Renault 52 R.S. Brésil - CC Renault Sport Photo Frédéric Le Floc'h / DPPI

Il aura suffit d’une décision de justice pour que les vieilles lunes ressurgissent bruyamment. 
Jeudi 7 mai, le tribunal du Havre ordonne à l’usine Renault Sandouville de suspendre la reprise de sa production car la sécurité des travailleurs n’est pas assurée pour les 2000 personnes qui y travaillent.  

En fait, le tribunal ordonne le respect des règles dans la convocation du Comite Economique et social de l’entreprise. Et c’est ce point qui provoque le déchaînement. D’abord des autres syndicats de l’entreprise, ensuite de toutes les bonnes âmes qui crient à la traîtrise, à l’antijeu, et pourquoi pas, oserait-on, à l’anti France. 

Oui la CGT fait respecter la loi . Et Covid-19 ou pas, les représentants du personnel ont le droit et l’obligation d’être prévenus à temps pour un comité d’une importance si cruciale. Inutile de pousser des cris d’orfraie. Si l’on accepte, au nom d’un effort national que tout le monde comprend, de commencer à enfreindre ce type de règles, qui existent pour protéger les salariés, on finira par tout abolir. 

La mission des syndicats est de protéger coûte que coûte le monde du travail. Quitte à être taxée d’archaïsme, la CGT a fait respecter le droit du travail comme savent le faire les grands groupes lorsqu’il  s’agit de licencier ou d’aller devant les prud’hommes. 

Bêtise ou cynisme ? Au choix 

L’exemple de Renault Sandouville aura aussi la vertu de faire réfléchir tous les groupes qui seraient tentés de ne pas respecter à la lettre les protocoles, non seulement de sécurité, mais des relations sociales, dans l’entreprise. Car elle a bon dos, la reprise.  Nous  ne sommes pas encore déconfinés mais déjà, les néo-libéraux commencent à travailler l’opinion. 

Pour preuve, le rapport tonitruant de l’Institut Montaigne, qui préconise déjà de réduire les vacances de la Toussaint pour relancer la machine.  Entendons nous bien : personnes en France n’est contre l’effort, et chacun sait qu’il faudra certainement se retrousser les manches. Oui mais dans des conditions acceptables, et justes. Et il n’y a pas pire moment pour entamer cette propagande, complaisamment relayée par les éditorialistes de la pensée dogmatique. 

Des millions de salariés sont au chômage partiel. Ils ont donc perdu de l’argent  malgré le chômage partiel, ressentent l’angoisse du lendemain, ne savent pas si leurs postes seront supprimés ou pas. Ignorent si leur sécurité sanitaire sera garantie lorsqu’ils vont retourner travailler. Commencer à disserter sur des suppressions de vacances alors qu’on ne sait même pas si on en aura cet été, est, au mieux idiot, au pire cynique.

Finalement , la réaction de la CGT de Renault Sandouville, quoiqu’on en pense, est certainement une réaction par anticipation de ce qu’il risque d’advenir. N’imaginons pas un seul instant que le monde d’après se construira avec des roses et des consensus.

Déjà en 2008 

Même si les gouvernements européens ont été, dans leurs ensemble, remarquables dans leur soutien aux entreprises, qu’il s’agisse de la France, de l’Italie, de l’Espagne ou de l’Allemagne, même si leurs dirigeants promettent que rien ne sera plus jamais comme avant, on peut en douter. Les ressorts sont trop profondément installés, les réflexes et la pensée dominante trop profondément ancrés pour engager une révolution humaine sans heurts. 

L’expérience  passée nous l’a malheureusement démontré. Souvenons nous des discours de 2008: plus rien ne serait jamais comme avant. 
On a vu la suite qui a démenti ces mots.
 Souvenons-nous  des records de dividendes engrangées sous toutes les latitudes avant la crise du coronavirus. 
Souvenons nous de l’explosion de la précarité, de la pauvreté, pas seulement en France mais en en Allemagne ou au Royaume Uni, avant l’épidémie. 
Souvenons nous des milliers de travailleurs d’Amazon,  sous payés dans la société de l’homme le plus riche du monde.

Pourtant, malgré le combat social inévitable, nous avons une chance dans notre malheur.
Cette crise, unique, historique, bouche tout horizon, toute prévision économique et remet la puissance de l’état sur le devant de la scène. 
En 2008, tous les Messieurs Diafoirus de l’économie avaient pu recommencer à pérorer et à  construire une trajectoire post crise, alors qu’ils n’avaient rien vu venir,  à l’exception du génial  Nouriel Roubini. 
Ils ont été absous et tout a continué comme avant. 

Cette fois, plus questions de dire de manière pavlovienne « Business as usual » car personne ne peut prédire l’avenir : ni la durée de l’épidémie, ni les nouveaux modes de production, ni la manière de consommer, ni, surtout, la prise de conscience citoyenne, traumatisée mais comprenant confusément qu’on ne peut plus continuer ainsi. 

Poser immédiatement de nouveaux jalons 

C’est donc le moment de produire une nouvelle pensée  économique, poser de nouveaux jalons avant que le naturel revienne au galop. 

Certains commencent à travailler sur un plan en quelques points simples : conditionner les aides aux entreprises à leur investissement social et environnemental, investir massivement dans les pouvoirs publics, pratiquer une hausse systématique du pouvoir d’achat pour permettre à la consommation donc à la croissance, de repartir et mutualiser les dettes au niveau européen. 

Des jalons de bon sens qui portent en eux une véritable révolution : remettre les salariés au centre de toute pensée économique, car ils  restent, quoiqu’en pensent les adeptes du capitalisme sauvage, le trésor le plus précieux de toute entreprise,  donner la priorité au  droit et a la dignité de tous ceux qui travaillent, qu’ils soient ouvriers ou cadres supérieurs d’ailleurs. On a beaucoup caricaturé le slogan des altermondialistes : « nos vies valent plus que leurs profits » et pourtant jamais ce slogan n’avait sonné aussi juste avant la crise, et sonnera d’autant plus juste après. 

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