Une de Charlie Hebdo republiant les caricatures qui en avaient fait une cible des jihadistes #Toutçapourça.

Ils ont eu le courage de le faire : publier en Une à nouveau les caricatures qui leur avaient valu de devenir la cible des djihadistes. 12 dessins montrant le prophète Mahomet, notamment avec une bombe à la place du turban, et publiées, dans un premier temps, dans le journal danois « Jyllands-Posten » en septembre 2005, puis par Charlie Hebdo en 2006. À l’époque, nous avions assisté à des scènes de colère dans certains pays du monde arabe, où l’on manifestait contre Charlie, la représentation du prophète étant interdite dans l’Islam, a fortiori sa caricature.

Nous ne pouvions pas imaginer que de cette colère religieuse sortiraient les Kalashnikov des frères Kouachi.

Ce jour-là, le 7 janvier 2015, nous vaquions à nos occupations habituelles et puis, les premiers sms sont tombés : « un commando est entré chez Charlie ».

Au début, tout le monde ignorait la nature de ce commando et ce qu’il était venu y faire. Je me souviens d’un texto, reçu d’une ancienne de Charlie « Ils sont tous morts ». Glaçant. État de sidération. Et ce besoin, irrépressible, de se retrouver ensemble, quelque part, en fin de journée. Ce fut la Place de la République, avec cette veillée vers laquelle des milliers de gens ont convergé toute la nuit. On chantait, on pleurait, on allumait des bougies, ensemble, pour se tenir chaud, sans aucune idée ni notion du danger. Les assassins avaient disparu, personne ne savait exactement où ils pouvaient se cacher. Ils auraient pu revenir, tirer sur la foule. Nous nous en fichions éperdument, nous n’y pensions même pas. Nous pensions seulement à Charlie, à ces dessinateurs géniaux qui faisaient partie de notre vie, de notre histoire collective. Mais, la folie djihadiste allait frapper à nouveau, nous mettant KO avec Amedy Coulibaly, proche des frères Kouachi, qui, le 8 Janvier au petit matin, tuait une jeune policière à Montrouge avant, le lendemain, de prendre en otage les clients du magasin Hyper Cacher de la Porte de Vincennes. Il assassine 4 personnes avant d’être abattu par le RAID. Dans le même temps, l’assaut est donné dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële où les Kouachi se sont réfugiés.

3 jours d’horreur, 14 personnes assassinées et une simple phrase « Je suis Charlie » qui fait le tour du monde. La planète entière est « Charlie », de Hollywood à Montréal, de Trafalgar Square à Tokyo, le monde entier endure notre peine.

Et le 13 Janvier, les dirigeants de la planète sont à notre chevet, et marchent ensemble sur le boulevard Voltaire, pour ouvrir cette manifestation qui sera la plus grande jamais organisée dans ce pays, même après la libération.

Des millions de gens défileront dans les rues des villes de France, de toutes confessions, de toutes origines, de tout statut social, côte à côte, dans une immense communion. Nous étions tous Charlie. La France est restée debout et n’en déplaise à certains, oui, il y avait la France Black Blanc Beur dans les rues de ce pays.

Un peu plus de 5 ans après les faits, s’ouvre ce procès fleuve et historique. C’est le premier procès de djihadiste en France puisque celui des assassinats perpétrés par Mohamed Merah a dû être reporté en raison de la crise sanitaire.

Il sera filmé, en raison de son caractère historique et il est prévu pour durer 49 jours durant lesquels comparaîtront 14 accusés, soupçonnés de soutien logistique aux frères Saïd et Chérif Kouachi et à Amédy Coulibaly.

200 personnes se sont constituées parties civiles. Certains rescapés des tueries de Charlie Hebdo et de la prise d’otages à l’Hyper Cacher viendront témoigner à la barre. Un moment vital pour ces victimes, celui de la réparation, même si les auteurs ont été abattus.

Pendant deux mois, nous allons revivre l’horreur djihadiste, celle qui a ensanglanté l’année 2015, puisqu’elle allait de nouveau frapper le 13 Novembre au Bataclan et sur les terrasses du 11ieme arrondissement.

Pendant deux mois, nous aurons aussi à subir les marchands de peurs qui nous expliquent, depuis des années, que la France est livrée au djihadisme et totalement gangrenée par l’Islam politique. Sans nier la réalité de cette offensive radicale, on leur répondra que la société française est résiliente et sage, qu’elle a prouvé sa capacité à rester debout et unie, à ne pas sombrer dans la vengeance anti musulmane, après cette horrible année 2015, puis les attentats de Nice en 2016 et l’assassinat du père Hamel. Pour preuve, le résultat de l’élection présidentielle de 2017. Jamais Marine Le Pen, malgré ce que nous venions de traverser, n’est parvenue à imposer ce thème dans la campagne et à en faire un levier de victoire.

Comparaison n’est pas raison, me direz-vous. Et pourtant, malgré la crise sanitaire, la violence de certains drames à la Une de nos journaux, l’obsession identitaire, sécuritaire de certains polémistes, qui semblent drainer de foules considérables, la grande majorité des Français aspirent à la concorde civile et l’on peut imaginer que, si une telle horreur venait à se reproduire, nous serions tous à nouveau Charlie. Car il ne s’agit pas d’un esprit particulier mais bel et bien de l’esprit français, qui se chamaille, polémique, cultive l’antagonisme mais est capable de se retrouver sur l’essentiel : la République et ce fameux vivre ensemble, qui donne de l’urticaire à certains mais reste, ne leur en déplaise, une réalité profonde, intangible et immuable de notre pays.

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