Éric Woerth et Marisol Touraine, ralliés à Emmanuel Macron, pas encore officiellement candidat. Photo E. Woerth capture video LCI - M. Touraine Camille 75000 Creative Commons.

Autour de La République En Marche, la droite rôde. Dès 2017, avec le choix de ministres, à des postes clés, comme Édouard Philippe, Bruno Le Maire, suivi bientôt de Gérald Darmanin, Emmanuel Macron allait donner le ton d’une politique de l’offre, à mille lieux des promesses « d’en même temps ». Aujourd’hui, à l’orée des présidentielles de 2022, le reflexe rassembleur opportuniste renvient à la mode. Une tentative de France unie mitterrandienne. Pour ce faire, le président de la république envoie au front un micro parti se disant de gauche : Territoires de Progrès qui regroupe d’anciens socialistes en rupture de ban, et allié indéfectible de LREM. Une espèce de voiture balais chargée de racler les fonds de la mer socialiste s’apparentant à une mer d’Aral électorale. Du moins sur un plan national. Pourtant, force est de constater qu’Emmanuel Macron penche toujours à droite, et dans ses projets de retraite, de rendre payant les études universitaires, et dans les débauchages qu’il accumule, en quantité comme en qualité.

C’est vrai, des socialistes cèdent encore aux sirènes macronistes, malgré les cadeaux aux plus riches, les coups portés aux allocataires des APL, aux projets de retraites. En même temps, au vu des profils recrutés par LREM, ce parti peut être rassuré quant à ses options politiques ; des anonymes et des vieilles gloires composent cette liste, même pas à la Prévert. Premier de cordée et de corvée, à gauche, l’anonyme ex-député socialiste Edouado Rihan Cypel. Au bout de cinq années de procès contre Macron, il a fini par rejoindre, via Territoires de Progrès, ses adversaires politiques qu’il honnissait. Sa justification ?  « Quand je vois la situation de mon parti et des autres formations de gauche, je les trouve irresponsables et pas au niveau, la radicalité plutôt que la responsabilité. Cette direction a théorisé l’effacement du PS et elle est en train de tenir sa promesse ». Plus étonnant, le ralliement de Claude Bartolone, ancien président de l’Assemblée nationale. Disparu des radars depuis 10 ans, il effectue un retour en trombe, par son contre-pied, lui, figure de la gauche jospinienne. Son arme de conviction massive, la montée de l’extrême droite : « Si j’estime que la démocratie est en danger et que c’est la seule alternative, je voterai Emmanuel Macron dès le premier tour. Ce sera un vote de protection et non d’adhésion ». Encore plus prudent, François Rebsamen, maire de Dijon, et proche de Manuel Valls, le félon de 2017, prend des pincettes dans son soutien à Emmanuel Macron. Surtout ne pas insulter l’avenir, « Je suis socialiste. Je reste socialiste. Je ne rejoins pas LREM ni Territoires de progrès. Pour mon vote à la présidentielle, c’est autre chose ». 

Le pompon revient à Marisol Touraine et Elizabeth Guigou dont le “ralliement” a été largement commenté hier avec assez peu de recul puisque ces deux anciennes ministres socialistes sont déjà passées avec armes et bagages chez Emmanuel Macron depuis la présidentielle de  2017 ! Une façon pour elles de dire “Coucou , nous sommes là” avant une éventuelle victoire et une encore plus hypothétique entrée au gouvernement . Une façon pour LREM de faire croire que la dynamique de 2022 est comparable à celle de 2021, ce qui est évidemment faux. 

Suppression de l’ISF, la droite l’a voulu, Emmanuel Macron l’a fait

Pas de pudeur de gazelles en revanche, à droite, où l’on est en macronie comme à la maison. Selon les fraîchement convertis , le chef d’État fait ce que Nicolas Sarkozy a rêvé de réaliser. En premier lieu, la suppression de l’ISF. Et, dans la perspective de l’élection présidentielle, ça se bouscule encore au portillon, tous volant au secours de la victoire annoncée. Dernier débauché, l’éléphant LR Eric Woerth, président de la commission de lois à l’Assemblée nationale. Un vrai couteau de couteau dans le dos pour Valérie Pécresse ! Sévère, il l’est désormais avec ses anciens amis, « Je pense profondément qu’un second mandat d’Emmanuel Macron serait une chance pour la France, je n’adhère pas au discours de LR, qui décrit une France qui n’est pas tout à fait la mienne, une France nostalgique, recroquevillée sur elle-même ». Symboliquement, le soutien de Natacha Bouchard, maire de Calais, ville célèbre pour ses problématiques de migrants, fait encore plus mal à LR. La question migratoire apparaissant comme le tendon d’Achille du président de la République. Cette passionaria de la droite lui donne le point par une pirouette, « j’aborde cette présidentielle sans esprit partisan, mais par le biais uniquement de l’intérêt général de Calais, une ville exposée en permanence, les actes du président face à la difficulté de la gestion migratoire. Ma position est de vouloir être utile au futur président de la République que j’espère être Emmanuel Macron ». Quant à Christian Estrosi, maire de Nice et gros poisson sarkozyste, il loue la politique clairement libérale du chef de l’Etat en lui adressant de francs satisfécits. « Je suis issu d’une filiation de la droite et du centre voulue par Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, c’est lui qui incarne cette filiation, ne serait-ce que dans les réformes qui ont été faites. Le Code du travail, la droite l’a voulu, Emmanuel Macron l’a fait. Les régimes spéciaux, la droite les a voulus, Emmanuel Macron les a faits. L’ouverture à la concurrence de la SNCF pour les transports express régionaux, que j’ai réclamée quand j’étais président (de la région Paca), la droite l’a voulue, Emmanuel Macron l’a faite. L’ISF, la droite l’a voulu, Emmanuel Macron l’a fait ».

N’en jetez plus, voilà Emmanuel Macron habillé pour le printemps droitier. Preuve qu’il a quitté son bord officiellement originel de gauche, pour les rives de la droite, de la politique de l’offre, et des fameuses réformes dont le pays a besoin, selon la rhétorique des partis conservateurs depuis trente ans. Une espèce de label très utile pour contrer la candidate de LR, Valérie Pécresse. Pendant ce temps, le micro parti Territoires de progrès tente vainement d’attirer en Macronie ce qui reste de la gauche réformiste. Au final, pas de beaux brochets, plutôt du menu fretin… Et encore, honteux ou très hésitant.

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