Capture site de campagne d'Édouard Philippe.
Capture site de campagne d'Édouard Philippe (pour l'élection municipale au Havre).

Le Président de la République l’a fait savoir. Il s’apprête à se réinventer et à prendre « un nouveau chemin ». Et la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye a lâché le mot dimanche dernier, ce nouveau chemin passera « nécessairement par un remaniement ».

Et les Français de s’interroger sur la signification politique de ce « nouveau chemin ». Et le microcosme de faire et refaire son « mercato » d’avant remaniement avec une grande question, l’avenir d’Édouard Philippe à Matignon.

Pour ce qui est d’un changement de politique, Emmanuel Macron a clairement fait savoir qu’il ne changerait rien sur le fond de sa politique économique et sociale. Le Chef de l’État a insisté sur le fait qu’il voulait mener à bien sa réforme « honnie » des retraites. Alors que jusqu’au gouvernement, on la pensait morte et enterrée. Sur le social, Emmanuel Macron a renvoyé dans ses cordes son propre camp en refusant l’idée d’un chèque déconfinement au moment même où la pauvreté et la misère explose en France. Sur les discriminations et les violences policières, c’est aussi cap à droite toute.

Bref, le nouveau chemin n’empruntera aucun de ces territoires. Mais il reste une direction que pourrait emprunter Emmanuel Macron pour tenter de verdir son quinquennat et tenter de couper l’herbe sous le pied d’une future candidat écolo-gauche plurielle. Celle de l’écologie.

Les futurs résultats des municipales et la Convention Citoyenne pour le Climat lui en offrent l’opportunité.

Mais si Emmanuel Macron songe à mettre un peu de vert dans son jeu, il doit savoir que ce sera sans Édouard Philippe. C’est en effet le message très cash que le Premier ministre a envoyé par voie de presse au Président de la République.

Le dernier numéro du Canard Enchainé rapporte qu’Édouard Philippe a étrillé les mesures proposées par cette Convention Citoyenne lors du dernier petit déjeuner de la majorité. D’après le Premier ministre, les velléités de changer la Constitution par référendum reprises par Yannick Jadot ignorent le droit constitutionnel … Et Philippe de rappeler que « c’est constitutionnellement impossible ». « Il y a deux articles de la constitution qui permettent d’organiser un référendum : l’article 11 et l’article 89 et, dans les deux cas, il faut que les deux assemblées votent dans les mêmes termes un projet de loi ou une proposition de loi. Ce qui n’est pas gagné » a ainsi expliqué le Premier ministre et membre honoraire du Conseil d’État.

Cette petite leçon de droit constitutionnel donnée, le Chef du gouvernement a aussi exécuté les « propositions liberticides » de la Convention Citoyenne pour le Climat. En cause, l’introduction du « crime d’écocide » dans la Constitution et ainsi le projet de modifier son Préambule pour y mentionner que « la conciliation des droits, libertés et principes ne saurait compromettre la préservation de l’environnement, patrimoine commun de l’Humanité ». Pour le Premier ministre, les libertés individuelles ne sauraient être limitées par la responsabilité environnementale.

On l’aura donc compris la Convention Citoyenne qui devait permettre de créer de l’acceptabilité sociale pour des mesures en faveur du climat a raté sa cible en ce qui concerne Édouard Philippe. Il faut dire que même Nicolas Hulot n’avait pas réussi à transformer en écolo de l’ancien cadre dirigeant d’Areva.

Le message est donc très clair pour le Président qui va devoir choisir entre un Premier ministre particulièrement populaire, beaucoup plus que lui, et un « nouveau chemin » vers la verdure.
De quoi relancer les spéculations sur un changement de Premier ministre qui vont déjà bon train depuis qu’Édouard Philippe a déclaré dans Paris Normandie, le 16 juin dernier :
« Le Président sait (…) ce que je peux faire et ce que je ne peux pas faire. S’il pense à quelqu’un de plus utile, je respecterai son choix en toute loyauté ».

Un message qui était déjà très cash pour le Président de la République.

Mais Emmanuel Macron peut difficilement se séparer de son Premier ministre sans prendre le risque de mettre sur orbite un rival potentiellement dangereux pour l’élection présidentielle de 2022.

Le « nouveau chemin » s’apparente donc à un chemin de crête périlleux. D’autant plus périlleux que s’il est réélu au Havre, Édouard Philippe aura toutes les cartes en main. Et c’est lui qui pourra choisir de rester ou de partir et de laisser ainsi Emmanuel Macron marcher seul …


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