Emmanuel Macron dans un lycée professionnel de Clermont-Ferrand ce mardi en service après-vente de son plan "France Relance" - Capture vidéo.
Emmanuel Macron dans un lycée professionnel de Clermont-Ferrand ce mardi en service après-vente de son plan "France Relance" - Capture vidéo.

S’il y a bien un domaine pour lequel Emmanuel Macron se prévaut d’une expertise, c’est bien l’économie. Depuis la Commission Attali en passant par la banque d’affaires et puis le ministère de l’Économie, c’est « son truc ». Autant dire que la petite musique qui monte contre les impasses du plan de relance doit siffler dans les oreilles d’Emmanuel Macron au-delà du supportable.

Et pour cause les critiques ne viennent pas seulement de l’opposition, des rouges « couteaux entre les dents », mais du cœur même de l’expertise française, de l’INSEE et aussi d’un économiste mondialement reconnu, Daniel Cohen et plutôt bienveillant envers le pouvoir macroniste.

Interviewé sur France Inter, Daniel Cohen dessine une critique assez sévère de « France Relance », le plan concocté par Bruno Le Maire et validé sinon même inspiré par Emmanuel Macron. Bien sûr, Daniel Cohen dit les choses de manière diplomatique mais il met bien les points sur i. Le plan dit de relance s’il semble ambitieux ne l’est pas vraiment, en tout cas, il ne correspond pas du tout à l’urgence de la situation :
« Quand on regarde un peu dans le détail, c’est un plan de long terme, c’est un plan de compétitivité de long terme or il y a une urgence à court terme. Et là le paramétrage n’est pas le bon. » déclare-t-il lors de son entretien de la matinale d’Inter. « On prévoit sur ces 100 milliards, sur l’année 2021, de ne dépenser que 30 milliards, dont 10 milliards de baisse d’impôt de production dont les effets sont très longs. En fait, il n’y a que 20 milliards sur l’année pour soutenir l’économie. » détaille Daniel Cohen rappelant que cela ne représenterait qu’un point de PIB, un niveau très insuffisant pour une relance.

Le maitre de l’École d’Économie de Paris a aussi pointé du doigt l’impasse totale du gouvernement sur une des clés d’un redémarrage de l’économie : le soutien à la consommation. Totalement absent de ce plan vrai-faux plan de relance, ce soutien est indispensable. Sur France Inter, Daniel Cohen reprenait ainsi une proposition de Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, d’un chèque vert qui permettra aux familles de dépenser à court terme dans biens liés à la transition écologique par exemple.

Cette proposition d’un chèque consommation ne vient pas de nulle part et n’a rien de farfelue. Ce sont les solutions adoptées en Italie et en Allemagne pour soutenir et relancer l’économie. Le gouvernement italien de Guiseppe Conte a multiplié dès le mois de juin les « Bonus », les aides directes aux familles : Bonus Baby Sitting, Bonus vert et ainsi qu’un « Bonus vacances », une aide allant jusqu’à 500 €, mêlant réduction sur la facture et déduction fiscale à utiliser dans les hôtels et centres de vacances de la Péninsule.
L’Allemagne d’Angela Merkel a activé cet été un plan de relance massif de 130 milliards d’euros, largement plus de 3 % de son PIB et totalement tourné vers le soutien à la consommation. Des « chèques relance » ont là aussi été envoyés à chaque foyer allemand et une baisse significative de l’équivalent allemand de notre TVA a été mise en place.

Ces pays ont perçu le danger très tôt et y ont répondu rapidement. C’est sur ce même danger que l’INSEE alerte aujourd’hui. « Le risque d’un choc significatif de demande. Les entreprises sont nombreuses à craindre des pertes de débouchés » écrivent les experts. Face à l’inquiétude des ménages sur leur avenir et leur emploi, l’INSEE met en avant les risques sur la conjoncture à court terme. Le risque est grand de voir les Français transformer l’épargne qu’ils ont pu réaliser pendant le confinement en matelas de précaution. Cette épargne a atteint la somme colossale de 85,6 milliards d’euros à la fin juillet. Et « si ce scénario d’une thésaurisation par les Français d’une partie de leurs revenus pour faire face aux jours difficiles se confirme, alors le risque que l’économie française, en particulier l’investissement, se grippe n’est pas négligeable » écrit le journal Les Échos.

Un élève de première année d’économie sait que l’activité économique repose sur 2 piliers l’investissement et la consommation, 2 jambes que sont l’offre et la demande. Penser que l’on va pouvoir courir un sprint avec une jambe complètement anesthésiée est vraiment illusoire.

Lors de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron s’était présenté comme le champion du pragmatisme. Et nous pouvions attendre du président une gestion pragmatique de la crise économique. Pourtant, la manière dont le plan de relance ignore totalement le soutien à la consommation révèle combien l’idéologie néolibérale imprègne chacune des décisions d’Emmanuel Macron. Et ceci y compris au plus fort de la crise, au moment même où les États reprennent la main et sont appelés au secours.

L’argument du chef de l’État est que les Français doivent puiser dans l’épargne constituée pendant et après le confinement. Une pensée magique que relaie Bruno Le Maire lequel justifie l’inaction du gouvernement sur le volet consommation. « Pour que les Français dépensent à nouveau, il faut avant tout renouer avec la confiance » explique le ministre qui attend donc que la confiance revienne par miracle ou par la suite d’un ruissèlement issu de l’investissement des entreprises et d’un plan de relance dont on a vu qu’il ne pourrait porter ses fruits qu’à long terme. Une manière de voir qui ignore totalement le vécu de centaines de milliers de Français qui vivent avec des ressources très diminuée ou avec un chômage partiel. Et comme le soulignait Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, le chômage partiel pèse sur les petits salaires qui ne perçoivent que 85% de revenus qui étaient déjà très faibles, rendant la vie de beaucoup invivable.

Ce plan de relance ne convainc donc personne sinon le MEDEF. Les Français n’y croient pas. La confiance miraculeuse attendue par Emmanuel Macron et Bruno Le Maire n’est pas là. Et c’est un sondage Elabe pour « Les Echos », Radio Classique et l’Institut Montaigne, publié ce jeudi qui le démontre. Ainsi, 58 % des Français pensent que le plan « France Relance » ne permettra pas « de rétablir la croissance économique du pays d’ici à 2022 », 66 % estiment qu’il ne permettra pas « de lutter efficacement contre le chômage » et les deux tiers des Français considèrent qu’il ne réussira pas à « accélérer la transition écologique ». Zéro pointé.

Emmanuel Macron sera donc forcé de revoir sa copie.

Déjà des bruits courent de la mise en place de ce « chèque vert » évoqué par Laurent Berger. Mais quand ? C’est l’autre problème de gouvernement. Aveuglé par son idéologie, incapable comprendre la vie de Français, il agit toujours à contre-temps, avec un retard coupable, trop coupable. Les plans de soutien à la consommation ont été mis en place en juin par l’Allemagne et l’Italie ! Lorsque notre gouvernement aura enfin réagi nous aurons pris 6 mois de retard et les entreprises françaises auront déjà planifié leurs budgets pour 2021, mis la clé sous la porte ou licencié … Les Français pourront alors dire « merci Macron ».

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Cet article a 1 commentaire

  1. Alexandre

    Bravo, super article ‼️

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.