Emmanuel Macron en déplacement dans le Tarn pour la campagne des législatives, ce jeudi 9 juin 2022 - capture TV.

«  À un moment donné, en politique, il faut mettre le pied dans la porte. Sinon , c’est le cercueil et les clous ».

Ainsi parlait en 2005 un certain Jean-Luc Mélenchon, qui expliquait à quelques journalistes, dont moi, reporter à France Inter a l’époque, pourquoi il se lançait dans la campagne pour le « non » à la Constitution européenne. A l’époque, le « oui » caracolait en tête dans les sondages, de façon écrasante, Laurent Fabius et Henri Emmanuelli avaient déjà appelé à voter « non » et Nicolas Sarkozy et François Hollande n’avaient pas encore posé ensemble à la Une de Paris Match en faveur du « oui ». C’ était un jour pluvieux de janvier 2005, et, autour de la table de ce petit déjeuner /conférence de presse, nous regardions le leader socialiste, encore membre de ce parti, avec des yeux ronds et un peu rigolards, persuadés que son épopée était perdue d’avance. Le 29 Mai 2005, le «  non » l’emportait largement, 55/45, après un débat passionnant, passionnel durant lequel tout le « système » médiatique et politique s’était déchaîné sur les tenants du «  non », allant de l’accusation de racistes, antisémites, utopistes, dangereux révolutionnaires ou déraisonnables, populistes etc etc… Déjà, le fameux cercle de la raison contre le reste du monde. Si je vous raconte cette histoire, c’est pour illustrer une règle fondamentale de la politique, que Mélenchon, mais pas seulement lui, a toujours appliqué : on ne perd que les batailles qu’on ne mène pas car seul compte le rapport de force. Et finalement, nous voilà revenus à cette alpha et cet oméga : rendre possible ce qui est improbable pour bloquer une mécanique inéluctable.  Une mécanique, rebaptisée « progressisme »  contre «  populisme  », « modernité » contre « archaïsme », tous ces éléments de langage qui recouvrent une même réalité : la mise en place à marche forcée d’un libéralisme basé sur le stupide axiome qui consiste à nous faire croire que si le marché va, tout va. Que si les plus gros grossissent encore, le ruissellement arrosera de quelques gouttes précieuses  les plus petits ou les moyens Que tout est rendements, objectifs, croissance, PIB, compétitivité, et que tout le reste relève d’un sentimentalisme éculé, inutile dans ce monde où les autres, ces fameux autres, feraient mieux que nous, toujours mieux, car nous les français, notre modèle social nous coûte trop cher, « il n ‘y as pas d’argent magique » et «  regardez les autres pays, ils font, eux , toutes ces antiennes qui divisent désormais le débat public en deux : les raisonnables et les fous furieux, les progressistes et les populistes, les ouverts et les repliés, comme si les êtres humains qui composent une nation étaient classables uniquement dans l’une ou l’autre des catégories. S’il y a bien une perversion dans le discours et la doctrine d’Emmanuel Macron, c’est celle la : réduire le débat public à cette simple caricature, s’appuyer sur le cercle élitaire pour imposer une vision du monde aussi étriquée que faussée. Et nous voilà repartis comme en 14. En pire. 

Que sera Macron 2, si la gauche ne parvient pas à rééquilibrer le pouvoir législatif ? Une accélération de Macron 1. Là où les gilets jaunes avaient réussi à enrayer la machine implacable , où la pandémie avait bloqué le réforme des retraites , seules les urnes peuvent désormais mettre un pied dans la porte , pour reprendre l’expression de Mélenchon. Sinon quoi ? 

Le président réélu ne s’en cache pas : la réforme des retraites sera mise en place en 2023, que ça vous plaise ou pas, et ça n’est pas ce nouveau machin nommé «  Conseil National de la Refondation », annoncé avec grandiloquence, par un Macron qui, sciemment, mélange tout et invoque même Jean Moulin et le Conseil National de la Résistance, ça n’est pas ce comité Théodule qui changera le cours de l’histoire, déjà écrite par la Macronie. Le chef de l’État reconnaît d’ailleurs que le système des retraites n’est pas en danger, mais cette réforme servira à rééquilibrer les comptes de l’État. Tout est dit: les salariés à nouveau utilisés pour reboucher les trous. 

Comme le nouveau ministre  du budget, le sémillant Gabriel Attal, coqueluche des plateaux, reconnaît ce vendredi, que finalement le chèque alimentaire ne verra pas le jour avant 2023 … pour des raisons techniques. Étrange stratégie de campagne qui consiste à dire tout et son contraire, à souffler le chaud et le froid, avec une seule ligne : taper et taper et taper encore sur Mélenchon et la gauche, quitte à raconter absolument n’importe quoi, à l’image de l’interdiction de couper du bois chez soi, ce qui évidement, est un mensonge éhonté. 

Une campagne déboussolée, sans ligne , sans stratégie avec un nouveau gouvernement déjà usé avant d’avoir servi. Elizabeth Borne est aux abonnés absents, et ne sort de son silence que pour donner l’image d’un bloc de glace face à une femme handicapée qui demande la déconjugalisation des aides AAH, promesse d’Emmanuel Macron dont on imagine qu’il ne la tiendra pas, étant donné la réaction de Borne, qui propose à cette femme de … trouver un emploi. 

Une première ministre qui reste silencieuse quand son ministre de l’intérieur se débat dans la polémique sans fin du naufrage de la sécurité au Stade  de France. Et que dire de  la démultiplication de Macron sur le terrain dans les derniers jours de campagne ? D’ailleurs, qui paye ces déplacements qui sont purement électoraux ? Aucune réponse claire sur ce sujet qu’il faudra bien régler , un jour, en France. 

En tout cas , la majorité compte sur une forte abstention, la mobilisation de son électoral senior pour botter les fesses à cette Nupes , si mal élevée qu’elle dérange ce bloc élitaire en plein repas de famille, sans s’être annoncée au préalable. Oui, il faut bien le dire : la surprise de l’union de la gauche a été à la hauteur des ricanements et du mépris, voire de la haine, distillés depuis des années dans le champ médiatique sur la gauche. Inoffensive, réduite à peau de chagrin, absorbée en partie par le grand boa macronien, divisée, asséchée, vieille, usée, fatiguée. 

Son union, sous la houlette et la vista stratégique de Mélenchon, a été la  première surprise. Sa crédibilité dans l’opinion est la 2ème surprise. Malgré les coups de boutoir, les fake-news, les promesses, les déclarations chocs, rien ne semble vouloir faire baisser le thermomètre des sondages. 

Dimanche, il faut donc transformer le 1er essai. Sinon, tous ces espoirs, cette lutte pour l’union, ce travail inlassable de conviction pour changer la vie, n’auront servi à rien. 

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Cet article a 1 commentaire

  1. Emma

    Merci Françoise pour ce texte.

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