Interview d'Emmanuel Macron au 20h de TF1 et France2 ce 14 octobre 2020 - Capture Nos Lendemains.

La France n’a pas si mal fait. C’est ce que le président de la République a commencé par défendre, mercredi soir, lui qui avait déclaré six fois la guerre au coronavirus au mois de mars avant de confiner 67 millions de Gaulois pas si réfractaires et auxquels, en ce temps-là, il était vivement déconseillé de porter des masques. Pas parce qu’on n’en avait pas. Bien sûr.

Emmanuel Macron revient six mois plus tard. La France a enregistré plus de 33.000 décès. Victimes majoritairement enterrées en catimini, pendant le confinement. Leurs familles ont dû pleurer en entendant, mercredi soir, le chef de l’État autosatisfait exhiber ce chiffre sans le moindre hommage à ces morts-là et à leurs proches. Presque léger. Un peu comme tous ceux qui affirment avec cynisme que, grosso modo, ces citoyens-là seraient décédés de toute façon, quelques mois plus tard. « 90 % des gens… de nos concitoyens qui sont morts avaient plus de 65 ans ». RIP. C’est jeune, 65 ans, en France, en 2020. Le (trop) jeune Président s’en rendra compte plus tard.

À l’écouter, Paris n’aurait pas fait moins bien que l’Allemagne. D’ailleurs, Angela Merkel aussi serre la vis : c’est selon Macron la preuve que la France n’est pas si nulle. Sauf que l’Allemagne met un gros coup de frein à 6.638 cas positifs détectés en plus en 24 heures au 15 octobre quand la France, le même jour, a passé la barre des 30.000 pour la première fois, un chiffre jamais atteint en Europe et affublé d’un taux de positivité de 12,6 %. Les Allemands sont deux-trois semaines derrière nous, évalue le chef de l’État français. C’est noté. On remarquera tout de même que la réaction allemande intervient dans certaines zones dès que l’incidence dépasse 35 cas pour 100.000 habitants. Et si nous devons comparer nos morts, allons-y : 9.710 Allemands ont à ce jour été tués par le SRAS-CoV-2, sur plus de 83 millions d’habitants. Contre 33.146 Français sur 67 millions. No comment.

Angela Merkel, physicienne, a écouté et compris Christian Drosten très tôt

C’est qu’en Allemagne, il y a Angela Merkel, physicienne de formation, qui ne fait pas semblant d’être grande. En Allemagne, il y a Christian Drosten, le patron du service infectiologie de l’hôpital universitaire de la Charité, à Berlin. Un virologue de 48 ans, codécouvreur de l’ADN du virus du SRAS à 30 ans. Il a alerté la chancelière. Il lui a expliqué ce qui allait se passer. Elle l’a écouté et compris. Le Professeur n’a pas que des amis dans son pays, on l’a même traité de « Mengele », mais il fait le maxi. L’idée de la période d’isolement réduite, elle vient de chez la Chancelière. Drosten en a parlé dès le mois d’août. Soit dit en passant, il soutient que les enfants ne sont pas forcément moins contagieux que les adultes. La France les considère « peu » contaminants.

Qui Emmanuel Macron, a-t-il a entendu, écouté de son côté … ? Agnès Buzyn, la ministre de la Santé d’alors, qui a confié avoir prévenu le 11 janvier mais a dédouané tout le monde quand ce qui devait arriver est arrivé ? Jérome Salomon, le boss de Santé publique France, dont les balivernes sont devenues célèbres ? Quand a-t-il compris, lui, le génie de la finance ? En mars ? Seulement ? Après moi ? Se comparer à l’Allemagne alors que des Français ont été envoyés à Gerland ou aux urnes quand l’Italie voisine suffoquait juste à côté et qu’à Wuhan, en Chine, les habitants tombaient comme des mouches : il faut oser.

Le rapport d’étape commandé par Macron himself aux fins « d’évaluer la gestion des six premiers mois de la crise sanitaire en comparaison avec ce qui s’est passé à l’étranger » relève la plutôt bonne réaction des autorités françaises sur le plan économique. Point accordé, même si la casse économique et sociale va être terrible. Et même si, à bien y regarder, on n’a pas vraiment fait mieux que les copains : « Alors que la France se situe dans une position intermédiaire en matière de surmortalité, elle présente une chute du PIB particulièrement forte, du même ordre que celle constatée au Royaume-Uni, en Espagne et en Italie ». En tout état de cause on ne peut pas dire que le gouvernement n’a pas été réactif sur ce plan.

Des défauts « d’anticipation, de préparation et de gestion »

La commission emmenée par le Suisse Didier Pittet souligne également la performance du système hospitalier tricolore, la « grande capacité d’adaptation » de ce géant aux pieds d’argile. Et salue un effort « considérable » … mais « par forcément renouvelable ». Les Français le savaient déjà, eux qui ont applaudi les soignants pendant deux mois de confinement chaque soir à 20 heures. Les personnels hospitaliers n’ont semble-t-il pas été récompensés aussi généreusement qu’ils le souhaitaient et le Ségur leur laisse un goût amer. Trois mois après leur dernière mobilisation, Ils ont battu le pavé jeudi, au bout du rouleau et en colère, avant de retourner au front, encore.

Ce que le Président a oublié de mentionner mercredi soir, c’est la sévérité de Didier Pittet. L’épidémiologiste ne se prive pas de pointer des défauts d’anticipation, de préparation et de gestion. C’est très clair, on n’a rien vu venir. « La dynamique de l’épidémie a pris de vitesse tant les systèmes de surveillance sanitaire que les entités chargées de l’anticipation et du déploiement des contre-mesures ». Y-a-t-il vraiment de quoi rouler des mécaniques quand ont regarde les voisins ? Macron n’hésite pas une seconde : « Le rapport d’évaluation montre aussi que la France, si on se compare en mortalité, a bien tenu les choses. Si on regarde sur deux, trois ans, les comparaisons que l’on a faites avec l’Allemagne ne sont pas aussi vraies qu’on le croit ». Quand ces propos froids on atteint mon cerveau, la surprise passée j’ai d’abord pensé avec émotion aux victimes enlevées par le coronavirus à leurs parents, à leurs amis. Et puis j’ai vu rouge. Ce n’est pas comme ça qu’un Président de la République devrait parler de 33.000 citoyens dont les dépouilles ont été expédiées par dizaines au Marché de Rungis ou autre lieu bien glauque. À sa décharge, il n’a pas de chance de se trouver à l’Élysée à ce moment-là et on n’aimerait pas être à sa place. Ça n’excuse pas tout. Macron n’a montré aucune humanité, aucune compassion. Ce n’était pourtant pas incompatible avec un message d’espoir. Et encore moins avec une restauration de la confiance. Faire du Trump en racontant des salades n’est pas une bonne option.

90 % des 22 millions de Français sous couvre-feu affirment qu’ils obéiront

La vérité, c’est que la France a été aveugle pendant que l’Allemagne planifiait. Le 24 janvier, Agnès Buzyn, ministre de la Santé, déclarait : « Le risque d’importation de cas depuis Wuhan est modéré, il est maintenant pratiquement nul puisque la ville est isolée ». La veille, le 23 janvier, en Allemagne, Christian Drosten tweetait que lui et ses équipes avaient mis au point un test PCR. Ils attendaient la bestiole de pied ferme pendant que la France pensait encore échapper à cette « grippette ». Aujourd’hui, le virologue berlinois est inquiet et ne fanfaronne pas : « Nous avons réagi avec exactement les mêmes moyens que les autres. Nous n’avons rien fait de particulièrement bien. Nous ne l’avons fait que plus tôt. » Humilité louable.

Avec tout ça, jusqu’à 62 % des Français des territoires sous couvre-feu à partir de samedi sont tout de même d’accord pour s’asseoir sur leurs libertés. Ils seront encadrés par des policiers qui, cette fois-ci, n’auront pas interdiction formelle de porter de masques pour procéder aux contrôles, comme ça avait été le cas en mars. 90 % des 22 millions de citoyens qui vont être mis sous cloche tous les soirs à 21 heures affirment qu’ils obéiront au Président. La moindre des politesses serait qu’en échange celui-ci respecte leurs morts au lieu de les instrumentaliser. Les comptes se règleront dans les urnes, tôt ou tard. En attendant, merci pour l’argent magique qui va tenter de limiter lles dégâts dans les territoires concernés, que d’autres métropoles pourraient rejoindre. Il faudra être patient, a prévenu Olivier Véran. Ça va être plus difficile pour certains Français que pour d’autres. Ce seront sûrement les moins indulgents à la fin de l’histoire. Pas avant « au moins » l’été 2021.

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