Le Premier ministre Jean Castex face aux lecteurs du Parisien - Photo via Twitter du Premier ministre.
Le Premier ministre Jean Castex face aux lecteurs du Parisien - Photo via Twitter du Premier ministre.

Depuis son entrée en scène, le 3 juillet, Jean Castex n’avait pas encore montré de faiblesses. C’est fait. D’abord, Il a changé de pied sur la question des masques. Entre l’Assemblée nationale (mercredi) et le Sénat (jeudi). Et puis ce premier revirement s’ajoute aux zones de flou laissées par son discours de politique générale, par exemple dans le domaine de la Justice, avec la future création de « juges de proximité » supposés répondre aux « incivilités du quotidien ». Cette annonce du Premier ministre à l’Assemblée nationale a semblé surprendre même le Garde des Sceaux qui a écarquillé les yeux, sans se cacher. Depuis, le ministère de la Justice a fait savoir qu’il ne s’agissait pas de recréer « ce qui a été supprimé en 2017 ». Le monde judiciaire n’en attendait pas moins. Pour le reste, rien de bien clair.

Comme si les remous consécutifs à la prise de parole du nouveau pensionnaire de Matignon ne suffisaient pas, comme si la mise en œuvre du plan de relance et la gestion de la crise sanitaire toujours en cours ne l’occupaient pas assez, Jean Castex a éprouvé le besoin de s’exprimer sur la délicate question de l’anonymat sur Internet. Anonymat qu’il avait évoqué lors de son allocution devant les députés, comme « permettant un recours dévoyé aux réseaux sociaux ». Pas très positif. Pas très nuancé, non plus.

Le Premier ministre n’y est pas allé avec le dos de la cuiller en revenant sur le sujet devant les lecteurs du journal Le Parisien ce jeudi : « Il y a quelque chose de choquant, c’est l’anonymat. On peut vous traiter de tous les noms, de tous les vices, en se cachant derrière des pseudonymes », a déploré le Premier ministre.

Ajoutant, comme sorti d’un autre siècle et pour réveiller les chercheurs de points Godwin : « Dans ces conditions, les réseaux sociaux c’est le régime de Vichy : personne ne sait qui c’est ! Je suis pour la liberté d’expression, mais si on se cache, les conditions du débat sont faussées. C’est un sujet dont il va falloir que l’on s’empare ».

Compte-t-il faire une loi ? Réponse : « Personnellement je pense qu’il faudrait réglementer un peu tout cela. Pour autant, pourrais-je le faire maintenant ? Ce n’est pas certain. Si on commence à dire aux gens que l’on va tout faire, ils ne nous croiront pas. Il faut choisir ses priorités ». Bonne idée.

Autant d’approximation aussi mal à propos et en si peu de lignes, ça laisse craindre le pire. Or, dans le genre incongru, on a déjà eu la proposition de loi Avia contre la haine en ligne, du nom de la députée LREM qui l’a portée, on s’en remet à peine, en remerciant le Conseil constitutionnel d’avoir vidé ce projet de sa substance.

Un mois seulement après ce revers, Castex aurait pu éviter d’aborder le sujet de façon aussi abrupte, et en évoquant le régime de Vichy le jour de l’anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv. Ça fait désordre. Au moment même où le Premier ministre se lâchait, le Président de la République, lui, se fendait d’un tweet rendant hommage aux plus de 13.000 Juifs arrêtés les 16 et 17 juillet 1942 et reconnaissait la responsabilité de l’État français.

La réponse à Jean Castex ne s’est pas fait attendre. Elle est venue de Maître Eolas. Figure anonyme du Web, influent et présent depuis des années (il a fait partie des invités de Sarkozy à l’Élysée en 2010 pour discuter de l’économie et de la régulation d’Internet, c’est dire…), l’avocat a fait mouche. En deux tweets, quelques signes espaces, et tout en corrélant sa démo avec la période de l’histoire imprudemment invitée par Castex, il a expliqué au PM que l’anonymat, c’est d’abord une protection :

« Jean Moulin a pris les pseudonymes de Régis, Max, Rex, Joseph Jean Mercier, Jacques Martel, Romanin, Joseph Marchand, Richelieu et Alix. Pétain et Laval ont toujours œuvré sous leur vrai nom et à visage découvert ».

L’intervention, certes maladroite, de Jean Castex, signifie aussi que le président de la République, favorable à une levée progressive de l’anonymat, n’a pas laissé tomber cette idée qu’il avait abordée de façon assez offensive en 2019. Le chef de l’État n’est pas le seul politique à juger une évolution dans ce sens nécessaire. Éric Ciotti, par exemple, partage aussi cette façon de voir. Il n’est donc pas inutile de rappeler que l’anonymat peut aussi être un outil de résistance. Par ailleurs, en dehors d’une poignée de geeks insaisissables qui le resteront toujours, les internautes sont en grande majorité identifiables via toutes les traces qu’ils laissent sur le Web. Enfin, il n’est pas certain que porter sa véritable identité plutôt qu’une cagoule virtuelle sur Internet diminue l’agressivité. Une étude suisse a même démontré le contraire.

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Cet article a 1 commentaire

  1. Jean-Christophe MIQUEL

    Renault souhaite que les 900 000 00o d😆😃euros versŕs à Dame Dati soient remboursés.

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