C’est le nouveau mode de disqualification, la nouvelle manière grossière de vous renvoyer dans le rang des infréquentables. Vous soutenez Didier Raoult ? Vous êtes populiste. Vous vous interrogez sincèrement sur les sommes colossales déversées chaque année par les laboratoires pharmaceutiques pour leurs opérations de lobbying ? Vous êtes complotiste ! Relégué avec ceux qui croient que la terre est plate, que l’homme n’a jamais marché sur la lune et que le virus du sida a été créé par l’armée américaine.

Un sabir sans nuance qui voudrait que le monde se partage entre les populistes et les progressistes, les raisonnables et les complotistes. Généralement, c’est une panoplie dans laquelle on vous fourgue aussi l’étiquette d’islamo gauchiste, si vous avez le malheur de soutenir les luttes anti -racistes, étant donné que désormais tout anti raciste est soupçonné de collusion avec les ismalistes.

Une rhétorique épuisante et qui, finalement, ne démontre rien Car on peut détester le chemin pris par Michel Onfray, sa dérive outrancière et apprécier la qualité et les arguments de Didier Raoult, tous deux jetés dans le même grand sac de populiste. En parlant de populisme, qui est le plus populiste ?  Jean-Luc Mélenchon ou Emmanuel Macron qui n ‘a eu de cesse que d’affaiblir tout ce qui se trouvait entre lui et lz peuple ? Quelle différence existe-t-il entre un populiste chic sorti de l’ENA et un populiste qui défend les classes populaires ?

On peut tout être à la fois : défendre le peuple, s’interroger sur les forces de l’argent qui corrompt, comme le disait François Mitterrand au congrès d’Épinay sans être un complotiste qui relaie des fake-news toute la journée.

Oui on peut défiler contre le racisme, se battre contre l’antisémitisme et s’interroger sur notre passé colonial, le bien fondé de certains monuments sans être indigéniste, séparatiste et anti-français.

Oui on peut aimer la république et exiger que les violences policières soient dénoncées et punies.

Oui on peut être tout cela à la fois sans subir les aboiements de ceux qui crient à la République en danger, qu’ils soient de droite extrême, d’extrême droite ou d’extrême macronisme ou au fascisme libéral ou l’Etat assassin.

Et oui on peut combattre le communautarisme et souhaiter que chacun puisse vivre uni dans sa diversité.

J’ajoute enfin que ces excès, cette dangereuse disqualification, opérée jour après jour, deviennent finalement le dernier chic du politiquement correct, le dernier salon où l’on cause, ou plutôt ou l’on vocifère au chaos, ou au macron bashing, à l’islamo-gauchisme au choix. Une rhétorique dangereuse car binaire, une bataille rangée entre ceux qui croient que le temps de l’ultra conservatisme, voire de l’extrême droite, est arrivé et ceux qui défendent un bastion vidé de sa substantifique moelle par ce quinquennat et ce président sans véritable colonne vertébrale idéologique, hormis l’économie.  Et comme chacun le sait désormais, on n’entraîne pas une Nation avec des tableurs Excel. En revanche, poursuivre sur le registre simpliste et simplet de la disqualification avec des mots finalement vides de sens, nous mène directement à notre ruine collective.

Parlez-nous plutôt de la République universelle, de cette formidable capacité de résilience française, des gens qui triment et qui sont heureux d’aller trimer, fiers de leurs usines, de leurs entreprises. Parlez-nous plutôt de ces citoyens qui s’intègrent, créent des start-ups, accèdent aux plus hautes fonctions de l’administration. Parlez-nous plutôt de cet enthousiasme collectif quand nous sommes tous Charlie ou que nous gagnons la coupe du monde de football. Parlez-nous de ces milliers d’associations qui tissent ce fil ténu entre nous et les autres. De ces croyants sincères qui prient dans ce pays qui est le leur. Parlez-nous de ces athées qui ne prient pas mais se sentent libres et heureux lorsqu’ils déambulent dans les rues. Arrêtez de nous parler des quartiers de la République mais parlez-nous plutôt de ces Kassim, Farida, Boubacar, Razak, qui sont ingénieurs, pâtissiers, directeurs commerciaux et qui en ont ras le bol qu’on les ramène inlassablement à leur origine alors qu’ils sont aussi Français que vous et moi. Parlez-nous des PME qui innovent, des étudiants brillants, des élèves studieux qui ont des rêves.

Tiens, au fait parlez-nous de vos rêves au lieu de nous torturer avec vos cauchemars. La France ne s’en portera que mieux … et vous aussi d’ailleurs.

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