Didier Raoult - Capture vidéo
Didier Raoult - Photo IHU Méditerranée Infection

Adulé, détesté, méprisé ou admiré, fou ou génie… on aura tout dit de Didier Raoult. Il est devenu une figure nationale, un de ces « personnages » autour desquels, en bons gaulois sortis d’un album d’Astérix, nous adorons nous étriper en attendant que le ciel nous tombe sur la tête.

A tort ou à raison, il fait désormais partie du débat politique national. Bien que sans ambitions politiques, il pose des questions qui le sont profondément, il bouscule les politiques aussi – Véran, dans sa précipitation à réagir à l’étude « foireuse » du Lancet, y laissera quelques plumes…

Bref : Raoult est un OPNI. Objet politique non identifié. Nul ne sait où le classer, mais personne n’est indifférent.

De quoi Raoult est-il le nom ?

Certains diront : de notre ignorance crasse des procédures scientifiques ; de notre besoin de gourous et de solutions miracle en temps de crise… Avec 27% de mauvaises opinions dans le dernier baromètre Kantar pour le Figaro Magazine, il s’avère plus clivant que beaucoup de personnalités politiques de la période – plus que Véran (25%), Le Maire (25%), Pécresse (24%) Sarkozy (23%) ou Darmanin (25%). Un exploit pour un « non politique », quand on connait la défiance abyssale installée entre citoyens et politiques.

Cool Raoult

D’autres crieront au génie. Avec 26% de bonnes opinions, il se classe en effet au 3e rang des personnalités politiques les mieux jugées dans la période actuelle (jugement porté sur leur manière de faire face à la crise du coronavirus). Il se trouve ainsi à égalité avec Olivier Véran, un de ses principaux « ennemis » dans la période.

Il incarne dans le récit médiatique une sorte de vengeur masqué (masqué non, en tout cas sur les photos et dans ses vidéos) des humiliés, ou de ceux qui de plus en plus se sentent victimes d’un « système », qu’il soit politique, médiatique, administratif ou économique.

D’aucuns ont d’ailleurs utilisé ce caractère « hors système » de Raoult pour mieux le disqualifier : il serait, à leurs yeux, le héraut de Gilets jaunes que l’on adore mépriser. Ici, souligner qu’il ne serait adoré que par les Gilets jaunes est évidemment une manière de le disqualifier.

Coqueluche des… retraités

Or, fait étonnant, l’étude Kantar nous indique qu’il est effectivement populaire auprès des catégories plutôt modestes, mais surtout, elle montre qu’il est particulièrement populaire auprès des retraités (un tiers de plus de 65 ans en ont une bonne image). Elle est en cela convergente avec une étude Elabe pour BMFTV, qui indique que si les ouvriers et employés ont une image plus positive de Raoult que les catégories supérieures (39% contre 34%), c’est surtout chez les retraités – et donc a priori pas chez les « Gilets jaunes », parmi lesquels de nombreux commentateurs ont voulu voir les principaux admirateurs de Raoult – que Raoult est apprécié (46% des retraités en ont une image positive).

Raoult est également, d’après nombre d’observateurs, le provincial qui donne des leçons à « Paris », et l’on observe bien dans le baromètre Figmag qu’il est plus populaire dans les zones rurales (26%) qu’à Paris (23%). Mais l’ampleur de la différence ne justifie pas véritablement le récit médiatique qui oppose la province et Paris dans leur rapport à Raoult. En outre, entre les villes de 2000 à 20000 habitants (29% de bonne image) et celles de plus de 100 000 habitants (27%), il y a bien peu de différences.

Il est celui dont l’égo démesuré n’a d’égal que ceux de ces sachants qui, depuis le début de la crise, ne semblent guère avoir fait la preuve que de leur arrogance excessive.

Enfin, il est le hérault du « bon sens » dans un pays qui, de plus en plus, ne semble plus tourner très rond aux yeux d’une partie de l’opinion. Or, ici encore, les sondages viennent démentir une lecture médiatique un peu rapide, qui voudrait que les intellos ne souscrivent pas à ses balivernes, alors que les moins éduqués se laisseraient berner. En réalité, les non diplômés en ont une bonne image à 24%, et les diplômés du supérieur à 26%. Des écarts qui, là encore, ne sont pas abyssaux.

Finalement, Raoult n’est jamais là où on l’attend, et n’est pas dans les yeux des Français ce que les observateurs politico-médiatiques y voient. Nul doute qu’il n’a pas encore fini de nous surprendre…

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