Interview d'Emmanuel Macron au JT de TF1 du 21 juillet 2020 - Capture TV Nos Lendemains.
Interview d'Emmanuel Macron au JT de TF1 du 21 juillet 2020 - Capture TV Nos Lendemains.

Comment le dire avec des mots simples ? La Vieme République est obsolète. Qu’on réfléchisse bien à cette anomalie : lorsque un président français est élu pour 5 ans, il possède à peu près tous les pouvoirs, le plus délirant étant celui de dissoudre une assemblée démocratiquement élue par les citoyens . Quel chef de l’État de quelle puissance démocratique possède de tels droits ? Aucun ! On a bien compris ce qui a prévalu dans la rédaction de cette constitution : en terminer avec l’instabilité parlementaire de la 4ème République mais les temps ont changé. Le passage au quinquennat et l’alignement des législatives sur la présidentielle ne permettent plus à notre démocratie de respirer.

On peut donc « régner » pendant 5 ans sur la 6ème puissance mondiale, être minoritaire, perdre les élections intermédiaires les unes après les autres, et poursuivre, comme si de rien n’était son petit bonhomme de chemin, cahin caha, en espérant, par un tour de passe passe et quelques manœuvres, se faire réélire pour 5 années de plus. 

Combien de temps devrons nous encore subir ce système qui étouffe la démocratie,  réduit le rôle du parlement, et ne  représente plus le visage de la France? Car le changement de régime doit aller de pair avec la proportionnelle, si ce n’est intégrale, au moins partielle. Jean Luc Mélenchon a obtenu 7 millions de voix à la présidentielle. Il a une poignée de députés à l’Assemblée. Et que dire de Marine le Pen et ses 11 millions de voix. 

Emmanuel Macron n‘est pas  le seul à abuser de cette monarchie républicaine. Nicolas Sarkozy a lui aussi usé des instituTions, théorisant l’effacement de  son premier ministre François Fillon, devenu simple collaborateur. François Hollande a également appuyé sur toutes les touches, notamment pour la fusion des régions, mais a échoué sur la déchéance de nationalité, et a eu le sagesse de ne pas se représenter pour éviter le risque d’un naufrage personnel et l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir. 

Peut-on, lorsqu’on est démocrate, se satisfaire de ce système injuste, qui décourage même la meilleure volonté citoyenne ?

L’abstention devrait pourtant sonner l’alarme : 10 millions d’abstentionnistes en 2017, un record pour une présidentielle ! 

9 millions d’abstentions sur les 16 millions de Français appelés à voter pour le second des municipales, le 28 Juin dernier, ce qui est tout aussi rare pour le mandat préféré des Français. 

Ces municipales ont été marquées par le naufrage historique du parti présidentiel. Quelle leçon en a été tirée ? Aucune ! Bien au contraire ! C’est la coalition de gauche / écologiste qui sort vainqueur de ce scrutin. Et la réponse est la suivante : un saupoudrage écologique, une remise à plat de la réforme des retraites, resservie comme un nouveau plat dont on aurait juste changé la salade, et la nomination de préfets qui vont pallier le désert d’ancrage local de #LREM et du chef de l’État dans les territoires avant la grande bataille de 2022.  

La verticalité du pouvoir, une nouvelle fois théorisée par Nicolas Sarkozy lors de son interview sur TF1 ( «  il faut un chef » ),  cette verticalité, que tout concourt, dans nos instituions, à renforcer, ne correspond plus au temps. 

Partout , les citoyens demandent plus de démocratie participative, de co-réalisations, de concertations réelles, en un mot , d’horizontalité . Il ne s’agit pas de retrancher du pouvoir aux élus. Il s’agit bien  d’additionner, d’oxygéner la démocratie et de briser ce sentiment de fatalité et de déconnexion que l’on retrouve dans toutes les enquêtes d’opinion : « Ces gens là ne comprennent pas ma vie ». 

Imaginer que l’on peut repasser d’une société de défiance à une société de confiance uniquement par la réussite économique est une illusion. La défiance vient en partie de ceux qui nous gouvernent., de leurs errements , de leurs fausses promesses , de leur orgie de communication . Mais elle repose , plus profondément , sur l’idée que nous n’avons plus de prise sur notre destin personnel, pris dans la tourmente d’une mondialisation carnassière. Nous donner le simple droit de balayer tous les 5 ans ce qui ne nous convient pas, nous heurte, nous blesse, dans un mélange d’abstention, de renoncement, de barrages et autres choix qui n’en sont pas, est une illusion. 

Penser que l’on peut rafistoler, au gré d’une communication à outrance, non seulement les fractures, mais plus profondément, le désenchantement général, accentué un peu plus encore par la crise sanitaire , est une illusion. 

Faire respirer la démocratie, c’est redonner du pouvoir au parlement, en terminer avec l’omnipotence présidentielle sur laquelle rien ne peut réellement exercer une contradiction, permettre aux citoyens, à tous les niveaux, de pouvoir donner leur avis sur des sujets fondamentaux. Le référendum est un moyen idéal qui s’use que si l’on ne s’en sert pas. La barre fixée pour ouvrir ce droit est trop haute. Il faut en faire un outil habituel de régulation de la décision politique, en terminer  avec l’idée absurde que des « sachants », issus bien souvent d’un même cercle d’études, de formation de pensée économique et sociale, sauraient mieux que des millions de gens, qui ne sont pas des idiots.

Confiner la démocratie dans un palais, aussi démocratique soit-il, n’est plus sain et ne peut plus constituer une manière durable de gouverner dans le temps et de réconcilier les français avec les politiques, cette tarte à la crème qu’on profère chaque soir d’élections pour mieux se donner le droit de ne pas s’en donner les moyens. 

Il faut oser changer ce qui ne marche plus. Et la Vème ne marche plus. Elle génère chez ceux qui nous gouvernent  un mystérieux pouvoir d’impunité politique, décourage les oppositions qui ne sont pas uniquement de simples machines à faire du bruit et les Français qui aimeraient être consultés plus régulièrement que tous les 5 ans pour un match présidentiel dont ils détournent de plus en plus leur regard. 

Oui, il faut en terminer avec cette monarchie présidentielle, retrouver la balance des pouvoirs avec notamment un renforcement de l’Assemblée nationale pour mieux contrôler le gouvernement. On peut imaginer les motions de censure votées à la majorité relative et plus absolue comme c’est le cas actuellement.

L’introduction de la proportionnelle devient une urgence démocratique. Si l’on va jusqu’au bout du raisonnement, on peut même imaginer, comme cela a été expérimenté en Colombie Britannique, des citoyens tirés au sort qui participeraient à l’élaboration de certaines lois. 

Tout est à repenser.  Les solutions sont là. Elles ont déjà été théorisées par la gauche. Arnaud Montebourg avait même organisé une convention pour la 6ieme République en 2002. Jean-Luc Mêlenchon en a fait l’un de ses axes de campagne en 2017. 

Plus que jamais, elle doit devenir un sujet majeur pour 2022.

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Cet article a 3 commentaires

  1. Laurent

    Et la démocratie dans les médias ???

  2. Lamiaud Alexandre

    Bravo super article ‼️

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