Environnement, tourisme, urbanisme : pourquoi nous devons tout changer par Rosamaria Maggio, professeur de droit et d’économie à Cagliari, contributrice régulière du célèbre blog italien democraziaoggi.it qui rassemble des juristes, des avocats, des simples citoyens pour réfléchir sur la démocratie.
À travers trois exemples concrets, Rosamaria Maggio, citoyenne d’un pays littéralement traumatisé par l’épidémie, nous explique pourquoi ces changements sont non seulement nécessaires mais inéluctables.

Ivresse de la vitesse, éloge de la lenteur

Le siècle dernier a été caractérisé par une accélération de nos rythmes de vie. Ce changement de nos habitudes a certainement commencé bien plus tôt, avec la révolution industrielle, la mobilité nationale et internationale des personnes, une nouvelle division du travail, une manière différente de comprendre le village et la ville. La réorganisation du travail a entraîné un changement dans notre vie familiale et sociale, ainsi que dans l’organisation du territoire, dans la mobilité urbaine et périphérique. Nous avons découvert la vitesse des relations, des situations, du travail. Nous avons appris à faire en 24 heures des choses qui nécessitaient auparavant des temps beaucoup plus longs. Nous avons voyagé, nous avons visité des lieux lointains, dans des pays que dans une autre époque nous auraient paru inaccessibles. Tout cela nous a enivrés.  
Aujourd’hui, en quelques heures, nous pouvons nous rendre dans l’autre hémisphère, en temps réel nous pouvons communiquer et voir notre interlocuteur en ligne. Il y a moins d’un siècle, il y a environ 60 ans, il fallait s’embarquer dans un bateau et naviguer les océans pendant des longues semaines. Le même système nous permettait d’envoyer et de recevoir une lettre : un mois pour envoyer et un mois pour recevoir !

La surconsommation touristique : un saccage environnemental

Il y a quelques jours, j’ai suivi un reportage dans une télévision locale où le journaliste a interviewé un tour-opérateur de l’un des plus beaux endroits du monde, le golfe d’Orosei, en Sardaigne. L’opérateur s’est félicité du développement économique de cette zone, qui a réalisé un chiffre d’affaires substantiel jusqu’à la dernière saison estivale, et a déclaré avec fierté qu’il avait réussi à amener 1000 personnes par jour à Cala Mariolu (multiplié par 90 jours d’été, cela fait 90.000 personnes dans un petit crique de quelque centaine de mètres carrés). J’ai eu un frisson. Comment cela a pu arriver ?La plage est petite et donc une pression de cette intensité ne peut guère être bénéfique pour l’environnement, avec ou sans Covid-19. Comment imaginer que le tourisme de masse, qui s’est développé de manière spectaculaire ces 20 dernières années, puisse se poursuivre comme si de rien n’était, avec de telles concentrations de personnes , des bateaux de croisières , des hôtels gigantesques . En Italie , nous avons un réseau très pittoresque, les « Albergo diffuso », qui sont des petits hôtels de charmes mais « éclatés » en plusieurs bâtiments dans les villages où les petites villes. Peut être faudra t-il encourager ce type de tourisme.

La campagne au secours des villes

Et c’est Stefano Boeri architecte urbaniste très connu en Italie qui l’a dit il y a quelques jours dans « La Repubblica ». Il pense que le changement significatif dans la réorganisation des espaces de ville est nécessaire. La nécessité de l’éloignement va entraîner une réorganisation des centres urbanisés et peut-être une reprise de la vie à la campagne, surtout si le travail à distance prend le relais dans beaucoup d’emplois et professions. Ce télétravail allégera la pression sur les grandes villes. Il imagine même, dans cette interview, que les grandes villes pourront s’emparer des espaces ruraux voisins. Cela entraînerait également une diminution de la pression des transports, publics et privés. « Il nous faut » dit il – « une campagne pour faciliter la dispersion et la rétractation de l’urbain« .

Le drame brésilien

De son côté le grand photographe Sebastian Salgado, en abordant le problème du Covid-19 au Brésil, et notamment, dans la forêt amazonienne, souligne comme la complexité de la situation au Brésil, où il n’y a pas d’hôpitaux et il manque un système de santé fluide et présent sur tout le territoire… Le nombre de morts réelles est certainement 10 fois plus élevé de celui que donne officiellement le gouvernement brésilien .Salgado prétend que l’Amazonie est à la veille d’un génocide et qu’un comportement solidaire et cohérent est vital au moment où le chef de l’État brésilien appelle à ne pas suivre la quarantaine alors que les gouverneurs et maires invitent à la prudence.

Ce ne sont que 3 exemples de ce qui changera avec la pandémie. Que nous le voulons ou pas.Le tourisme, l’exploitation des ressources naturelles, la vie dans les grandes villes, ne pourront pas continuer de la même manière. Nous pouvons décider de succomber ou repenser notre modèle économique et de développement.

Repenser tous les domaines essentiels de notre vie

L’Italie doit tout repenser.
Avant tout, le système de santé. Qu’il soit géré par l’État ou par les
 Régions, qu’il soit public , privée ou mixte, il est nécessaire de prévoir l’existence d’un système de santé territorial, qui puisse analyser immédiatement les besoins de santé des citoyens dans la phase qui précède l’hospitalisation et qui, le cas échéant, puisse éviter l’hospitalisation de nombreuses personnes.

L’éducation publique doit aussi se réinventer. Beaucoup d’éducateurs réfléchissent à l’idée d’ offrir des espaces nouveaux, pour des groupes d’élèves afin qu’ils soient moins importants, et que les enfants et les adolescents puissent vivre une vie scolaire sereine avec leurs professeurs et le personnel scolaire.

Les transports, publiques et privés, devront à la fois être plus respectueux de l’environnement (bus électriques ou au gaz naturel) mais devront également probablement réduire leur taille, conditions réalisables si nous procédons à une décentralisation urbaine.

Probablement allons nous donc passer, dans les années qui viennent, d’une société des mégapoles à une société des villes moyennes, et des commerces de taille moyenne à la dimension du quartier et non pas à celle des gigantesques centres commerciaux. La question se posera également, si l’on suit une cohérence de la taille des entreprises, des lieux de travail . L’open Space est il toujours d’actualité ou bien allons nous vers des lieux de plus en plus petits ou dématérialisés ? La question se pose également pur la culture ? Même après la crise du covid19, peut être faudra t il repenser nos activités culturelles et récréatives dans les grands espaces Mais aussi les soins personnels, les restaurants, les petits cafés, tous les magasins, pour respecter les protocoles de sécurité devront être repensés. Les initiatives culturelles et récréatives dans les grands espaces extérieurs devront être organisés différemment qu’avant.

Beaucoup de questions , peu de réponses

Il est indéniable que ce qui s’est passé est résulte d’une pression illimitée sur l’environnement.
Quelle relation existe-t-il entre le nombre d’infections et la pollution atmosphérique ? Quelle relation avec la densité du logement ? Avec le trafic routier et l’industrialisation ?Sans avoir de véritables réponses, nous avançons par intuition.
Il est évident que l’exploitation excessive du territoire est en cause, telle que les projets de construction sans limites ou les lois d’amnistie immobilière comme il en existe en Italie. La pression immobilière devra être remise en cause.

Nous avons encore beaucoup de temps devant nous avant de revenir à la normalité. Mais quelle normalité ?Les virologues nous ont montré comment ce virus dit Covid-19 a circulé et s’est diffusé très rapidement, non pas à pieds, comme il l’a fait par exemple il y a 4 ou 5 siècles le virus de la rougeole (également d’origine animale et précisément bovine), mais en business classe, atteignant les terres les plus éloignées de celles de la première infection humaine, en très peu de temps. Peut-être que tout cela représente une grande opportunité pour l’homme. Une belle occasion de réfléchir sur son existence sur la planète et sur les conditions pour la rendre encore possible.

Par Rosamaria Maggio

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