Angela Merkel et Emmanuel Macron échangent au Sommet Européen de juillet 2020 consacré au place de relance - capture vidéo France24.
Angela Merkel et Emmanuel Macron échangent au Sommet Européen de juillet 2020 consacré au place de relance - capture vidéo France24.

En mars 2020, en pleine généralisation de la pandémie, Emmanuel Macron lançait sur les écrans de télévision sa fameuse expression passée à la postérité : « La santé n’a pas de prix. Le gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies. Quoi qu’il en coûte ». Surpris par cet engagement d’un président volontiers libéral, chacun s’est pris à douter. Serait-il devenu keynésien avec la crise sanitaire qui envahit la France ? Alors qu’à l’époque son gouvernement mégotait pour 3 milliards manquants sur le budget des retraites, changement de fusil d’épaule, on allait dépenser sans compter, à la santé de la population. Un pavé jeté dans le jardin des fervents européens rigoristes adeptes de la dette zéro.

Une exception toute française ? Quasi gaullienne ? En fait non, plutôt une politique de la demande de soins à l’échelle européenne. Car tous les voisins ou alliés de la France, y compris les Etats-Unis de Donald Trump, ont choisi cette option, en ouvrant les vannes financières, pour contrer les conséquences du méchant coronavirus. Et les chiffres de dépenses s’avèrent cruels pour le chef de l’Etat ; comparé à ses voisins, le gouvernement français s’est montré plutôt pingre avec sa population en pourcentage de PBI, c’est-à-dire en fonction de la richesse créée, et redistribuée. Dans une son étude comparant les montants des plans de relance de quatre pays européens (Allemagne, Italie, Espagne, France), l’économiste de l’OFCE, Mathieu Plane observe, dans Alternatives Economiques de janvier : « Le premier est composé des grands pays de la zone euro, qui ont une réponse budgétaire importante mais plus faible que la moyenne de l’OCDE, allant, d’après ce calcul, de 2 points de PIB pour la France à 4,5 points de PIB en Italie (entre 3,5 et 4 points de PIB en Espagne et en Allemagne). La France se distingue dans ce groupe par la réponse budgétaire la plus modérée ».

L’Espagne, malgré une situation dégradée, n’hésite pas à se lancer dans un plan de relance ambitieux. Le Premier ministre Pedro Sanchez veut profiter de ce moment de rupture pour faire avancer son pays vers une évolution de son modèle économique. Il propose, grâce aux fonds européens, une enveloppe de 72 milliards en trois ans pour son projet de transition écologique. Dans le détail, 37 % des investissements destinés à la transition verte, 33 % à la numérisation de l’économie espagnole. Le dernier tiers sera consacré à un plan de financement en faveur de l’égalité et la cohésion sociale et territoriale. En Italie, malgré un contexte de fragilisation politique, le Premier ministre, Giuseppe Conte, a annoncé son projet d’investissement « Recovery Plan » du montant astronomique de 222 milliards d’euros. Problème, pas sûr que son successeur, l’ancien directeur de la BCE Mario Draghi, suive à la lettre ce plan de relance plutôt risqué pour un pays déjà très endetté. Il n’empêche l’ambition est là. Reste, la puissante Allemagne, avec sa dette maitrisée, son économie florissante malgré la crise. Angela Merkel, la chancelière, présente un (modeste) plan de relance de 130 milliards à peine, en deux ans, destinés à soutenir les entreprises en difficultés, mais aussi les consommateurs, par la baisse de la TVA sur les produits courants. Enfin, des subventions aux familles et une augmentation de la prime pour l’achat de voitures électriques

Fin du quoi qu’il en coûte en 2021 ?

A côté, et à long terme, La France se montre un peu chiche, malgré un chef de l’Etat, qui assurait dès le 12 mars 2020, un soutien total des pouvoirs publics aux populations comme aux entreprises : « L’État prendra en charge l’indemnisation des salariés contraints à rester chez eux. Toutes les entreprises qui le souhaitent pourront reporter sans justification, sans formalité, sans pénalité, le paiement des cotisations et impôts dus en mars ». Un an plus tard, des promesses tenues, notamment pour les secteurs les plus touchés : culture, restauration, tourisme. Il n’empêche, des voix se font entendre sur la fin du bal qui obligera à payer les musiciens. En 1er de cordée des cordons de la bourse déliée, le ministre de l’Economie, Bruno Lemaire et ses menaces de devoir rembourser la dette Covid, soit un total actuel de 186 milliards. Son collègue ministre des Comptes publics, Olivier Dussopt, place la barre encore plus haut en estimant que « le quoi qu’il en coûte français devrait s’achever dès cette année. Si 2021 marquera la fin de la crise et de la pandémie comme tout le monde l’espère, il faut aussi que 2021 marque la sortie du quoi qu’il en coûte ».

En fonction des variants anglais, sud-africains et brésiliens, l’heure de fin du quoi qu’il en coûte n’a pas sonné. En dépit des menaces sur les retraites, les allocations chômage, l’année 2021 devrait ressembler à l’année 2020. Cette fois, la politique de soutien du gouvernement sera scrutée à la loupe, et ne devra pas claironner sa grande générosité si des pays comparables s’avèrent plus dépensiers. Certains économistes réputés, comme Thomas Piketty, Daniel Cohen, n’hésitent pas à défendre l’idée de creuser encore davantage la dette pour réussir à changer de modèle pour le financement de la transition écologique. Avec des taux d’intérêts inexistants, un supplément de dette française d’une centaine de milliards serait largement supportable pour les finances de la France à long terme… Peut-être un peu trop keynésien pour le président Macron.

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