Le président de la République réagit à l'affaire Uber et aux Uber Files le mardi 12 juillet 2020 - capture Twitter.

On aura bien compris la défense d’Emmanuel Macron et de ses soutiens. En gros, comment osez-vous remettre en cause le travail d’un ministre de l’économie qui reçoit des patrons pour qu’ils s’implantent en France ? Dit comme ça, les questionnements sur les liens entre Uber et Macron semblent hors sol et inopérants. 

Mais il ne faut pas s’y tromper. La contre attaque de Macron ne tient pas longtemps face à l’analyse des faits. 

D’abord, ça n’est pas lui qui a ouvert le marché aux plateformes de VTC. Uber a commencé à travailler en France en Janvier 2012. Mélanger volontairement les dates , c’est faire de Macron le grand libérateur des « zenergie » et donc atténuer la gravité des faits. 

Non, il n’a rien libéré du tout mais, en revanche , il a bel et bien participé à la dérégulation du marché, contre l’avis du gouvernement auquel il appartenait. François Hollande et Manuel Valls voulaient  mettre de l’ordre, en interdisant UberPop, vilaine pratique qui consiste à vous transformer en chauffeur de taxi à tout instant.  Ils avaient décidé aussi de resserrer les boulons pour la formation, plus sévère, et les conditions d’accès à ce nouveau métier, qui connaissait déjà des abus : agressions dans les voitures, sous- traitance avec des personnels souvent peu formés, pas en règle sur le plan administratif, qu’il s’agisse des véhicules ou parfois, des titres de séjour . 

Et voilà Macron qui se comporte comme un flibustier, reçoit, sans prévenir Hollande ou Valls, les patrons d’Uber, échange directement avec eux ( 17 fois selon le Monde), leur fait rédiger,  clé en main, des amendements favorables à glisser dans un nouveau texte de loi. De la flibuste pure et du lobbying total. 

Cette affaire est également grave car elle se conjugue à la vente  d’Alsthom , à l’évidence menée en sous main par le même Macron à Bercy, et l’affaire McKinsey, qui porte sur 1 milliard de commandes d’études et de conseils en tout genre, lorsqu’il devient chef de l’État. Dans le cas de McKinsey et de Uber, des membres actifs de l’agence ont participé à la campagne de Macron. Pour Uber, c’est l’ancien directeur de la communication, rencontré lors de ce deal, qui a aidé le candidat à lever des fonds pour son nouveau parti, après avoir quitté l’entreprise. Ça laisse rêveur.

Ce fonctionnement dessine de plus en plus le portrait d’un chef de l’État qui n’aime pas la transparence, joue en permanence en solo, y compris, à l’époque, contre son propre gouvernement, et possède une tendance fâcheuse à favoriser des grandes multinationales au nom de la création d’emploi et au mépris de l’état social. 

Pour le bien du pays ? 

À voir. On évalue à 8 milliards d’euro le manque en terme de cotisations sociales, à travers le travail dissimulé, déguisé en auto entreprise. Et l’argument sui consistait, pour le candidat Macron, à dire, en 2016 « plutôt devenir chauffeur Uber que dealer » marque une limite alarmante : nous , la France, n’aurions donc rien d’autre à proposer aux jeunes issus des banlieues et de l’immigration que le trafic de drogue ou l’exploitation moderne. 

Le même Macron qui s’oppose, au nom de la France, à la proposition de directive européenne sur la présomption de salariat, autrement dit un texte obligeant les plateformes de type Uber ou Deliveroo à transformer les gens qui travaillent pour elles en salariés à part entière avec charges sociales, retraites et horaires fixes. 

Alors oui, si légalement, le deal entre Macron et Uber, ne semble, à priori, pas illégal, il est grave politiquement et moralement. D’ailleurs, le chef de l’État l’a bien compris pour monter aussi vite et en personne, en contre attaque. Il sait qu’il  y a le feu au lac. Sa popularité dévisse jour après jour (-4 points à 37% dans le dernier baromètre Ifop / Paris Match) et sa majorité relative a été sèchement battue sur le pass sanitaire, cette nuit, à l’Assemblée nationale. C’est un rappel au règlement très sec : sa majorité n’est que relative et lorsque les oppositions votent ensemble contre un texte , il est rejeté arithmétiquement parlant . En l’occurrence , glapir à l’alliance des rouge-brun, c’est à dire de LFI et du RN sur le pass sanitaire est d’une mauvaise foi crasse. C’est bien TOUTE l’opposition Nupes/LR/RN qui a voté contre et c’est oublier un peu vite que cette majorité a voté massivement pour les vice-présidences RN au perchoir. Cette nuit, les députés macronistes ont multiplié les réunions de crises, sidérés d’être enfin confrontés à une opposition.  On appelle ça la démocratie. Et tout Emmanuel Macron qu’il est, il faudra bien s’y plier. 

Plastronner, stigmatiser, moquer, ignorer, cette fois, ne suffira plus.

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Cet article a 1 commentaire

  1. Emma

    Tout à fait.
    Sans oublier Bouzou qui decredibilise « le journalisme de plateau « .
    Car si faire le VRP de Uber n’est pas interdit le faire sous la casquette « économiste » est malhonnête.

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