Quelles évolutions depuis 2015 en Pologne ? Aucune.

C’est avec exactement le même score (51,5%) que Duda (PiS, droite conservatrice) remporte l’élection présidentielle contre le candidat libéral, avec exactement la même carte de la Pologne (Ouest/Est), et la même division sociologique (Pologne A : les citadins, les jeunes, ceux connectés à l’économie-monde; et la Pologne B : les ruraux, les plus âgés, des territoires plus reculés).

Il a fallu une crise sans précédent (pandémie du COVID19), avec son confinement, un chômage qui repart à la hausse et une protection beaucoup moins généreuse qu’en France, pour que les libéraux évitent une déculottée magistrale (il y a 6 mois, Duda était élu au 1er tour à +50%).

En réalité, même si le nouveau leader des libéraux est un type brillant qui coche toutes les bonnes cases pour être bien perçu des diplômés et des étrangers, Rafał Trzaskowski n’est pas du tout sorti de la zone de confiance de son électorat initial.

Par acquis de conscience, toute la gauche a voté pour lui dès le premier tour, en se bouchant le nez, mais il n’a jamais réussi ou voulu sortir des propositions audacieuses permettant de conquérir un électorat nouveau.

Les militants anti-Pis vivent un peu le syndrôme du film « No », de Pablo Larraín avec Gael García Bernal, sur le Chili de la dictature : on sait très bien pourquoi ils sont contre le pouvoir en place, mais ils ne dégagent que de la haine et ne veulent pas séduire un électorat qui est trop loin d’eux.

On peut relire le chapitre du dernier Thomas Piketty consacré à la situation de la Pologne en termes de sociologie électorale et qui décrit cette « Gauche brahmane », qui est très intelligente, très propre sur elle, qui est sûre et certaine d’avoir raison sur tout le monde, mais qui ne daigne pas faire l’effort de comprendre la vraie vie des gens.

Un article publié dans Le Monde était à ce titre criant de vérité : à Minsk Mazowiecki, dans la banlieue de Varsovie, les gens formulaient bien ce qu’ils avaient gagné sans le PiS (les allocations familiales, la retraite, etc …), mais sans savoir ce qu’ils auraient de plus avec les libéraux…

En réalité, entre 2015 et 2020, ce sont 5 années de perdues. Car à partir d’un mauvais constat sur le vote PiS et la certitude qu’on a raison sur autrui, qu’on est porteur de toutes les vertus de la Démocratie et de la Raison, sans se questionner soi-même, on tombe forcément sur un mur.

Les libéraux ont porté un candidat libéral. Ils ont perdu.

S’ils continuent encore comme cela, ils perdront encore comme cela. C’est navrant mais très souvent les élites croient plus dans leurs certitudes et leurs intérêts que dans la raison raisonnante…

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