Violences à Dijon, une voiture fonce dans la foule - Capture vidéo Twitter - Montage Nos Lendemains

Il y a une chose que le COVID n’aura pas englouti, une chose que nous aurions pourtant bien laissée dans ‘le monde d’avant’, c’est la capacité du système médiatico-politique à s’emballer en amalgamant tous les sujets, même et surtout ceux qui n’ont pas grand-chose à voir…

Jugez plutôt :

Des manifestations réunissant, plusieurs fois de suite et dans le calme, des militants contre les violences (notamment racistes, mais pas que, car il faut rappeler que des dizaines de Gilets jaunes en ont fait les frais depuis 2 ans) de la police. Dommage pour ceux qui voudraient caricaturer les manifestants, souvent jeunes et « issus de la diversité » comme le dit l’un de nos euphémismes hypocrites, il n’y a pas eu de violences (ou très peu).

De la violence, il y en a malheureusement eu en marge de la manifestation des soignants à Paris ce mardi. Les Black Blocs ont fondu comme les vautours qu’ils sont sur la fin du cortège, suscitant la colère des infirmières et médecins, et ajoutant de la honte à la honte des citoyens qui – comme moi, comme vous j’imagine – ont applaudi tous les soirs à 20h pendant le confinement, et ne comprennent pas comment nous pouvons encore refuser l’essentiel à ceux qui nous soignent.

De la violence, de l’ultra-violence, nous en avons vu débarquer avec effarement via les vidéos des rues de Dijon circulant sur les réseaux sociaux. Si l’on ne nous avait pas certifié qu’elles étaient réelles, on eût dit des épisodes sortis tout droit d’une de ces nombreuses séries TV qui semblent toujours repousser les limites du réel pour mieux le précéder. Des expéditions punitives menées par des tchétchènes – connus pour avoir noyauté le milieu de la sécurité et de la nuit dans de nombreuses villes de France – à coup d’armes de guerre, ont nécessité l’envoi du RAID en urgence pour rétablir un semblant de paix.

Et pendant ce temps, les policiers qui se sont sentis « lâchés » par Christophe Castaner lorsqu’il a interdit la clef d’étranglement, continuent par la voie de leurs syndicats et par petits groupes de manifestants, à hurler leur colère, leur sentiment d’être incompris et désarmés face à une société de plus en plus violente.

Il n’en fallait pas davantage pour que des évènements qui n’avaient en apparence rien à voir – Dijon, Paris, Tchétchènes ou anti-racistes, clef d’étranglement ou armes lourdes circulant librement dans notre pays – soient jetés dans le même sac.

Que Marine Le Pen, qui fait commerce depuis des années de ce qu’elle appelle « l’ensauvagement » de la société, nous explique dans le même souffle que les anti-racistes sont tous des indigénistes, des séparatistes, et donc doivent être combattus avec la même force que les Tchétchènes qui gangrènent les rues de Dijon et d’ailleurs…. Disons que cela ne surprend pas.

Qu’elle nous dise que ces mêmes tchétchènes représentent « les immigrés » dans leur ensemble, que par conséquent il est urgent de fermer la porte à tous les nouveaux arrivants, il n’y a rien là que du FN classique que n’aurait pas renié son père.

Qu’elle utilise le mot « communautaristes » indistinctement pour les mafias tchétchènes – qui ne portent pas de projet alternatif de société, contrairement par exemple à certains extrêmistes religieux – et pour les simples citoyens Français musulmans, juifs, ou noirs, ou autre, qui ont le malheur de revendiquer l’égalité des droits et devoirs, est bien la meilleure manière de mettre dans le même sac des personnes très différentes, qui n’ont rien à voir. C’est même, ce que l’on fait trop souvent depuis 30 ans, risquer de jeter les seconds dans les bras des premiers, par dépit, par humiliation.

Va pour Marine Le Pen. Mais que les commentateurs leurs emboitent le pas, par l’ambiguïté de leurs mots ou par leurs silences – en s’abstenant de souligner la différence des situations, en montrant des black blocs juste avant des soignants interpelés, puis des manifestants anti racistes puis des policiers en colère, puis des scènes de guerrilla urbaine, puis un Mélenchon appelant à « désarmer » certains gardiens de la paix – est extrêmement grave.

Que ces mêmes commentateurs feignent de croire que ceux qui osent introduire de la nuance sont là pour excuser l’inexcusable est irresponsable. La complexité, la nuance, la recherche de solutions ne sont pas des actes de haute trahison à Patrie en danger. Ce sont pourtant des attitudes disqualifiées, et chacun est sommé de hurler son indignation, comme si exprimer en miroir sur les plateaux TV la colère qui s’étale dans les rues allait changer quoi que ce soit à la situation.

Pour avoir observé la manière dont l’opinion se forme depuis des années, je sais trop combien ces discours, ces mots, ces images qui se télescopent et ces émotions qui s’entremêlent créent de confusion, de colères, et au final ne construisent ni la réflexion ni le recul nécessaires à appréhender des sujets aussi complexes. Depuis plusieurs années, et singulièrement depuis 2015, de nombreux travaux ont démontré que cet empilement du choc des mots, des photos, des vidéos et des violences est en train de constituer une idéologie « par le bas », hors de tout cadre intellectuel – hormis peut-être celui du FN – : celle du rejet de l’autre, du repli de chacun sur des communautés d’appartenance, du rejet des élites. Une idéologie fondée sur la peur de la guerre civile, de la guerre de « religions ». Une régression formidable de l’universalisme, qui ne se cantonne désormais plus aux classes populaires ou aux sympathisants FN, mais qui s’étend partout, tel un poison.

Que le Secrétaire d’Etat L. Nunez se laisse entraîner sur le terrain de Marine le Pen, celui de la peur de l’étranger – assimilé à une menace vitale -, en assurant que ceux qui le sont parmi les tchétchènes seront expulsés, est regrettable. Expulser les étrangers qui terrorisent nos rues relève de l’évidence. Il faut le faire, pas le promettre en l’air ou en débattre pendant des heures. En faire un sujet de débat, c’est simplement accréditer l’idée, propagée par Le Pen, qu’il existerait en France une impunité des étrangers ou de certaines « communautés »…

Manuel Valls peut alerter dans Valeurs Actuelles sur le risque qu’une « guerre des races » vienne supplanter celle des « classes », mais les Gilets jaunes n’étaient-ils pas avant tout l’expression de cette lutte des classes que la gauche à laquelle il revendique appartenir ne parvient plus à penser? Et conjurer le péril séparatiste – réel – nécessite de bien séparer les maux, et de se garder de confondre la demande d’égalité républicaine portée par les anti-racistes, des revendications « indigénistes », ou encore des mafias – étrangères ou pas – qui gangrènent le territoire. Les mots ont une importance vitale, ici, et l’on se rappelle qu’il avait, Ministre de l’intérieur, mis le doigt dans l’engrenage dangereux de l’escalade et des amalgames lorsqu’il dit que les Roms n’étaient pas intégrables dans notre société, que « seule une minorité souhaite s’intégrer » et qu’ils ont « vocation à retourner » dans leur pays.

Méfions-nous de cette machine politico-médiatique qui s’emballe. De ces émotions qui s’étalent. Et puisque le « système » n’a pas changé avec le COVID, essayons, à notre échelle, de prendre ce recul que nous ne savions pas toujours prendre auparavant. De douter, de nous questionner… bref, d’essayer de faire preuve de cet esprit critique citoyen qui manque trop souvent à la démocratie.

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