses financières liées au Covid. Sylvie Goulard, sous-gouverneure de la Banque de France ne cache pas son pessimisme en jugeant que l’endettement est la conséquence de la crise sanitaire et risque de freiner la reprise de la croissance. Plus grave, selon elle, « une augmentation importante du chômage est susceptible d’accroître le poids du remboursement des crédits, ce qui se traduirait par un risque de crédit accru et/ou un moindre dynamisme de la consommation ».

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.