Armoire électrique du Phare des Baleines, Ile de Ré - Photo © Razak
Armoire électrique du Phare des Baleines, Ile de Ré - Photo © Razak

La défiance politique est un phénomène bien connu, décortiqué, observé sous toutes les coutures – mais à laquelle les commentateurs et acteurs politiques prennent hélas rarement la peine de hasarder des solutions… comme si c’était une malédiction, un fléau inéluctable… Parmi les mille ruisseaux qui en nourrissent le fleuve – ou devrait-on désormais parler de torrent, de tsunami ? -, se trouve une réalité que nous ressentons particulièrement en ces temps de COVID : la déconnexion. C’est-à-dire le sentiment, partagé par un nombre croissant, et désormais écrasant de nos concitoyens, que « eux » et « nous » ne vivons pas dans le même monde, ne partageons ni les mêmes craintes, ni les mêmes difficultés, ni mêmes des aspirations semblables… bref, que nous ne vivons pas dans la même réalité.

Les exemples abondent, et celui des tests restera sans doute dans les annales. Souvenons-nous : au creux du mois d’août, certains (essentiellement parisiens, à ce moment là, car là étaient les tensions) ont commencé à se plaindre dans les médias et sur les réseaux de ce qu’il était de plus en plus long et difficile de se faire tester. Les « autorités » répondirent « tensions ponctuelles », « ça va se résorber », quand elles prirent la peine de répondre… Leurs statistiques, dument remontées chaque jour (ou semaine ? le sait-on ?) par les voies hiérarchiques autorisées jusqu’au ministère, ne faisaient état de nulle tension grave. La montée en charge se poursuivait comme prévu. La suite, on la connait : il a fallu des semaines pour que le ministère avoue, à demi-mot, des problèmes « d’organisation »…

Il suffisait pourtant de descendre dans la rue – à Paris, en tout cas, je n’ai pas fait l’expérience ailleurs – pour se rendre compte que le discours officiel ne correspondait pas à la réalité. Du moins, à celle des Parisiens…

L’on pourrait citer mille exemples de ces petites trahisons des Politiques par leurs chiffres, et des experts par leurs tableaux Excel, auxquels ils se cramponnent avec l’idée que le chiffre signifie le contrôle du réel. Quand les courbes de décès et de contaminations volent au-dessus de nos têtes, pour ne finir par dessiner qu’un plat de spaghettis fort peu digeste, que faire d’autre qu’utiliser nos yeux, nos oreilles, écouter nos voisins et nos amis, et se dessiner une réalité à partir des bribes qui nous sont directement accessibles ? C’est ainsi qu’un fossé se creuse entre le « micro » de l’expérience personnelle, et le « macro » saisi par les statistiques publiques, et que la défiance vis-à-vis des chiffres que l’on nous donne se mue peu à peu en rejet pur et simple.

Qui est en tort ? L’employé de bureau, ou le politique, qui ne prend plus le temps de descendre dans la rue, d’aller dans un hôpital, ou un EHPAD ? Ou bien le citoyen, qui ne comprend déjà plus rien à rien, et cherche à donner un peu de sens à une actualité qui semble déjà en avoir si peu en temps normal ?

Dès lors, nous pourrions commencer, en guise de réponse modeste à la crise de confiance politique que nous vivons, à tenter de remédier au sujet. Si les suivants ne le sont nullement, le premier pas semble évident : sans céder au populisme, les dirigeants politiques et administratifs pourraient interroger davantage leurs chiffres, et les confronter un peu plus souvent à la réalité « du terrain ». J’ai connu un ex-Ministre qui imposait aux membres de son cabinet de faire du « terrain » au moins une fois par semaine ou tous les 15 jours. C’était il y a plus de dix ans, mais la solution, pour modeste qu’elle soit, n’en est devenue que plus nécessaire en temps de COVID…

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Cet article a 1 commentaire

  1. thierry

    fachée avec l’orthographe, madame? cherchez, vous trouverez….

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