Capture écran France2 soirée électorale 27 juin 2021.
Capture écran France2 soirée électorale 27 juin 2021.

La France se réveille comme elle s’est endormie : lassée par les bagarres politiques sans fin, les excommunications délétères, “fachos”, “islamogauchistes”, les affaires, la communication à outrance, les promesses non tenues, les  mots valises et les débats débilitants sur des sujets censés les passionner mais qui n’ont crée, en réalité, aucun enthousiasme, aucun élan. Elle a décidé, pour une large part, de faire la grève des urnes. Une grève qui touche toutes les catégories désormais : ça n’est plus  le jeune, travailleur pauvre, l’ouvrier qui ne votent pas. Ce sont aussi les CSP+ , les cadres moyens, ceux qui, a priori, ne prennent pas la mondialisation de plein fouet. Les Français boudent, disent à leur classe politique qu’ils veulent autre chose, du fond, de l’espoir, une revitalisation. À l’évidence, elle ne l’entend pas, va pleurer des larmes de crocodiles pendant 48h avant de se tourner vers la présidentielle en pensant que les électeurs, pour cette élection là, reviendront aux urnes.

Et cette classe politique a tort car la France s’est aussi réveillée dans une grande illusion, une grande langueur dont elle ne semble pas vouloir se départir.

D’abord celle des sortants, réélus avec des scores honorables, parfois très spectaculaires (Carole Delga par exemple avec 58%) mais qui, en réalité, ne représentent que 10 à 15% du corps électoral. S’il n’est pas question de remettre en cause la légitimité d’une élection, on est en droit de s’interroger sur la réalité et l’ancrage électoral dont ils disposent désormais.

Illusion ensuite des sondages. Nous l’avons écrit souvent : les outils des sondeurs paraissent dépassés, leurs panels imparfaits. Le 1er tour a été un naufrage. Quant au second tour, ils n’ont même pas réussi à mesurer la dynamique autour de Renaud Muselier ou de Carole Delga.

Et à peine les résultats connus, ils nous vendaient déjà leur affiche pour 2022 : Macron / Le Pen, toujours en tête des intentions de vote ! 

Nous avions passé la soirée à rabâcher que l’échec était cinglant pour le RN, ( à peine 20% sur le plan national et pas une région ) et pour la majorité Macron ( à peine 7% sur le plan national et pas une région ) alors que la gauche ( 34,5 %) et la droite ( 38% ) redevenaient les forces politiques principales du pays, et déjà, on nous expliquait que cela n’aurait aucune incidence sur le vote présidentiel car les Français faisaient le distingo. Je veux bien tout ce qu’on veut mais il y aurait eu certainement une prudence à garder, voire un pudeur quand on s’est tellement trompé en une semaine. 

Illusion enfin sur la stabilité politique supposée. Certes les vieux partis renaissent de leurs cendres, conservent mais ne conquièrent pas à droite alors que la gauche, et c’est notable, reprend les Régions de Guyane, Martinique et Réunion. Certes la mère des batailles est la présidentielle, elle repose sur l’incarnation et, en la matière, l’incarnation d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen semblent plus solide que celle des autres prétendants mais qu’est ce qui est solide lorsque 65% des électeurs restent à la marge ? Tout est gazeux, impalpable, insondable et donc à la merci de la moindre bourrasque. Une élection sans électeurs, le summum de la grande illusion.

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Cet article a 2 commentaires

  1. Emma

    La droite et la gauche redeviennent les forces principales du pays… Euh.. non..
    Gauche 34.5 c’est a dite 11% et la droite 38 % donc 12%… la force principale c’est l’abstention.
    Les classes moyenne ne pâtissent pas de la mondialisation… vous êtes sérieuse… bien sûr qu’elle la prend de plein fouet la mondialisation et qu’elle se pauperise. Les seuls qui en bénéficient encore c’est les CSP+, les actionnaires et rentiers divers en gros 20 %, ceux pour qui Macron gouverne.
    Quand à la médiocrités débat , se réduisant à l’islamigauchisme du RN repris par la droite et une partie du PS les médias y ont largement pris leur part.

  2. Rosa

    j’aime beaucoup vous écouter et vous lire Mme Degois, et même si je ne partage pas toujours vos analyses,( je ne suis pas du tout, mais alors pas du tout socialiste ) elles me sont … bienfaisantes ! et vos affirmations m’ouvrent toujours la porte de la réflexion, voilà du beau travail de journaliste ;
    Ainsi, votre assertion selon laquelle les vieux partis renaissent de leurs cendres me plonge dans un abîme de réflexion… il ne reste plus que les vieux ( j’en suis) pour aller voter, voilà, pour moi, la principale leçon et nos lendemains m’effraient.

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