Étudiants en cours à la Sorbonne, Paris bien avant la covid19 - Photo Camille Stromboni - Creative Commons
Étudiants en cours à la Sorbonne, Paris bien avant la covid19 - Photo Camille Stromboni - Creative Commons

La crise sanitaire qui touche la France et l’Europe tout entière va sans aucun doute appauvrir l’ensemble de nos pays.
Un appauvrissement à plusieurs niveaux.
Conséquences directes de la seule mesure phare retenue par les états pour tenter d’endiguer la vague épidémique, c’est le re-con-fine-ment.

Nous voilà, toutes et tous emprisonnés entre nos quatre murs et même si l’interdiction de circuler, de se mélanger, est plus light qu’au printemps dernier, même si l’on peut, de fait, aller travailler quand le télétravail n’est pas possible, aller à l’école ou même aller faire ses courses agglutinés dans les grandes surfaces, comme si le virus n’y circulait pas… La réalité est limpide, quelque soient les milliards déversés, nous allons tous y laisser des plumes et pour des décennies.
Salariés licenciés, commerçants ou artisans en faillites, mais aussi une génération entière d’étudiants sacrifiés.

La France compte presque trois millions d’étudiants. Aujourd’hui, alors que les universités sont fermées pour cause de Covid19, ils suivent tant bien que mal, les cours à distance. A Paris par exemple, c’est le cas de Flora, 21 ans, étudiante en histoire, issue d’une famille modeste de l’Est de la France.
Depuis plusieurs mois, la jeune fille a le moral à zéro.
Elle qui avait un petit boulot, le soir dans un bar Parisien, trois fois par semaine, elle qui parvenait à s’autogérer, finançant sa petite chambre de bonne de 9 m2 sous les toits dans le 19ème arrondissement, elle qui parvenait à s’alimenter relativement correctement, elle a fait appel pour la première fois, au mois d’Octobre, aux associations caritatives pour pouvoir remplir son frigidaire et manger, tout simplement .
– « Je ne l’ai pas dit à mes parents, je ne veux pas les inquiéter » affirme-t-elle et d’ajouter, « ce n’est pas possible quoi, j’vais pas crever de faim, quand même ! »

Au Printemps dernier, lors du premier confinement, 74% des étudiants ont rencontré des difficultés financières. Les vingt-quatre épiceries sociales et solidaires de la FAGE (Fédération des associations générales étudiantes) ont reçu 13 000 bénéficiaires et distribué 30 000 paniers repas par semaine, pendant trois mois. Au total, c’est plus que depuis la création de ces épiceries en 2011. Bref, c’est du jamais vu !

Flora de son côté n’a pas retrouvé de petits boulots, depuis le confinement du printemps et elle l’avoue, ce reconfinement, c’est le coup de grâce.
-« Je ne suis même pas sûr de pouvoir payer mon loyer en Novembre, j’ai puisé dans mes économies, il me reste 850 euros sur mon livret A ».
Le logement, c’est le 1er poste de dépenses pour les étudiants. Certes, le gouvernement a versé 150 euros pour les bénéficiaires des APL, mais cela ne représente qu’un tiers d’un loyer moyen.
Le loyer de Flora s’élève chaque mois à 560 euros, toilettes et douche sur le palier.
-« C’est pas Versailles, mais ça me permet d’avoir un toit. Le problème, c’est que si je ne trouve pas de petit boulot avec cette crise, je vais devoir lâcher cette chambre. Aujourd’hui, des étudiants sont à la rue, j’en connais, j’ai même un ami à Rouen qui vit dans un camping, pas le choix. C’est compliqué d’étudier dans ces conditions ».

Les étudiants, parmi les premières victimes du confinement sur le marché de l’emploi, ne parviennent plus non plus à se soigner.
30% ont renoncé aux soins, depuis le mois de Mars dernier, selon la FAGE. Beaucoup de jeunes n’ont pas les moyens de se payer une mutuelle. La fédération demande un filet de sécurité minimal, comme l’ouverture automatique d’une complémentaire solidaire pour aider les étudiants à se soigner.

Flora pour sa part , ne sait pas de quoi demain sera fait et de citer Marx.
Un homme qui ne dispose d’aucun loisir, dont la vie tout entière, en dehors des simples interruptions purement physiques, (le sommeil, les repas) est accaparée par son travail, pour le capitalisme est moins qu’une bête de somme. C’est une simple machine à produire des richesses ».
« Sauf qu’avec ce confinement, même cette citation de Marx risque à terme, d’être battu en brèche, tellement la situation est grave » conclu-t-elle.

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