Enseigante et son élève au tableau - Photo Calliege - Creative Commons
Enseigante et son élève au tableau - Photo Calliege - Creative Commons

« Retour à l’école obligatoire pour tous. Une décision indispensable et responsable ! @Paris tout est sûrement prêt depuis qu’on le demande. J’attends de voir avec amusement les arguments des tire-au-flanc qui comptaient faire le viaduc jusqu’aux grandes vacances ».

Ceci est un tweet en date du 14 juin. Type lourdingue, plouc, adepte du « prof-bashing » redevenu politiquement tendance depuis quelque temps et pratiqué depuis des lustres par tous les anciens cancres qui n’ont de cesse de régler leurs comptes avec l’Éducation nationale pour se venger d’une scolarité dont ils auraient un mauvais souvenir.

Cette attaque publique et frontale sur un réseau social émane d’un conseiller municipal LREM de Paris. Il ciblait évidemment les enseignants, traités, donc, de « tire-au-flanc ». Ceux-là même qui ont supporté depuis le 11 mai une ribambelle d’injonctions contradictoires et ont dû s’adapter tant bien que mal, avec les moyens du bord, au grand n’importe quoi distillé depuis le sommet de l’État dans le désordre. En attendant la revalorisation de leurs salaires, perdue de vue.

L’indignation passée, on ne peut que se demander s’il est bien acceptable qu’un élu s’autorise ce genre de saillie outrancière, alors que l’on exige des élèves, dès le plus jeune âge, qu’ils aient du respect pour leur instit puis leur prof, porteurs de la délicate mission de façonner le monde de demain en diffusant honnêtement savoir et connaissance aux jeunes pousses, malgré une ingratitude sociétale grandissante et des conditions de travail peu enviables, quoi qu’on en pense : il suffit d’en avoir été pour être fixé là-dessus.

Réponse : Non. Ce n’est pas acceptable. C’est même inadmissible. L’exemplarité devrait être de mise pour les citoyens détenteurs d’un mandat électoral. Ce monsieur représente aussi, forcément, des personnels de l’Éducation nationale. On l’oublierait presque, mais ils votent.

On peut imaginer que l’auteur, s’il devait avoir à répondre officiellement de ce dérapage, invoquerait l’humour. Or ce n’est pas drôle. C’est injurieux. Du même tonneau que les propos prêtés à un ministre (anonyme) la semaine dernière. « Si les salariés de la grande distribution avaient été aussi courageux que l’Éducation nationale, les Français n’auraient rien eu à manger. » Intolérable. Insupportable. Mais dans l’air du temps. La preuve.

Hier, lors de son allocution, le président de la République a salué les soignants. Les policiers aussi. Les Français dans leur ensemble ont été caressés dans le sens du poil (sauf les vilains indigénistes). Rien pour les personnels de l’Éducation nationale.

Ils étaient pourtant en droit d’attendre un signe de réconfort de la part du chef de l’État. Après la mise en cause de « décrocheurs » présumés dans leurs rangs, que le ministre Blanquer a promis de sanctionner, et les rafales de scuds qui ont visé indistinctement les plus de 800.000 enseignants de ce pays suite à cette accusation fallacieuse.

Le chiffre perfide est tombé, la semaine dernière, jetant le discrédit sur l’ensemble de la profession : 40.000 enseignants (= 4 à 5 %) se sont retrouvés sur la sellette, tous ont été éclaboussés.

Une estimation à la louche, qui, en réalité, on ne l’a su qu’après, comprend pêle-mêle les enseignants vulnérables qui ont justifié de leur état de santé…  et les professeurs « qui n’ont pas tenu leur obligation de service et n’ont pas apporté de justificatif« . Sans qu’on sache dans quelles proportions avec précision. En plus clair, les détracteurs des enseignants, éditorialistes politiques à audience compris, se sont jetés sur une donnée chiffrée qui ne veut strictement rien dire, mise en avant, à l’origine, par France 2, le comble.

Ça méritait un signe du Président. Il n’est jamais venu. Emmanuel Macron a juste ordonné sèchement aux écoles et collèges de se préparer à accueillir le 22 juin tous les élèves « de manière obligatoire selon les règles de présence normale ». Sauf que les gestes barrières et les lavages de mains fréquents seront toujours en vigueur. Se laver les mains, oui, c’est « normal« … là où les sanitaires, et les moyens, le permettent. Ne pas se toucher, ni s’approcher à moins d’un mètre, ça l’est moins. Surtout pour des enfants et des ados. Mettre en œuvre cette anormalité-là, c’est un sacré chantier. La considérer comme « normale« , c’est être loin de la réalité des couloirs d’écoles et des cours de récré.

Après l’intervention du Président, les enseignants et responsables d’établissements scolaires ont dû mal dormir. Pas seulement parce qu’ils sont ouvertement maltraités et négligés : non content de ne pas leur rendre hommage et de leur balancer une date obligatoire, le Président ne leur a pas apporté la moindre précision. Il ne leur a pas donné LA réponse qu’ils attendaient tous, sur un éventuel assouplissement du protocole sanitaire casse-tête auquel écoles, collèges et lycées sont contraints de se plier depuis le 11 mai.

C’est le ministre qui a levé un peu du flou, ce matin seulement, au micro d’Europe 1, après avoir dénoncé un « prof-bashing absurde ». « Nous avons d’abord eu des professeurs très dévoués et engagés », a-t-il affirmé. « Avec des exceptions, bien entendu, mais pour l’essentiel, ça a été un engagement magnifique ». Dans le contexte, et pour saluer, enfin, sans ombre, l’abnégation de toute une profession, Jean-Michel Blanquer aurait pu se dispenser de la deuxième partie de sa phrase. Il faut croire que c’est plus fort que lui. 

Le ministre de l’Éducation nationale a enfin annoncé qu’une nouvelle version du fameux protocole long comme l’annuaire serait présentée mardi, avec « un allégement fondamental : celui de la distanciation physique ». Forcément, avec la levée du quota maximum de 15 élèves par classe.

Les nouvelles dispositions ont été publiées ce matin au Journal officiel : « Dans les écoles élémentaires et les collèges, l’observation d’une distanciation physique d’au moins un mètre s’applique uniquement dans les salles de classe et tous les espaces clos, entre l’enseignant et les élèves ainsi qu’entre chaque élève lorsqu’ils sont côte à côte ou qu’ils se font face. L’accueil est assuré par groupes qui ne peuvent pas se mélanger« .

D’autres questions demeurent. Le port du masque, les règles drastiques de désinfection des locaux, de circulation dans les couloirs. Il serait hasardeux, d’un point de vue sanitaire, qu’elles soient levées. Mais l’affaire risque de tourner au cauchemar avec des effectifs au taquet.

Pour les lycées, dont le chef de l’État n’a même pas fait mention, « ce sont désormais les règles de la zone verte qui s’appliquent », a dit le ministre. Ils peuvent donc ouvrir avec « une grande marge de manœuvre pour les proviseurs » mais n’en auront pas d’obligation, pour des raisons « pédagogiques » et « sanitaires ». Les élèves au-dessus de 15 ans étant supposément plus contaminants que les écoliers ou collégiens.

Car même si « le gros de l’épidémie est derrière nous », comme l’a indiqué ce matin le ministre de la Santé, le virus circule toujours. Pour l’illustrer, on remarquera par exemple qu’une école élémentaire de Vichy, dans l’Allier, n’accueille plus les enfants depuis lundi matin et jusqu’à nouvel ordre en raison de la découverte de deux cas positifs.

La prudence devra donc demeurer de mise, d’abord pour les personnels scolaires vulnérables, quels que soient les changements annoncés mardi et qu’il s’agira de mettre en œuvre en un temps record. Tout ça pour pour dix jours de classe ou de cours avant les vacances d’été.

Le caractère pédagogique de l’opération reste à prouver. Le concept de halte-garderie semble davantage coller à ce qui se profile. Pourquoi pas, mais il faudrait le dire clairement. Aider les parents en galère n’est pas un objectif inavouable. Pour les collégiens, ça va être sympa de se retrouver, les conseils de classes sont déjà pliés.

Les personnels de l’Éducation nationale, eux, auront bien mérité leurs vacances qui ne seront pas de tout repos. Ils doivent d’ores et déjà s’atteler à préparer une rentrée de septembre prometteuse. Haut les cœurs.

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