Dans les rues du centre d'Annecy en Haute-Savoie, le port du masque est obligatoire depuis le mardi 4 Août 2020 - Photo ©️ RazakParis / NosLendemains
Dans les rues du centre d'Annecy en Haute-Savoie, le port du masque est obligatoire depuis le mardi 4 Août 2020 - Photo ©️ RazakParis / NosLendemains

Ce lundi entre en vigueur l’obligation du port du masque – sous peine d’amende – dans un certain nombre de rues et de marchés parisiens. Un tour de vis de plus pour tenter d’inviter les plus récalcitrants – souvent des jeunes se sentant invincibles, il faut le dire, mais pas uniquement – à protéger les autres.

Car il faut rappeler, encore et encore, que si le masque n’est pas une solution à tout, il est une bonne partie de la solution, et en tout cas un des seuls moyens à notre disposition pour endiguer la recrudescence d’un virus pour lequel nous ne disposons toujours d’aucun traitement ni vaccin.
Il faut également rappeler que si, contrairement à d’autres pays comme les États-Unis, le non port du masque n’est pas (encore ?) devenu une revendication politique, un geste de défiance revendiqué à l’égard des élites, le consentement de principe quasi unanime de la population française n’engage pas pour autant de port du masque unanimement répandu…
Quel commerçant n’a pas, sur la côte méditerranéenne ou en Bretagne ou ailleurs, eu à faire face à des clients ulcérés de se voir rappeler la nécessité de porter leurs masques en faisant leurs emplettes ?

Il faut rappeler, enfin, que « mon masque te protège, ton masque me protège ». Et c’est peut-être bien là le cœur du problème : porter un masque est altruiste, et non égoïste. Or, l’altruisme semble de moins répandu dans nos sociétés…

On peut déplorer que les messages des autorités aient été tout sauf clairs et constants en la matière depuis mars dernier. On peut également s’alarmer de ce qu’au plus haut sommet de l’État, l’exemplarité ne soit pas toujours au rendez-vous, loin de là. Il y a quelques jours encore, notre Président traversait une foule compacte de libanais, et finissait par serrer dans ses bras une libanaise désemparée et en colère, sans masque aucun de part et d’autre. Or, en communication, on sait bien que l’image est encore plus importante que le message. Il faut donc se féliciter que notre Premier ministre ait décidé d’adopter systématiquement le masque lorsqu’il parle au public (certes, après avoir essuyé des critiques vives lors d’une passation des pouvoirs où anciens et nouveaux ministres se sont embrassés sans masques…).

On peut donc déplorer que les autorités ne soient ni exemplaires, ni cohérentes, mais le port du masque nous confronte à un problème majeur que nous feignons trop d’ignorer : la panne de civisme, voire l’effondrement de la citoyenneté. Porter un masque, c’est protéger l’autre. Celui que l’on croise dans la rue, et qui est peut-être plus fragile que soi. Celui pour qui, selon notre devise républicaine, nous devrions nourrir des sentiments « fraternels ». Or, pour une partie de la population, de fraternité il n’est pas question. Peu importe qu’ils soient susceptibles de contaminer des personnes fragiles. Seul compte leur bon plaisir et leur confort. Pensez-donc, risquer de transpirer quelques minutes en portant un masque, tout cela pour épargner des désagréments, voire un danger mortel, à des gens que l’on ne connaît même pas ?

Derrière la réticence au port du masque, il y a bien pour une part – minoritaire mais significative, souvent jeune mais pas uniquement – de la population une distorsion inquiétante de l’équilibre entre droits et devoirs. Or, c’est cet équilibre qui fonde notre pacte social. C’est lui qui nous permet de vivre ensemble, sans trop de tensions.

Dès lors, ne pas porter le masque, c’est affirmer en quelques sortes que l’on ne veut plus vivre selon les règles que s’est donné notre société. C’est se mettre en marge. Si nous savons que la culpabilisation ou la contrainte ne résoudront pas ce problème (au contraire, ils nourrissent résistance et ressentiment), il n’en reste pas moins une question à laquelle il est urgent de s’attaquer : comment reconstruire du civisme, dans une société où la citoyenneté s’effondre peu à peu ?

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Cet article a 7 commentaires

  1. GISELE COHEN

    Hormis les jeunes, le refus du port du masque est, semble-t-il, davantage une opposition déclarée aux informations contradictoires constantes des autorités gouvernementales qu’au port du masque lui-même. Beaucoup n’ont plus confiance et s’opposent, infantilement d’ailleurs « non, tu (le Gouvernement) n’as plus d’autorité sur moi, toi qui ne cesses de me mentir ». Comment rétablir la confiance ?

  2. Doghouse Reilly

    Madame.
    Le port du masque « chirurgical » qui représente la grande majorité de ceux qui nous sont accessibles financièrement ne protège que de la contamination par les « infestés » de la covid . En clair seul le masque FFP2 protège et encore peu longtemps des aérosols transportant le virus .

    1. Fraudin

      Merci pour cet article. À voir certains commentaires, y compris sur les réseaux sociaux, on perçoit bien l’égoïsme d’une minorité. Leurs fallacieux arguments reposent sur «leurs propres recherches » et l’agressivité est leur seule réponse. Oui, je porte le masque parce que je suis resté bloqué cinq mois dans un pays à risque, et oui, si cela peut leur faire plaisir, je suis un mouton, et alors ? En quoi cela les dérange ?

  3. Durnez

    Il serait intéressant de savoir quels sont vos conflits d’intérêts en argumentant ainsi…en plein confinement et pic d’épidémie, on nous serinait que les masques ne servaient à rien!
    Pour les malades à hauts risques les pharmaciens ont reçu l’ordre de ne délivrer aucun masque FFP2- les seuls à protéger véritablement les personnes fragiles…vos propos démontrent une volonté de soumettre et de culpabiliser un peuple que trop manipulé par des gouvernants corrompus et menteurs. Et vous contribuez à cette corruption. Le covid se soigne, renseignez-vous..On veut nous faire croire que non et obliger toute la population à se masquer puis à se faire vacciner. C’est criminel d’avoir interdit la chloroquine et d’avoir empêché les médecins généralistes de soigner les malades, vous faîtes corps avec cette mascarade..c’est une honte, mais plus que ça encore…

    1. Chloe Morin

      Bonjour, Je tiens juste à dire que nous n’avons, à Nos Lendemains, aucun « conflit d’intérêt ». Nous ne touchons pas 1 centime par masque vendu. Même pas un centime par article lu, puisque vous aurez remarqué que ce site est sans pub, totalement gratuit. Notre seul et unique intérêt est citoyen. Merci de ne pas nous insulter, et bonne journée

      1. Asiafan

        Y a pas que des « intérêts égoïstes », le port du masque, sur la durée, est nocif pour la santé, avec le dioxyde qu’on se réinjecte. Mais bon ça, ça n’a pas l’air d’être entendu par nos politiques.

  4. TOLEDANO

    Je trouve cette argumentation quelque peu fallacieuse (et avec tout le respect pour son auteur) car elle fait fi de l’aspect répressif et étatique de la mesure. Je porte le masque partout où cela m’est imposé mais, dans mon for intérieur, je sais que toutes ces mesures imposées à la population par l’Etat sont d’une inspiration fasciste, dès lors qu’on judiciarise les enjeux (infliction d’amendes, interdiction depuis plusieurs mois de voyager à l’international etc…). Du fascisme, ni plus ni moins. Et c’est cela que nous ne devons pas accepter, même si nous devons porter le masque dans les espaces clos naturellement. Mais en extérieur, c’est du fascisme. Nous vivons ici aux Antilles dans une chaleur étouffante et ces règles sont imposées aux populations antillaises comme elles le sont aux populations métropolitaines, où la Covid a 6 à 10 fois plus de prévalence qu’aux Antilles. De quel droit toujours être plus répréssif et rigoureux avec les Français ultramarins ???

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