Le Premier ministre Jean Castex devant l'usine X-FAB à Corbeil-Essonnes - Capture vidéo.

Ça y est, nous voilà reparti à attendre un remaniement qui semble venir plus vite que prévu. Tant mieux !

Et voilà les mêmes critiques qui ressurgissent. Depuis Coluche, il est bon ton de moquer ces journalistes qui parlent pour ne rien dire ou presque, supputent sur des noms et tirent des plans sur la comète. Mais on oublie de dire que, dans le même temps, les gens qui critiquent sont les premiers à regarder et à commenter eux aussi le vide, si l’on en croit les audiences des chaînes info enregistrées depuis quelques jours. Ce qui reste le plus frappant, finalement, ce ne sont pas ces informations trompeuses sur le casting du gouvernent mais plutôt les mots employés pour parler de ce remaniement par les politiques eux-mêmes.

La liste ressemble à un inventaire à la Prévert.

Un gouvernement resserré : il s’agit certainement du gimmick le plus savoureux. Depuis une quinzaine d’années, avant chaque remaniement, on nous parle de ce fameux gouvernement resserré, avec en sous-titre « resserré pour être plus efficace » naturellement !

Dans les faits, ça n’est jamais arrivé car même si le nombre de ministres de plein exercice semble effectivement resserré, ils sont toujours flanqués d’une kyrielle de secrétaires d’états ou de ministres délégués qui forment un attelage gouvernemental pléthorique. C’était le cas pour François Hollande et les gouvernements Ayrault et Valls, comme pour Nicolas Sarkozy et le gouvernement Fillon. Et même en 1995, les Jupettes, prétexte aux prémices de la parité, semblaient déjà dessiner ce « truc » de langage.

Un gouvernement par grands pôles : Ah les grands pôles ! Ils sont censés symboliser la dynamique et l’efficience, la logique de l’architecte du gouvernement, en l’occurrence et dans la réalité de la Vieme, le président en personne.

Dans les faits, ces grands pôles ne fonctionnent jamais et ne sont quasiment jamais un remède à l’administration française qui fonctionne en silo. Tentez donc de construire un super silo qui coifferait pleins de moyens silos, et de sous silos, vous m’en direz des nouvelles ! Sur le papier, c’est formidable. Dans les faits, c’est impraticable.

Réconcilier les frères ennemis : là encore, les gouvernements passent mais les vieux antagonismes restent. Personne n’a jamais pu harmoniser la Justice et l’Intérieur, l’Agriculture et l’Écologie. Et que dire du ministère du Travail qui rechigne à passer sous la houlette du ministère de l’Économie. En 2014, par exemple, un certain Emmanuel Macron avait demandé à regrouper les deux sous son portefeuille et n’avait pas obtenu gain de cause. Un certain Laurent Berger, dans ses rencontres officieuses avec François Hollande, s’y était opposé.

Aller vite : là encore, c’est un must des expressions usées jusqu’à la corde : il faut aller vite, « je veux aller vite ». C’est ce que déclare Jean Castex à la une du JDD ce matin mais comment lui en faire le reproche ? Tous ses prédécesseurs ont à peu près eu les mêmes mots. Avec des variantes, bien sûr. Jean Marc Ayrault voulait aller « plus loin, plus vite » , François Fillon, en 2007 voulait aussi « aller vite, imprimer un tempo rapide des réformes » … On peut continuer ainsi longtemps à lister ces déclarations de premiers ministres sur ce concept de vitesse qui se transforme bien souvent, en course à l’escargot. La vitesse devient alors le prétexte à une dissociation Président/Premier ministre. Quand les français commencent à râler, arrivent immanquablement les off sur le président qui veut aller vite mais qui est forcément freiné par son premier ministre. Nicolas Sarkozy pratiquait déjà cela, comme François Hollande et aujourd’hui Emmanuel Macron avec Édouard Philippe. Le président empêché par son premier ministre : un grand classique.

Au service des Français : voilà une expression que vous pourriez retrouver des milliers de fois dans les discours et prises de parole des premiers ministres, ministres, députés. C’est probablement la plus utilisée. Elle tombe sous le sens. Imaginons une femme ou un homme politique déclarant « je suis à mon service ». Non, bien sûr ! Et pourtant, la promesse de ce « au service des Français » a tellement été déçue, par les événements extérieurs, les manœuvres politiques, les ambitions personnelles, la défiance est désormais tellement forte que les citoyens, au mieux n’entendent plus ces mots creux. La liste est si longue de ces expressions toutes faites, telles que « l’immensité de la tâche », « l’ardente obligation », « réconcilier les Français » etc etc.

Des mots valises usés jusqu’à la corde qui ne touchent plus le cœur des gens, ne provoquent aucun élan, sont tellement abstraits et abscons qu’ils se transforment en rengaine. À force de stagner dans ce langage ampoulé, convenu, ces discours écrits par des plumes formatées et bien souvent déconnectées du réel, totalement immergée dans l’abstraction avec des mots alignés et vidés de leur substance, les gouvernants s’exposent, au mieux à ne plus être entendus, au pire à se retrouver à la merci du premier populiste venu, qui, dans un style direct, abrupt, sans filtre, parvient à gagner les élections.

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Cet article a 2 commentaires

  1. Conti

    Pour reprendre votre exemple : »… François Fillon, en 2007 voulait aussi « aller vite, imprimer un tempo rapide des réformes » ce n’est pas « le tempo rapide »qui heurte un grand nombre de Français mais le mot »réformes ». Les fioritures, désormais, tout le monde s’en fout !

  2. Conti

    PS : il ne s’agit pas d’un « remaniement » mais du changement de gouvernement. Et, nuances !

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